Quand les citoyens nettoient leur ville à grands coups de « clean challenge »

MIEUX VIVRE LA VILLE Ce samedi se tient le désormais célèbre « Garges Clean Challenge ». Depuis quelques années, les opérations citoyennes de nettoyage se multiplient

Romain Lescurieux

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Le Défi environnement 77, en Seine-et-Marne
Le Défi environnement 77, en Seine-et-Marne — Mika Lenormand
  • Les jeunes des associations Espoir & Création de Garges-Lès-Gonesse (Val-d’Oise) et Jeun’Espoir de Colombes (Hauts-de-Seine) vont participer ce samedi à une opération de nettoyage.
  • D’autres initiatives citoyennes de nettoyage de l’espace public se montent ces dernières années.
  • « L’objectif est de ne pas les multiplier et de nettoyer toutes les routes et rues de la région, l’idée est de marquer les esprits », indique Pascal Szerman, qui a nettoyé une portion de l'A86.

« Le père Noël n’aime pas les ordures », lit-on sur leur affiche. Les jeunes des associations Espoir & Création de Garges-Lès-Gonesse (Val-d’Oise) et Jeun’Espoir de Colombes (Hauts-de-Seine) se donnent rendez-vous ce samedi à Garges-lès-Gonesse pour une grosse opération de nettoyage. Un « Garges Clean Challenge » spécial Noël. Objectif : nettoyer les rues de son quartier de fond en comble – avec le père Noël – puis mettre au défi un autre quartier, une autre ville, d’en faire autant. Et ce, de la même manière que les challenges régulièrement lancés sur les réseaux sociaux.

Car ce désormais célèbre challenge qui a débuté en juillet, est parti de Garges-Lès-Gonesse, commune de 42.000 habitants. Dans la foulée et via le hashtag #MaCitéVaBriller, d’autres villes d’Ile-de-France, ont relevé le défi de nettoyer leurs rues, comme à Argenteuil, Villeneuve-la-Garenne ou encore Stains. « Mais aussi à l’étranger, au Maroc, en Allemagne, au Sénégal. En tout, il y a eu plus d’une centaine d’opérations de nettoyage », se réjouit Hind Ayadi, fondatrice de l’association Espoir et Création. Cette fois-ci, plusieurs jeunes se retrouvent donc une nouvelle fois Garges-Lès-Gonesse. Toujours avec cette même détermination.

« L’idée est de sensibiliser les habitants au respect de l’environnement, de faire prendre conscience des problèmes, tout en améliorant son cadre de vie. Désormais nous souhaitons initier les jeunes au tri. Mais toujours avec un côté fun car si on leur propose un truc nian-nian, ils vont s’ennuyer », détaille Hind Ayadi. Et pour cause. Virales, fun, ludiques, sous forme de défi, etc., depuis quelque temps en Ile-de-France, les opérations de nettoyage se multiplient.

« Un matin je me suis réveillé et je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose »

En 2017, des centaines de bénévoles avaient nettoyé plus 1.000 kilomètres de route en Seine-et-Marne. Nom de l’opération : Défi 77 pour l’environnement. Lors de la première édition, l’année précédente, ils avaient récolté 15 tonnes de déchets. « Je crains que cette opération ne cesse de se répéter », déplorait alors auprès de 20 Minutes, Jean-Mary Guerraud, expert géomètre à la retraite âgé de 64 ans et organisateur de l’événement.

Pascal et Jonathan Szerman nettoient une partie de l'A86
Pascal et Jonathan Szerman nettoient une partie de l'A86 - Szerman

En mai dernier, Pascal Szerman, chef d’entreprise de 57 ans, a organisé une opération de nettoyage « one shot » chez lui, à Choisy-le-Roi dans le Val-de-Marne. « Cette mission me tenait à cœur depuis longtemps et un matin je me suis réveillé et je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose », explique-t-il. Avec son fils et habillés en costume, ces « gentlemen de la propreté » ont nettoyé durant plusieurs heures l’entrée de l’A86 devenue « un dépôt sauvage ». « Ça aurait pu durer deux jours tellement c’est un désastre. On y trouvait des couches, des matelas, c’était l’horreur. » En tout, ils ont rempli 15 sacs de 120 litres. Mais son opération restera à usage unique.

« L’objectif est de ne pas les multiplier et de nettoyer toutes les routes et rues de la région, l’idée est de marquer les esprits, de faire prendre conscience de ce scandale auprès des citoyens et des autorités », commente celui qui reste toutefois dubitatif sur l’efficacité de ces opérations. « Cela donne bonne conscience, mais en réalité, elles ne servent à rien. Il ne faut pas se subsister à la région, aux communes, aux services de propreté qui ne font pas leur travail ».

Aussi, selon lui, « il faut éduquer les gens, leur faire peur en rappelant le montant des amendes ». Pourtant la loi est claire : jeter une poubelle n’importe où est passible de 75 euros d’amende et s’il s’agit d’un dépôt depuis un véhicule de déchets professionnels l’amende peut atteindre 75.000 euros avec une peine de deux ans de prison.