Grève du 5 décembre : La crainte des « ultras » en marge des cortèges

SECURITE Les autorités craignent que des black blocs et des ultra-jaunes commettent des violences en marge des cortèges officiels

Caroline Politi

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Des "gilets jaunes" aux abords de la place d'Italie à Paris.
Des "gilets jaunes" aux abords de la place d'Italie à Paris. — Philippe LOPEZ
  • 6.000 policiers sont mobilisés jeudi pour sécuriser la capitale lors des manifestations du 5 décembre.
  • Entre 300 et 500 individus « radicaux » sont attendus par les autorités.
  • D’importantes mesures de sécurité ont été prises pour sécuriser le cortège.

Quelque 6.000 policiers et gendarmes mobilisés, auxquels s’ajoutent 180 motards, le « maximum » que la préfecture de police de Paris est en mesure de déployer. Des commerces fermés entre la gare du Nord et la place de la Nation, leurs terrasses et étalages préalablement démontés. Des réquisitions auprès de la mairie de Paris pour évacuer tout le mobilier urbain – vélos, poubelles, grilles autour des arbres – mais également les chantiers. Rarement de telles dispositions ont été prises avant une manifestation. « J’ai des raisons de craindre qu’il peut y avoir des difficultés, non pas en raison des manifestants mais d’individus qui viennent en découdre », a indiqué ce mercredi le préfet de police de Paris, Didier Lallement, lors d’une conférence de presse.

Et le haut fonctionnaire d’insister sur la présence attendue de « casseurs » dont l’objectif est de « déstabiliser les institutions, remettre en cause le droit à manifester. » Si ce mercredi il a refusé de donner des chiffres précis sur le nombre de black blocs et d’ultra-jaune, la mouvance dure des « gilets jaunes », attendus la veille, le préfet a évoqué devant les maires d’arrondissement la présence de 1.000 casseurs à Paris. D’autres sources bien informées tablent plutôt sur 300 à 500 « ultra-jaunes » et black blocs dans les rues de Paris jeudi. Des estimations qui s’appuient d’abord sur les précédentes manifestations. Le 16 novembre, par exemple, lors de l’acte 53 des « gilets jaunes » au cours duquel les premiers heurts ont éclaté avant même le départ du cortège, la police a estimé qu’une centaine de black blocs et 300 à 400 ultra-jaunes se trouvaient sur la place d’Italie.

« Ce n’est pas un comptage à la dernière minute »

Ces estimations sont également le fruit d’un suivi de ces mouvances, notamment sur les réseaux sociaux, par les services de renseignements territoriaux. « C’est un travail de longue haleine, ce n’est pas un comptage qui se fait à la dernière minute. Ce sont des estimations qui s’appuient sur la connaissance des différents groupes qui se réunissent et leur capacité à mobiliser les uns et les autres », précise une source policière. Les autorités surveillent également ce qui se passe de l’autre côté de la frontière, notamment au Benelux où certains militants mobiles participent à des mobilisations en France. « Il y a régulièrement des échanges entre les services de renseignements, notamment à l’approche de séquence identifiée comme étant potentiellement risquée », précise cette source.

Pour les spécialistes du maintien de l’ordre, il est néanmoins indispensable de faire la distinction entre black blocs et ultra-jaunes. « Les premiers sont bien plus entraînés, plus mobiles et même s’ils sont moins nombreux que les “gilets jaunes”, ils s’appuient sur eux pour jouer le nombre », explique le chef d’une compagnie de CRS mobilisé à de nombreuses reprises sur le mouvement des « gilets jaunes ». Une différence d’« expérience » qui explique, selon Didier Lallement, qu’ils sont plus rarement interpellés et traduits en justice. « Dès que nous agissons, ils se remettent dans le mouvement », insiste le préfet. Et de préciser, concernant le mouvement des black blocs : « Ce n’est pas une structure, pas un mouvement, c’est une pratique de la violence, une pratique de la déstabilisation. »

Si Didier Lallement n’a pas souhaité revenir sur les estimations du nombre d’individus « ultras », il s’est défendu de chercher à dissuader les manifestants de se rendre à la manifestation contre la réforme des retraites. « A tous ceux qui veulent venir, qu’ils viennent sans crainte », a-t-il déclaré, appelant néanmoins les participants à aider « à empêcher ces casseurs de casser » en avertissant d’emblée les autorités.