En plein cœur de Paris, un chantier bénévole fait revivre un joyau du Moyen-Age

RETOUR VERS LE FUTUR L'association Paris-Historique a lancé un long chantier de rénovation d'un cellier du XIIIe siècle situé juste en-dessous de leur siège social

Guillaume Novello
David Poiron, tailleur de pierre professionnel, encadre le chantier bénévole de restauration du cellier gothique.
David Poiron, tailleur de pierre professionnel, encadre le chantier bénévole de restauration du cellier gothique. — G. Novello
  • Un chantier bénévole s’attaque à la restauration d’un cellier du XIIIe siècle, en plein Marais.
  • Le week-end de labeur est encadré par un tailleur de pierre professionnel et est organisé par l’association Paris Historique.
  • Le chantier, effectué sans machines, s’annonce titanesque mais ne décourage pas les bénévoles.

C’est un lieu hors du temps. Au sous-sol du 44-46 rue François Miron (4e arrondissement), en plein Marais, se déroule un chantier bien singulier. Une demi-douzaine de bénévoles s’active à la restauration d’un cellier gothique du XIII siècle, sous le patronage de l’association Paris Historique. « Le cellier appartenait à une maison de ville que possédait l’abbaye cistercienne d’Ourscamp, à 20 km de Noyon dans l’Oise, rappelle Marie-Geneviève, retraitée et membre de l’association depuis une dizaine d’années. Et dans ce sous-sol étaient stockées les marchandises que l’abbaye écoulait sur les marchés parisiens. »

La maison qui ne disposait que d’un rez-de-chaussée s’est vue adjoindre quatre étages au XVIe siècle pour servir, entre autres, d’ateliers d’artisans. Les siècles ont défilé et ont usé un bâtiment qui n’est plus qu’une ruine à l’orée des années 1960 quand l’association Paris Historique, fondée en 1963, décide de le restaurer et d’en faire son siège social en 1992. Le magnifique cellier, qui « était encombré de 20 tonnes de gravats », précise Marie-Geneviève, fait actuellement l’objet d’un projet de restauration globale, notamment au niveau des croisées d’ogives. Mais la difficulté à rassembler les fonds nécessaires a ralenti le processus de rénovation.

Un chantier de la bonne humeur

Ce dimanche après-midi, les bénévoles sont encadrés par David Poiron, artisan d’art et maçon du patrimoine. Volubile, il assume « le côté très convivial » de ces week-ends de restauration qui ont lieu toutes les six semaines. « On se fait plaisir, c’est le maître mot », annonce-t-il. Pour l’instant, une seule croisée d’ogives a été restaurée. « On avance à une vitesse bénévole, explique le tailleur de pierre professionnel. Ce ne sont pas des gens du métier. » De plus « tout est fait à la main, il n’y a pas de machine et on utilise du mortier naturel chaux/sable ».

Les arêtes de la croisée d'ogives sont restaurées, mais il reste encore les voûtains à installer.
Les arêtes de la croisée d'ogives sont restaurées, mais il reste encore les voûtains à installer. - G. Novello

Sur son échafaudage, marteau et burin à la main, Philippe s’attaque à la restauration des voûtains (les parties de voûtes entre les arêtes), une tâche éprouvante mais qu’il accomplit avec entrain, regrettant même d'« avoir raté sa vocation ». Juste à côté, trois volontaires sont chargées de la taille de la pierre. Parmi elles, Solenne, sweat à capuche bleu nuit, qui égalise une pierre qui viendra se loger dans un arc d’une croisée d’ogives. « Je suis passionnée d’histoire et amoureuse de Paris, raconte celle qui travaille dans les RH, et à 35 ans j’avais envie de faire quelque chose de mes mains. »

Une bénévole vérifie la régularité de la taille d'une pierre sous l'œil de David Poiron.
Une bénévole vérifie la régularité de la taille d'une pierre sous l'œil de David Poiron. - G. Novello

Après avoir découvert le cellier à l’occasion d’une journée portes ouvertes en décembre dernier, elle a décidé de franchir le pas et il s’agit donc là de son premier week-end de chantier. Et elle n’a aucun regret. « C’est génial de travailler dans un lieu comme ça, s’enthousiasme-t-elle, C’est une belle manière de parler du patrimoine et des métiers manuels. » Et, tailler la pierre, c’est difficile ? « Je pensais que la pierre était beaucoup plus dure, donc ça va, mais c’est un vrai métier, technique et ça prend du temps. » Du temps, il en faudra pour achever la restauration totale du cellier. Prochain week-end de chantier, les 14 et 15 mars.