Grève à Paris : Achat, location, dépannage... Le secteur du vélo à Paris en plein boom

MOBILITE Face à une grève massive dans les transports en commun depuis plus d’une semaine, les Parisiennes et Parisiens adaptent leur trajet. Et surtout, ils pédalent. La révolution du cycle est-elle définitivement en marche dans la capitale ?

Romain Lescurieux

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Les rues de Paris au premier jour de la grève
Les rues de Paris au premier jour de la grève — Xavier FRANCOLON/SIPA
  • Ils achètent, ils louent, ils font réparer leur vélo qui dormait dans la cave depuis des années… Avec la grève des transports, les Parisiens (re)découvrent la bicyclette.
  • Depuis le 5 décembre, près d’un million de courses ont été effectuées avec un Vélib'.
  • Tous les acteurs du secteur profitent de ce sursaut pour le vélo. Jusqu’à quand ?

La porte ne cesse de s’ouvrir. Certains viennent faire changer une chambre à air ou les freins, quand d’autres prennent un rendez-vous pour un contrôle technique. Que ce soit dans le magasin ou l’atelier, les vélos s’alignent. Parfois démontés, ils sont remontés illico. Mathieu n’a pas une minute à lui. Les clients abondent en ce vendredi chez Ecox, magasin de location, d’achat et de réparation de vélos situé dans le 9e arrondissement. Certains usagers, stationnés à l’extérieur, reprennent le chemin de la piste cyclable, après une simple vérification ou un conseil sur leur bécane. Un ballet devenu presque habituel. Et pour cause.

Depuis le début de la grève, on dit n’avoir jamais vu ça à Paris. « On est presque saturés et nous n’avons plus de vélos à la location. Nous faisons face à une grosse hausse d’activité », souffle Mathieu. Comme lui, tous les acteurs du secteur s’accordent pour le dire : En ce mois décembre de mobilisation sociale, les Parisiennes et les Parisiens pédalent comme jamais.

« On a augmenté de 80 % nos ventes »

Ils achètent, ils louent, ils font réparer leur vélo qui dormait dans la cave depuis des années… Bref, les Parisiens et les Parisiennes (re)découvrent la petite reine et pédalent comme un 15 août à l’île de Ré ou un 31 décembre à Copenhague. Victor est loueur de vélos dans le 11e arrondissement chez Paris à vélo, c'est sympa et remarque ce gros coup de boost. « On a une activité beaucoup plus importante. On loue actuellement trois fois plus que d’habitude. » Quelques jours avant la grève, il avait déjà 30 vélos loués d’un coup. Puis des locations sur des durées de deux à douze jours, se sont enchaînées à une vitesse folle. Et ce, pour des particuliers mais aussi à des entreprises. Dans ce contexte, des usagers n’hésitent pas franchir le pas de l’achat d’un vélo à assistance électrique qui tire particulièrement son épingle du jeu.

Michaël, directeur commercial chez Altermove, dans le 15e arrondissement, ressent un « réel impact » par rapport à la grève. « Les gens recherchent un nouveau moyen de locomotion pour remédier aux problématiques liées à la grève, à savoir perturbation des transports en commun, surcharge du trafic. Et donc nous avons observé un pic de ventes de vélos à assistance électrique. En volume, on a augmenté de 80 % nos ventes sur une période comparable. » Autre élément déclencheur à prendre en compte, selon lui : la prime d’Ile-de-France. En raison des grèves, la région a annoncé que la prime vélo électrique qui s’élève à 500 euros – prévue initialement pour janvier 2020 – a été avancée. « Ceux qui hésitaient, ont franchi le pas. Cette grève a permis cette conversation de gens vers l’électrique », confirme Mathieu. Enfin, sur le terrain, les dépanneurs, eux, sont sur tous les fronts.

« Notre activité a triplé ! », s’exclame Alexis, fondateur de Cyclofix (service de réparation de vélo) qui fait partie du dispositif de mobilités mis en place par la RATP au début du mouvement social. « Des magasins débordés nous confient aussi leurs vélos à réparer », note-t-il également.

Un million de courses avec Vélib’

Le free-floating profite aussi de la grève. Près d’un million de courses ont été effectuées en une semaine avec Vélib’. Et chaque jour, jusqu’à 77.000 usagers choisissent le vélo parisien pour leurs déplacements, note-t-on du côté de l’entreprise. Mais l’opérateur, le reconnaît : « la grève a un impact direct sur la régulation du parc, avec des déplacements d’usagers qui ne suivent pas les flux habituels et qui varient chaque jour. Par ailleurs, les conditions de circulation rendent les opérations de maintenance sur le terrain plus complexes ».

Chez Jump, le nombre de courses à vélos et trottinettes (voir encadré) a lui augmenté entre 150 et 250 %, avec un pic dimanche 8 décembre, où le nombre de courses à vélos a augmenté de plus de 260 %, selon l’entreprise. Mais certains acteurs voient en ce sursaut du vélo, une dynamique globale qui tend à s’ancrer définitivement dans la capitale.

Grève et révolution du cycle

« Ce mouvement social et ces grèves vont permettre à des Parisiens et des Franciliens de changer de mode de transport. Un mode de transport plus vert et meilleur pour la santé », se réjouit Mathieu. « Les gens testent et se rendent compte que oui leur trajet peut se faire à vélo et que c’est agréable. C’est ce qu’ils nous disent », précise de son côté Alexis de Cyclofix. D’autant, que la ville de Paris permet, plus qu’à une époque, ces déplacements et que la dynamique est bien enclenchée. Mille kilomètres de pistes cyclables ont notamment été construits dans la capitale.

« Nous sommes à un moment où tout ce qui a été mis en place ces dernières années pour favoriser le vélo se cristallise et fait que les gens passent le pas », abonde Mathieu. Fin novembre, le nombre de vélos a augmenté de 54 % entre septembre 2018 et septembre 2019, selon 56 sites équipés de compteurs par la mairie de Paris. Mais des choses restent encore à faire.

En début de semaine, les associations Paris en Selle et Mieux se Déplacer à Bicyclette (MDB) ont « inauguré » la ligne V1 (La Défense – Vincennes) du Vélopolitain. Pour matérialiser ce réseau vélo, les militants ont créé l’identité visuelle de la ligne V1 grâce à des pochoirs colorés sur le sol. Car à l’approche des élections municipales, les associations de cyclistes proposent notamment aux candidats à la Mairie de Paris de s’engager à réaliser ce réseau cyclable dans les années à venir.

Les trottinettes ne sont pas en reste

En cette période de grève des transports en commun, le nombre de trajets par jour effectué avec les trottinettes électriques Lime a très fortement augmenté à Paris : +90 % par rapport à une période normale. Le nombre de nouveaux utilisateurs a lui bondi de 530 %, indique la plateforme.