Paris, la capitale des provinces

Magali Gruet - ©2008 20 minutes

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« Il n'y a pas beaucoup de Parisiens parisiens. » Un constat qui a mené l'historienne d'art Nathalie Dargent à se lancer dans une étude minutieuse des provinciaux de la capitale. Quand et pourquoi y sont-ils montés, où se sont-ils installés, quels métiers pratiquent-ils ? Des questions auxquelles elle tente de répondre à travers une série de portraits dans un livre qui sort aujourd'hui*. « Beaucoup ont pris conscience de leur identité provinciale en arrivant à Paris », témoigne l'auteur. « Jacques Mélac, Aveyronnais né à Paris, était par exemple allé jusqu'à gratter le mot Paris sur sa carte d'identité pour le remplacer par Bozouls, le village de son père » raconte-t-elle.

A l'origine, les provinciaux se sont installés « là où les menaient les gares » : les Auvergnats autour de la gare de Lyon, les Ch'tis vers les gares du Nord et de l'Est, les Bretons à Montparnasse. « Mais petit à petit ces derniers ont souffert de la cherté des loyers et ont dû quitter le quartier. » Leurs métiers aussi étaient conditionnés à leurs origines. « Les écaillers ont vite compris que les Savoyards étaient capables de résister au froid et de garder les mains dans la glace toute la journée », raconte Nathalie Dargent. Aujourd'hui, les provinciaux ne sont plus ainsi catalogués, mais des associations tentent de préserver leur mémoire. « Il y a une vraie demande, et certains vont se trouver des origines bretonnes très lointaines pour adhérer à cette culture. »