« Il n’y a pas de gens contents en France »

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Chaque jour, pendant une semaine, 20 Minutes rencontre l’un des candidats aux régionales dans un lieu de son choix. Aujourd’hui, Marine Le Pen, chef de file du Front national, s’arrête chez « Coco et Jeannette », un bistrot du quartier de La Chapelle (18e). Pourquoi ce lieu ? Ce bar, c’est un petit bout de France dans un quartier qui ne ressemble plus beaucoup à la France. Un quartier où l’urbanisme est déplorable, où les problèmes d’immigration, de sécurité sont considérables. Un quartier symbolique de la faillite de la gestion socialiste. Ce café, c’est un bout d’authentique. Un peu comme dans Amélie Poulain. Il est représentatif de notre campagne pour un rééquilibrage de la région. Quelle est votre vision de l’Ile-de-France aujourd’hui ? C’est une région qui va beaucoup plus mal que ses habitants ne le pensent. Elle est partie de haut, mais a chuté très rapidement. Elle a atteint la moyenne nationale en matière de chômage, particulièrement chez les jeunes. Les conditions de vie se sont dégradées, notamment à cause du problème des transports. Tous les indicateurs économiques sont à la baisse et aujourd’hui, les Français partent. Vous ne parlez pas du logement. Vos adversaires estiment pourtant qu’il manque 300 000 logements en Ile-de-France... Le problème de logement est essentiellement celui du logement social. On aura beau en construire, il n’y en aura jamais assez. Car on est obligés de loger des gens qui arrivent dans des conditions sociales et économiques qui ne sont pas bonnes. Il faut faire des choix. Nous, nous voulons faciliter l’accession à la propriété des familles françaises modestes, pour créer un enracinement. On propose de mettre en vente toute une part du parc locatif social et de faire acheter par les locataires qui sont dedans et qui payent. Et qui sont français ? Oui, je préférerais. Même s’il faut passer par la détermination de seuils économiques. Vous désirez aussi économiser 10 millions d’euros en supprimant les subventions aux « associations sans référence ». C’est-à-dire ? C’est-à-dire les associations qui ne tendent pas vers 50 % d’autofinancement. Dans notre pays, les associations sont considérées par ceux qui les montent comme des tiroirs-caisses. On monte une structure et on demande une subvention. Je ne suis pas contre le monde associatif, mais il faut aider les associations qui correspondent aux besoins de la population. Le conseil régional est le lieu de tous les copinages, de tous les clientélismes. Tous ces clients dont M. Huchon fait le tour depuis le début de la campagne pour ramasser la mise. En ce moment, Nicolas Sarkozy fait le tour des villes Front national. Lorsqu’il parle de vos électeurs, il évoque « des personnes qui ne croient plus en rien », qui se sentent « dans l’impasse »... Pas très flatteur. Mais il est là pour ça Sarkozy. Il est là pour récupérer l’électorat du Front national. C’est sa seule mission. Si les gens croient qu’il est là pour faire baisser l’insécurité, ils se trompent. Si Le Pen n’était pas arrivé au second tour de la présidentielle, il ne lutterait pas de manière aussi acharnée contre l’insécurité. Si c’était Arlette Laguiller qui était arrivée au second tour, Sarkozy trancherait la tête des patrons. Vous vous présentez comme « le clan de la résistance à l’oppression ». Quelle oppression ? L’oppression de la politique qu’on nous impose depuis vingt ans. Il n’y a pas de gens contents aujourd’hui en France. Je n’en vois nulle part. Les gens ont vraiment atteint un niveau de désespérance. Or, le désespoir, c’est la mort. Demain, il peut y avoir un nouveau 21 avril 2002. Propos recueillis par Grégory Magne

Le logement social, on aura beau en construire, il n’y en aura jamais assez. Il faut faire des choix.