NBA à Paris : Le streetball marque des points dans la capitale

BASKET Une dynamique de développement du streetball s'est enclenchée depuis quelques années à Paris

Guillaume Novello

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Le playground Duperré, dans le IXe.
Le playground Duperré, dans le IXe. — Benjamin Cremel / AFP
  • Le streetball, et plus largement le basket, connaît un bel essor à Paris.
  • Il est porté par la mairie, les associations et le tournoi Quai 54.
  • Des rénovations et créations de playgrounds se sont enchaînées ces dernières années.

Ils n’ont pas attendu la venue d’un match de NBA ce soir à Bercy pour prendre la balle au bond. Ils, ce sont les acteurs du basket parisien qui depuis quelques années ont fait de la ville-Lumière un des spots mondiaux de la balle orange, et particulièrement du streetball ou basket de rue. Cette montée en puissance de Paris a notamment été rendue possible par un accompagnement fort de la mairie de Paris. « Sur les trois dernières années, 2020 compris, on a investi presque 3 millions d’euros pour la construction ou la rénovation de terrains extérieurs, affirme  Jean-François Martins, adjoint au sport. Par exemple, celui des Halles ou ceux sous le métro Stalingrad qui étaient abandonnés. »

La rénovation des terrains de Stalingrad, un temps occupés par des SDF, a été menée dans le cadre d’un projet de budget participatif porté par l’association Meltin’Club. « Nous avons connu ce terrain à sa naissance en 1994, se souvient Bakary Sakho, cofondateur du collectif et qui y a fait ses premiers double-pas. Il était important de le préserver pour que des jeunes puissent continuer à y jouer. » Tout en portant un projet social visant à construire « une dynamique de vivre ensemble, de faire ensemble ».

Lebron James dans le 9e

Meltin’club est ainsi devenu responsable de la gestion du site. Un relais souhaité par Jean-François Martins : « La ville ne peut pas seule créer un terrain de basket en libre accès et se retirer. On a besoin d’acteurs locaux pour organiser des animations, faire passer des messages, notamment la réduction des nuisances sonores, ou tout simplement nous signaler quand un panneau est bancal. » Ainsi le collectif cofondé par Bakary Sakho promet « des tournois, des expos, des rencontres-débat, des concerts », sans oublier l’accroissement de la place des femmes avec un terrain réservé.

En parallèle, des entités privées ont financé la restauration de playgrounds dans la capitale. « On a travaillé avec les grands clubs et les équipementiers afin d’aller chercher des fonds privés pour faire des terrains, non seulement neufs, mais qui ont en plus un peu de style, comme le terrain Duperré dans le 9e, rénové avec l’aide de Nike et inauguré avec Lebron James en 2015, détaille l’adjoint au sport. Il y a aussi eu le terrain rue Des Haies (20e) avec Michael Jordan en 2015. » La mairie de Paris a aussi noué depuis quelques années des liens avec la toute-puissante NBA, avec pour résultat, entre autres, la rénovation en 2016 du playground rue Charles-Moureu (13e).

Le plus grand tournoi de streetball du monde

A côté de ce travail sur les infrastructures, le tournoi Quai 54 s’est affirmé comme le plus grand événement streetball au monde. « On a créé le tournoi en 2003 pour pouvoir s’amuser entre amis, raconte Hammadoun Sidibé, fondateur de l’événement. En 2019, il y avait 15.000 spectateurs sur le week-end avec 160 joueurs sur le terrain. » Le succès de cette compétition urbaine de 5x5 a été accompagné par la mairie de Paris qui « nous fait extrêmement confiance dans le développement de l’événement », se réjouit Hammadoun Sidibé. Il discute à présent avec la NBA pour « savoir comment la ligue nord-américaine pourrait intégrer le Quai 54, car chaque année il y a de nombreux joueurs NBA qui viennent y assister et jouer ».

L’engouement pour le Quai 54 et le streetball se vérifie également sur les playgrounds parisiens. « Malgré le froid actuel, les terrains de Stalingrad sont constamment occupés, se félicite Bakary Sakho. Il y a une très forte demande de streetball, une volonté de pratiquer en dehors du basket académique. » « Dès qu’on ouvre un terrain de basket, on sait qu’il va se remplir. A chaque fois qu’on en rénove ou qu’on en crée un, il est tout de suite plein, abonde Jean-François Martins. Il y a une poussée du basket à Paris, sous toutes ses formes. »

La FFBB à l’affût

Et la Fédération française de basket-ball entend bien en récolter les fruits. « Aujourd’hui le 3x3 [directement issu du streetball] est un axe prioritaire de développement de la fédération, indique Jérôme Prigent, directeur du Pôle 3x3 à la FFBB. Tous les comités d’Ile-de-France organisent des championnats sur toute l’année dans au moins une catégorie. On a aussi un projet de développement de tournois sur les playgrounds parisiens et d’animations autour du 3x3. »

Cette politique active existe aussi parce que le 3x3 est devenue discipline olympique et sera présent cet été à Tokyo. Et la FFBB a fait ses comptes alors que les fédés ont de plus en plus de mal à retenir leurs adhérents. « Aujourd’hui il y a 2,5 millions de pratiquants de basket en France et un peu plus de 700.000 licenciés, donc il y a une réserve énorme de gens à aller chercher, c’est vraiment avec le 3x3 qu’on espère aller gagner cette population dans nos tournois et nos structures », détaille Jérôme Prigent. Pour s’adapter à une demande plus axée sur la rue que sur les clubs, la FFBB a mis en place depuis un an et demi des pass Superleague qui permettent pour 33 euros, de participer à tous les tournois de 3x3 affiliés à la fédération, sans avoir besoin d’être rattaché à une structure.

Pour Jean-François Martins, cet essor du streetball et du basket-ball en général dans la capitale « a permis de convaincre la NBA de venir à Paris et de récupérer ce match aux Anglais, ce qui est toujours assez plaisant ». Assurément, Paris est la capitale mondiale du basket (au moins pour ce vendredi soir).