Municipales 2020 à Paris : « Supplément d’âme », « nouvel espoir », « ambiance euphorique »… Et si Agnès Buzyn avait remis les marcheurs sur pied

POLITIQUE Quatre jours après le déclenchement de l'affaire Griveaux, les marcheurs se disent désormais remobilisés autour de celle qui représente leur dernier espoir dans la capitale : Agnès Buzyn. Quitte à renier le passé ?

Romain Lescurieux

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Agnès Buzyn a annoncé dimanche sa candidature à la mairie de Paris.
Agnès Buzyn a annoncé dimanche sa candidature à la mairie de Paris. — : BUFKENS CEDRIC/SIPA
  • La désormais candidate Agnès Buzyn, qui a remplacé Benjamin Griveaux, a quatre semaines pour renverser la vapeur dans la capitale.
  • En coulisses, certains notent une « ambiance euphorique » tranchant avec la « morosité » qui gagnait les troupes déjà bien avant l’affaire des vidéos à caractère sexuel.
  • « Ce qui nous arrive est fabuleux, autant que l’épisode d’il y a quatre jours était tragique », glisse-t-on dans les rangs de la campagne LREM, sollicités par « 20 Minutes ».

Pour le moment, elle n’a pas d’agenda, de sorties sur le terrain, de meeting ou de prise de parole. Officiellement, l’heure est au « redémarrage » de la machine En Marche autour dela nouvelle candidate LREM pour Paris, Agnès Buzyn, indique-t-on dans ses rangs. Le but : « Tout changer pour que rien ne change. » En coulisses, pourtant, quelque chose semble transformé. « Il y a une ambiance euphorique, une émulation. Le QG est redevenu une ruche. Certains marcheurs sont de retour et même des gens de chez Villani viennent faire toc-toc à la porte », s’exclame-t-on dans l’équipe de campagne, avant de concéder : « Honnêtement, je ne sais pas si j’aurais pu aller jusqu’au bout avec Benjamin Griveaux. Aujourd’hui, je revis. Ce qui nous arrive est fabuleux, autant que l’épisode d’il y a quatre jours était tragique ».

La désormais candidate Agnès Buzyn, qui a remplacé Benjamin Griveaux – contraint vendredi d'abandonner après la diffusion de vidéos intimes – a quatre semaines de campagne pour renverser la vapeur dans la capitale et éviter le mur qui semblait se dessiner il y a encore quelques semaines. Pris dans une dynamique (d’auto-persuasion ?), loin des discours moroses des derniers temps, certains y croient dur comme fer.

« Il y a un vrai nouveau souffle, une nouvelle campagne débute. Plus que jamais, nous voulons gagner. Gagner aussi pour combattre l’injustice », abonde auprès de 20 Minutes, un autre marcheur parisien, également remobilisé, après l’onde de choc. De leurs côtés, les têtes de liste semblent faire bloc derrière leur candidate, comme en témoigne la publication d’une photo officielle, à la sauce Gangs of New-York. Mais quid de la stratégie et du programme, à un moins d’un mois du premier tour ?

Abandon de certaines propositions sur le bord de la route

« J’y vais pour gagner », a assuré à l'AFP l'ex-ministre de la Santé, qui a quitté le gouvernement lundi matin, pour s’engager à plein temps dans cette campagne éclair, alors que celle de Benjamin Griveaux, avant qu’il ne jette l’éponge, commençait sérieusement à patiner et dont beaucoup de propositions étaient décriées parfois même jusque dans son propre camp. Lundi soir, plusieurs sources ont indiqué que la nouvelle candidate renonçait à des mesures-phare de Benjamin Griveaux : le déplacement de la gare de l’Est pour créer un « Central park » parisien et l’apport de 100.000 euros pour permettre aux classes moyennes d’acheter un appartement. « Sa priorité, c’est la vie quotidienne des Parisiens, des projets très concrets », résume l’une des têtes de liste d’arrondissement. Out donc la « stratégie disruptive » griffée Griveaux.

