Grèves contre la réforme des retraites : Hôtels, restos, musées…. Quel impact pour les pros du tourisme parisiens ?

BRAS DE FER Avec les transports paralysés dans Paris, les professionnels du tourisme s’inquiètent des conséquences à venir sur leur activité

Romarik Le Dourneuf

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Grèves contre la réforme des retraites : Hôtels, restos, musées…. Quel impact pour les pros du tourisme parisiens ?
Grèves contre la réforme des retraites : Hôtels, restos, musées…. Quel impact pour les pros du tourisme parisiens ? — LUDOVIC MARIN
  • Le mouvement de grève lancé le 5 décembre a pour le moment des effets modérés sur le tourisme dans la capitale.
  • Les professionnels s’inquiètent des résultats catastrophiques que pourrait avoir la grève si elle perdurait.
  • Les employés du secteur subissent doublement le mouvement, pour leur activité, mais aussi via les difficultés qu’ils ont à se rendre sur leur lieu de travail.

Il suffisait d’être à la nocturne mensuelle gratuite du Louvre, samedi dernier, pour s’en rendre compte : l’heure et demie d’attente d’habitude nécessaire s’était transformée en cinq petites minutes, en raison de la faible affluence. Et à l’intérieur, des affiches annonçaient que toutes les salles ne peuvent être visitées en raison d’un manque de personnel. Soit un des effets de la grève sur le secteur du tourisme, dans un Paris au ralenti depuis le jeudi 5 décembre.

« Pour le moment, ça va… »

« La journée du 5 décembre avait été anticipée par tout le monde, les suivantes sont plus difficiles à lire », estime Jean-Marc Banquet d’Orx, président de l’Union de métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) d’Ile-de-France. L’organisation annonce une perte de 20 à 25 % de chiffre d’affaires pour les hôtels parisiens depuis une semaine. Des premiers chiffres confirmés par une employée du TimHotel de Montparnasse, qui raconte : « D’habitude, nous sommes presque au plein début décembre, notamment avec le Salon Nautic à la Porte de Versailles. Cette semaine, nous sommes plutôt autour de 75 % d’occupation. »

Sa voisine du Berkeley hôtel dresse le même constat : « C’est plus calme que d’habitude, mais ce n’est pas non plus la catastrophe. » Des proportions difficiles à juger selon les professionnels interrogés : « Il y a les personnes qui n’ont pu annuler au dernier moment et qui ont payé mais ne sont pas venues, et il y a celles qui ont ajouté une nuitée ou deux parce qu’elles n’ont pu partir. »

Des Parisiens dans les bus pour touristes

Du côté des restaurants, la situation est aussi floue. Eddy, serveur dans une brasserie à deux pas des cinémas du 14e arrondissement, explique : « Je n’ai pas l’impression qu’il y ait moins de touristes. S’il y a moins de monde, c’est parce qu’il y a moins de Parisiens surtout. » Antoine*, vendeur dans un grand magasin, fait le même résumé : « Les étrangers sont présents, parce qu’ils ont le temps, et parce qu’ils sont venus pour dépenser leur argent. Avec les difficultés de transports, les locaux ont autre chose à faire que du shopping. »

Les centaines de kilomètres d’embouteillages, c’est le principal problème de Sébastien Vincent, directeur général de Bigbus Tours Paris, compagnie de visites guidées en bus. Il tempère, toutefois, les difficultés : « Bien entendu, c’est compliqué, nous avons constaté une légère baisse de fréquentation des touristes. Mais nous voyons arriver une nouvelle clientèle, des Parisiens privés de transport en commun et qui en ont assez de marcher. »

Quant aux musées et parcs d’attractions de la région, ils refusent de communiquer sur les événements actuels. Mais un rapide tour sur les réseaux sociaux permet de constater qu’ils sont ouverts et accueillent le public, même s’il est moins nombreux, comme au Louvre. Jean Marc-Banquer d’Orx (UMIH) met tout de même en garde : « Ce ne sont que les premiers jours, nous ne réaliserons les dégâts qu’à la fin du mouvement de grève. Et le résultat pourrait être désastreux. »

« Les dépenses des touristes ne se reportent pas, elles se prennent ou elles se perdent »

Selon le président de l’UMIH, le pire serait donc une guerre d’usure entre les grévistes et le gouvernement. « Si la grève perdure, les touristes vont se tourner vers d’autres destinations ». Il ajoute : « Quand on parle des chiffres, on ne prend souvent en compte que l’hôtellerie et la restauration, mais il y a toutes les dépenses additionnelles. » Des sommes importantes en ce mois de décembre, pendant lequel les touristes préparent les cadeaux de Noël.

Les commerçants qui souffrent de la grève actuelle pourraient peut-être se rattraper sur les soldes en janvier, et il pourrait y avoir un effet d’étalement, comme ce fut le cas avec les « gilets jaunes ». Mais « à condition que le mouvement s’arrête vite et que l’image de la France ne soit pas trop dégradée, prévient Jean Marc-Banquer d’Orx. Les "gilets jaunes", c’était un jour par semaine, là c’est sans coupure, c’est sans commune mesure. » Les professionnels sont unanimes : les dépenses des touristes ne se reportent pas, elles se prennent ou elles se perdent. Antoine, le vendeur de grand magasin, se fait le porte-voix de beaucoup : « Décembre, c’est Noël. Janvier, c’est les soldes. Si ça continue comme ça, on court à la catastrophe. »

La double peine

Et pour les employés, il y a une forme de double peine : non seulement ils sont concernés par une possible baisse du chiffre d’affaires, mais comme tous les travailleurs, ils doivent aussi se débrouiller pour se rendre sur leur lieu de travail. Si ceux qui occupent des fonctions supports (comptabilité, ressources humaines, administratif, etc.) peuvent se voir proposer du télétravail, difficile, en revanche, de cuisiner via Internet… Un dirigeant du restaurant La Coupole raconte : « Certains arrivent plus tard, d’autres partent plus tôt, le travail doit se faire, donc on se débrouille. » Dans les hôtels, certains employés peuvent avoir une chambre gratuite pour s’éviter la galère des transports. Pour les autres, certaines entreprises prennent en charge les frais de taxi ou de VTC. Mais ça ne durera qu’un temps.

*Le prénom a été modifié