Municipales 2020 à Paris : Faut-il être soutenu par des « stars » pour être élu à la mairie ?

POLITIQUE De Jean-Marie Bigard à Edouard Louis en passant par Audrey Pulvar et Carla Bruni, qui sont les soutiens « stars » des candidats pour l’élection municipale de 2020 ?

Romain Lescurieux

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Vikash Dhorasoo et Danielle Simonnet (LFI), Audrey Pulvar et Anne Hidalgo (PS), Jean-Marie Bigard, soutien de Marcel Campion
Vikash Dhorasoo et Danielle Simonnet (LFI), Audrey Pulvar et Anne Hidalgo (PS), Jean-Marie Bigard, soutien de Marcel Campion — SIPA PRESS
  • Lors de nombreuses élections, des « comités de soutien » s’organisent et rassemblent souvent des élus, mais aussi principalement des « artistes et des intellectuels ».
  • « Pour des politiques que l’on accuse souvent d’être déconnectés de la réalité, ces personnalités donnent un gage d’humanité et un moyen de s’ancrer dans la culture populaire », analyse Philippe Moreau Chevrolet, professeur de communication à Science Po Paris.

Dans les fêtes, c’est toujours mieux de venir accompagné de gens « cool ». Souvent sûrs d’eux et hauts en couleur, ils permettent de se sentir à l’aise et de gagner des points de street crédibility. Dans la bataille des municipales, c’est globalement pareil. A première vue, il semble préférable d’être entouré par des gens connus qui pèsent dans le game, pour s’imposer. Vraiment ?

Après « faut-il publier un livre pour être élu à la mairie ? », «  faut-il supporter le PSG pour être élu à la mairie ? » et «  faut-il être parisien pour être élu à la mairie ? », place à une autre question « cruciale » dans la course au château : « Faut-il être soutenu par des "stars" pour être élu à la mairie ? ». Qui sont les personnalités engagées aux côtés des candidats pour ce scrutin municipal de mars 2020 et que permettent-ils ? Décryptage et tour d’horizon, à deux mois du premier tour.

« Tableau de chasse »

En 2014, Anne Hidalgo avait un comité de soutien officiel. Présidé par un certain Cédric Villani, il rassemblait des élus mais aussi beaucoup « d’artistes et d’intellectuels de renom ». On y trouvait notamment Jacques Higelin, Pierre Lescure, Lio, Agnès B, Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui, Jean-Pierre Marielle, Gérald Dahan, Yvan Attal. Et Enrico Macias, qui était aussi dans le comité de soutien de Nicolas Sarkozy en 2007 pour les élections présidentielles. Dans le camp d’en face, Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate de l’UMP à la mairie de Paris, rejetait, elle, en bloc l’idée même de comité de soutien.

« Je ne veux pas faire de comité de soutien. Il y a des soutiens bien sûr. Mais je trouve ça un tout petit peu dépassé, cette espèce de tableau de chasse », déclarait-elle à l'émission « Tous Politiques ». « Il y a quelque chose d’un peu indécent à aller demander un soutien à des personnes qui ont reçu des subventions de la ville ou qui sont en attente de subventions de la ville (…) Aller chercher un comité de soutien dans une élection municipale, c’est forcément risquer de rentrer dans cette logique, j’en veux pas. Je pense que la création artistique se fait dans la plus grande liberté, loin des cours. J’aime pas les cours », ajoutait-elle. « La politique culturelle de la ville de Paris, ça a été beaucoup la cour, le clan, l’entre-soi », concluait la future candidate malheureuse. Ambiance. Mais la tradition du « comité de soutien » existe depuis plusieurs années.

Des paillettes à la planète

En 2001, Bertrand Delanoërassemblait déjà autour de lui des personnalités publiques dans un « comité de soutien » : Jeanne Moreau, Pierre Arditi, Jacques Perrin, Lio, Elie Sémoun ou encore Patrick Timsit. Son rival, Philippe Seguin, aussi, avait décidé d’avoir le sien. « Mais moi je ne fais pas une campagne de paillettes comme Bertrand Delanoë, je fais une campagne sur le fond », avait-il affirmé. Dix-neuf ans plus tard, le comité de soutien est toujours d’actualité mais il a peu évolué.

Engagée dans une campagne éclair pour un second mandat, Anne Hidalgo promet du terrain et des propositions « puissantes », selon son entourage. Cette fois-ci c’est le climatologue Jean Jouzel, ancien vice-président du groupe scientifique du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui est président de son comité de soutien. Il a d’ailleurs pris la parole lors du lancement de campagne de la maire sortante, ce lundi soir. Mais encore peu de noms de « stars » sont pour le moment sortis. A noter toutefois qu’ Audrey Pulvar s’est engagée très tôt dans la campagne et sera présente en numéro 2 sur la liste du centre de la capitale. Quid des autres candidats ?

A chacun ses « stars »

Benjamin Griveaux (LREM) reçoit plutôt le soutien de « stars » du gouvernement. Marlène Schiappa, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, est sur la liste du 14e arrondissement. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn est également très fortement pressentie pour figurer sur une liste. Quant au frère ennemi Cédric Villani, il se targue d’avoir reçu le soutien de 131 personnalités issues de la société civile, dont Erik Orsenna (membre de l’Académie française) et Etienne Klein (physicien, philosophe)

De son côté, la candidate soutenue par LFI, Danielle Simonnet part, elle, avec un ancien footballeur international, Vikash Dhorasoo, des écrivains engagés comme Edouard Louis, ou encore la militante Lamya Essemlali du Sea Shepherd. David Belliard (EELV) a préféré lui s’entourer de personnalités connues du monde associatif, de soutiens féministes et LGBT. Le comité de soutien de Rachida Dati (LR) afficherait plus d’un millier de membres d’après son entourage, dont Carla Bruni. Enfin, Marcel Campion compte sur Jean-Marie Bigard pour assurer le « spectacle ». Mais le but d’une « star » dans une campagne reste la même pour de nombreux candidats.

« Pour des politiques que l’on accuse souvent d’être déconnectés de la réalité, ces personnalités donnent un gage d’humanité et un moyen de s’ancrer dans la culture populaire », analyse Philippe Moreau Chevrolet, professeur de communication à Science Po Paris et président de l’agence de communication MCBG. Selon lui, la « star » dans la campagne joue également « un rôle d’influenceur qui met à la disposition du candidat ses réseaux sociaux souvent très suivis » et alors atteindre le plus grand nombre de personnes pour diffuser ses idées et son programme.