Aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle : Pourquoi 60 élus volent-ils dans les plumes du projet d’extension ?

BRAS DE FER Soixante maires ont adressé ce jeudi une lettre à Emmanuel Macron pour s’opposer au projet de Terminal 4 de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle

Guillaume Novello

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L'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle devrait connaître un sérieux agrandissement.
L'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle devrait connaître un sérieux agrandissement. — JOEL SAGET / AFP
  • Ce méga projet d’extension de l’aéroport Charles-de-Gaulle prévoit, à terme en 2037 après une ouverture en 2028, une augmentation de 35 à 40 % du trafic.
  • Un projet que redoutent les maires voisins qui y voient une source de nuisances sonores et environnementales.
  • Une soixantaine d’entre eux ont adressé une lettre à Emmanuel Macron réclamant l’abandon du projet.

Turbulences en vue pour le projet de terminal T4 de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Une soixantaine de maires du nord de l’Ile-de-France rassemblés à l’initiative d’Eugénie Ponthier, adjointe chargée de l’Ecologie urbaine à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), ont tenu ce jeudi une conférence de presse à Saint-Denis pour rendre public une lettre adressée à Emmanuel Macron et s’opposant à la construction du T4.

Petit rappel pour ceux qui étaient bloqués dans le métro, on ne parle pas ici d’un petit bâtiment avec deux-trois salles d’attente mais bien d’un très gros projet de 7 à 9 milliards d’euros, qui ouvrirait en 2028 et serait théoriquement achevé en 2037. L’objectif est d’accueillir, à terme, 35 à 40 millions de passagers par an, ce qui est pas mal quand on sait qu’en 2018, Roissy-CDG en avait reçu 72,2 millions. Ce qui commence à faire du monde et des avions, même si, l’assure un porte-parole d’ADP, « ce projet sera construit sur l’emprise de l’aéroport, il n’y a pas d’achat de terrains ni d’expropriation, c’est au cœur de l’emprise aéroportuaire ».

ADP a pris ses engagements

Néanmoins, après avoir signalé le « ballet incessant des avions » et « une pollution importante », la lettre des édiles dénonce la future « aggravation de la situation et une dégradation des conditions de vie des populations les plus exposées et fragilisées ». En conséquence de quoi, les maires affirment ne pouvoir « souscrire à ce projet d’extension ». « Ce que nous voulons, c’est l’abandon pour et simple du projet, affirme Hervé Chevreau, maire centriste d’Epinay-sur-Seine. On ne peut pas parler d’environnement et de développement durable, et faire un tel projet, c’est totalement contraire ! »

Pour prévenir les inquiétudes, le groupe ADP a pris en mai dernier «  29 engagements hyper précis répartis dans différentes thématiques comme le bruit, la santé, l’environnement, l’emploi », détaille un porte-parole de l’entreprise. « Les engagements on n’y croit pas, balance Hervé Chevreau. On dit que ça va créer 50.000 emplois, c’est faux ! Ça va être du transfert d’emploi ou d’activité. Et ces 50.000 emplois, on peut les créer sur notre bassin sans créer un aéroport, il suffit que l’Etat donne les moyens aux villes d’investir. »

« Derrière ça, il y a la privatisation d’ADP »

Autre point dénoncé par la lettre, l’absence d’un « véritable débat public ». « Cette concertation n’était pas pour tout le monde, pas pour l’ensemble des villes et départements », enchérit le maire d’Epinay-sur-Seine. De son côté, ADP assure avoir fait bien plus que le nécessaire. « Selon le Code de l’environnement, pour qu’il y ait un débat public sur des projets d’expansion d’aéroports, il faut qu’il y ait la création de pistes, ce qui n’est pas le cas avec le projet du T4. Mais comme nous voulions asssocier les territoires, nous avons saisi de manière volontaire la commission nationale du débat public (CNDP) pour organiser pendant 3 mois une concertation à ce sujet-là, avec une dizaine de réunions publiques, 85 événements, etc. »

Mais Hervé Chevreau a flairé un autre loup. « Derrière ça, il y a la privatisation d’ADP, dénonce-t-il. Si vous vendez ADP tel qu’il est aujourd’hui et si vous le vendez avec un terminal en plus, la vente n’est pas au même prix. » Ce n’est pas Stéphane Plaza qui dirait le contraire.

En attendant l’enquête publique pour autorisation environnementale unique prévue au deuxième semestre 2020 et les premiers coups de pioches l’année suivante, les maires nord franciliens, rejoints dans la lutte par la mairie de Paris, sont déterminés. « On sera attentifs à tout, promet Hervé Chevreau. On fera tout ce qui est possible pour arrêter le projet que ce soit d’ordre amiable ou, à terme d’ordre judiciaire. » Après EuropaCity, le nord francilien n’en a pas fini avec les batailles d’aménagement.

20 secondes de contexte

Après parution de cet article, ADP souhaite préciser que les propos rapportés ne sont pas une prise de position officielle de l'entreprise.