Manifestation devant les Bouffes du Nord : « La seule chose qui existe dans ce dossier, c’est le tweet de Taha Bouhafs », affirme Arié Alimi, l’avocat du reporter militant

INTERVIEW L’avocat Arié Alimi revient sur l’interpellation vendredi soir du reporter militant Taha Bouhafs, après une soirée agitée au théâtre des Bouffes du Nord à Paris où était également présent le couple Macron

Propos recueillis par Guillaume Novello

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L'avocat de Taha Bouhafs, Arié Alimi
L'avocat de Taha Bouhafs, Arié Alimi — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Il est venu le temps de la contre-attaque. Le journaliste et militant Taha Bouhafs, interpellé vendredi après la manifestation qui a perturbé la sortie au théâtre parisien des Bouffes du Nord d’ Emmanuel Macron, est ressorti libre samedi soir sans être mis en examen. A l’issue de la garde à vue et afin de poursuivre les investigations, le parquet de Paris a décidé d’ouvrir samedi une information judiciaire pour « participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations » et « organisation d’une manifestation non déclarée », selon une source judiciaire.

Dès vendredi soir, le journaliste de 22 ans avait déposé plainte pour « faux et usage de faux », une plainte qui sera modifiée ce lundi en « dénonciation calomnieuse » contre X, indique à 20 Minutes son avocat Arié Alimi qui répond aux questions de 20 Minutes.

Où en est-on dans la procédure judiciaire ?

Le parquet a demandé la mise en examen de Taha Bouhafs au juge d’instruction en ouvrant une information judiciaire mais la juge d’instruction a rejeté cette demande. Mon client a été placé sous le statut de témoin assisté car toutes les personnes qui sont entendues dans le cadre d’une instruction à la demande du parquet, sont forcément placées sous ce statut, c’est automatique. En revanche, ce qui est important à retenir c’est que la juge d’instruction a rejeté les demandes du parquet parce qu’il n’y a absolument aucun indice grave et concordant des faits mettant en cause Taha Bouhafs. La seule chose qui existe dans ce dossier, c’est le tweet et quand vous lisez le tweet, c’est une information sur la présence du président de la République au théâtre des Bouffes du Nord, d’une part, et d’autre part, une information sur les appels à manifester qui circulaient déjà sur les réseaux sociaux. Donc le GSPR (Groupe de sécurité de la présidence de la République) a menti dans son communiqué de presse en prétendant que Taha Bouhafs avait appelé à manifester.

D’où le dépôt de plainte de la part de Taha Bouhafs ?

Une plainte a été déposée vendredi soir pendant la garde à vue, directement au commissariat pour faux et usage de faux. Maintenant qu’on sait ce qu’il s’est vraiment passé, la plainte va changer de qualification lundi matin, c’est une plainte contre X pour dénonciation calomnieuse.

Quelles seront les suites judiciaires de l’affaire ?

Il est possible que Taha Bouhafs soit de nouveau entendu ou peut-être pas, si la juge estime qu’il n’y a rien dans le dossier, ce que nous pensons parce qu’il n’y a vraiment que le tweet. Auquel cas, ils peuvent très bien clôturer l’instruction et rendre une ordonnance de non-lieu. En l’état, je ne vois pas autre chose qu’une ordonnance de non-lieu dans l’affaire.

Concernant la dénonciation calomnieuse, on a le droit de déposer plainte alors même que la procédure n’est pas terminée. En revanche, il ne peut pas y avoir de jugement pour la dénonciation calomnieuse tant que l’ordonnance de non-lieu n’est pas prononcée. Il y aura une enquête dessus, j’espère en tout cas. Et puis après, on espère que des membres du GSPR et ceux qui ont communiqué à l’Elysée de façon mensongère seront poursuivis.