« Après des longs jours de turbulence qui nous ont paralysés, c’est reparti. On se lance désormais dans une campagne avec un espoir renforcé et une crédibilité nouvelle. Nous ne sommes plus dans la stratégie du disruptif mais du pratico-pratique autour de la sécurité, la propreté, le cadre de vie, le logement et l’hébergement d’urgence. La solidarité va d’ailleurs être un axe de campagne », commente Eric Azière, tête de liste du 14e, auprès de 20 Minutes. L’humain, le bon sens, l’apaisement… Autant de mots qui se retrouvent soudainement dans la bouche de marcheurs.

« Agnès Buzyn a tout de plus que Benjamin Griveaux »

Malgré les bons sentiments et les nouvelles envies, l’image d’Agnès Buzyn, qui sera, selon BFM, tête de liste dans le 17e arrondissement, va-t-elle imprimer ? Issue de la société civile, « elle suscite moins de jugements épidermiques que Benjamin Griveaux », selon Frédéric Dabi, sollicité par l’AFP, mais elle souffre d’autres handicaps : une « inexpérience » des campagnes électorales et une notoriété toute relative : 36 % des Français déclarent ne pas la connaître. Mais pour les marcheurs, elle représente désormais le « nouvel espoir ». « Indéniablement, il y a un nouveau souffle », reprend Eric Azière. Et par rapport à Benjamin Griveaux ?

« C’est une nouvelle approche faite de bon sens et de générosité, de pragmatisme et de réalisme. Elle a une sensibilité sociale très forte, de l’humanisme. Elle apporte un supplément d’âme et de cœur après ces derniers jours », détaille l’élu. Un cadre de la campagne enfonce un peu plus le clou, sans sommation. « Ça n’allait pas du tout. Agnès Buzyn a tout de plus que Benjamin Griveaux ». Contactée par 20 Minutes, la porte-parole d’Agnès Buzyn, Marie-Laure Harel, analyse la situation : « Agnès Buzyn arrive avec le charisme d’une ministre de premier plan, très populaire avec une humanité, une sensibilité et une accessibilité. Elle prend le temps pour ses équipes et va le prendre pour les Parisiens ». Pourtant le temps est compté pour ceux qui misent désormais sur l’« apaisement ».

Le leitmotiv d’une ville « apaisée »

« Elle mise sur une ville propre, sécurisée et apaisée », note un marcheur parisien. Le mot revient très régulièrement dans les troupes. Agnès Buzyn serait « apaisante » et souhaite une ville « apaisée » et « rassemblée ». « A la fois ex-belle-fille de Simone Veil et à l’initiative de la PMA pour toutes, elle parle aux progressistes et c’est une grande dame bourgeoise, elle enjambe la fracture Est/Ouest de la capitale autant que le clivage gauche-droite », résume-t-on dans les rangs. Marie-Laure Harel abonde : « Elle va apporter une bienveillance et apaiser une ville abîmée à tout point de vue. Elle incarne mieux que personne la bienveillance et la rigueur ».

Enfin, arrivera-t-elle à faire revenir l’ex-LREM Cédric Villani, qui a toujours refusé de rejoindre et même de répondre aux coups de téléphone de Benjamin Griveaux ? Elle s’est entretenue ce lundi avec le mathématicien, qui a posé des « conditions » à « d’éventuelles convergences », comme « l’ouverture à un accord de second tour avec les Verts », dans le cadre d’une « Coalition climat ». Les socialistes, eux, ne se disent pas inquiets et renvoient pour le moment à Agnès Buzyn son non-ancrage parisien et le fait qu’elle n’avait pas envie de se présenter. « La pression sur elle a été telle qu’elle a fini par céder. Je suis convaincu qu’on l’a obligée à se présenter à la mairie de Paris et qu’elle n’en avait pas envie », a jugé sur BFM, Jean-Louis Missika, co-directeur de campagne d’Anne Hidalgo.