VIDEO. Pathologies cardiovasculaires, ostéoporose… Pourquoi faut-il surveiller ces maladies silencieuses ?

REPORTAGE En vingt minutes, un dépistage gratuit était proposé aux Parisiens ce lundi place de la Bourse, pour sensibiliser aux maladies du cœur et des os

Oihana Gabriel

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Charlène, infirmière, réalisait lundi 2 décembre place de la Bourse à Paris, des dépistages gratuits des maladies du coeur et des os lors de l'événement Protect Ur Life.
Charlène, infirmière, réalisait lundi 2 décembre place de la Bourse à Paris, des dépistages gratuits des maladies du coeur et des os lors de l'événement Protect Ur Life. — O. Gabriel / 20 Minutes
  • Cette année, des dépistages gratuits ont été proposés dans cinq villes européennes, notamment à Paris, où les citoyens ont pu réaliser un bilan de leur cœur et de leurs os.
  • Ce lundi, sur la place de la Bourse (2e arrondissement), les passants pouvaient ainsi rencontrer une infirmière ou un médecin pour mesurer tension, glycémie et cholestérol.
  • Au programme, aussi, des conseils sur les facteurs protecteurs contre les maladies cardio-vasculaires et l’ostéoporose.

« Ça va, je ne vous fais pas mal ? », interroge Charlène Megna, infirmière, qui pique le doigt pour recueillir quelques gouttes de sang. « Je suis désolée, je vais devoir piquer à nouveau », s’excuse-t-elle. Ce lundi, de 10h à 20h, les passants de la place de la Bourse pouvaient être accueillis sous quelques tentes blanches pour y réaliser un bilan de santé. Ou plus précisément savoir comment se portent leur cœur et leurs os. L’événement Protect Ur Life, organisé une première fois à Paris sur le parvis de l’Hôtel de Ville fin août par Amgen, laboratoire pharmaceutique, revenait dans la capitale, cette fois devant le Palais Brongniart. Avec toujours la même ambition : sensibiliser sur des maladies méconnues : les pathologies cardiovasculaires et l’ostéoporose (maladie du squelette qui entraîne une fragilité osseuse).

Tension, glycémie, cholestérol

Pendant vingt minutes, donc, Charlène prend la tension artérielle, mesure la glycémie, le tour de taille, le mauvais et le bon cholestérol… « Là, ça va être le moment interrogatoire », prévient-elle. Antécédents, alimentation, tabac, traitements, elle interroge pour que le bilan soit le plus complet possible. Pour ainsi, après ces trois petits examens et les questions, délivrer un score, une estimation sous la forme d’un pourcentage des risques qu’un événement cardiovasculaire survienne d’ici à dix ans. Toute la journée, dans six petits box, infirmières, cardiologues et rhumatologues se relaient.

« Les maladies cardiovasculaires, de même que l’ostéoporose, sont des pathologies silencieuses. Malheureusement, on s’en rend compte souvent quand il est trop tard, explique Margaux Alazard, cardiologue à La Pitié-Salpétrière (AP-HP), présente lors de cette journée de sensibilisation. Tant qu’ils vont bien, les gens ne se préoccupent pas de leur glycémie… Voilà pourquoi il est important d’informer le grand public et de dépister le tout-venant. » Pour parler infarctus, mais aussi col du fémur. « Je pense que les femmes ignorent qu’au moment de la ménopause, surtout si elles sont maigres, elles devraient faire un examen de leurs os, nommé densitométrie osseuse, renchérit Ariane Leboime-Grigaut, rhumatologue à Boulogne. Après une fracture d’un os majeur, par exemple le fémur ou le bassin, il existe un risque de se faire une autre fracture, et même de mourir. »

Manque de prévention

« Selon les recommandations européennes, tous les hommes, dès 40 ans, et les femmes dès 50 ans, devraient faire ce bilan de santé sur les maladies cardiovasculaires, précise Margaux Alazard, cardiologue. » Pour elle, on pourrait imaginer aller un cran au dessus et proposer des électrocardiogrammes aux passants lors de ce rendez-vous de prévention. « Avant, tous les hommes réalisaient obligatoirement un ECG pendant le service militaire. Mais aujourd’hui, certains ne vont jamais chez le médecin. »

Ce dépistage gratuit, pendant lequel certains peuvent découvrir un diabète ou du cholestérol, sert aussi à rappeler les facteurs de risques et les bons réflexes d’hygiène de vie. « Clairement, raclette égale maladies cardiovasculaires », sourit Charlène, après avoir réalisé mon bilan de santé. « En gros, c’est tous les conseils qu’on rabâche : manger équilibré, faire 30 minutes d’activité physique par jour, limiter l’alcool, arrêter de fumer… », liste la cardiologue. « C’est exactement pareil pour l’ostéoporose », complète Ariane Leboime-Grigaut.

Et les deux spécialistes d’alerter sur certains effets de mode. « Suivre un régime excluant, par exemple sans lactose, sans être suivi par un médecin, n’est pas une bonne idée… », reprend la rhumatologue. Quant aux signaux qui doivent alerter, elle précise que se mesurer régulièrement fait partie des bons réflexes. « Si vous avez perdu plus de 3 cm par rapport à votre taille à 20 ans, c’est sans doute que vous avez un problème de vertèbres. Or, deux tiers des fractures de vertèbres sont méconnues car soit elles ne sont pas douloureuses, soit on minimise la souffrance. En général, une mamie qui se plaint du dos, ça passe inaperçu… » Pour Perrine Calmes, 32 ans, qui vient de réaliser ce dépistage, si l’on commence à faire de la prévention sur les maladies cardiovasculaires, l’ostéoporose reste en revanche une planète inconnue. « Quand on voit combien cela bousille la vie, les personnes deviennent d’un seul coup dépendantes de leurs proches après une chute… On devrait multiplier ce genre de dépistage gratuit. »

Les hommes plus à risque, les femmes sous-diagnostiquées

Fin août, une première édition de Protect ur Life avait permis à 350 personnes de se faire dépister. Une initiative à renouveler, voire à élargir, selon l’association de patients Parole et réactions. « En France, on ne parle pas beaucoup des maladies cardiovasculaires, alors que c’est un véritable fléau : 150.000 morts par an en France, et c’est la première cause de mortalité chez les femmes, synthétise Kristina, bénévole dans cette association. Le cœur, cela fait moins peur que le cancer, sans doute parce que l’hospitalisation est moins longue. Pourtant, c’est une maladie chronique, avec un traitement quotidien. Même s’il y a eu des progrès énormes sur les traitements », reconnaît Kristina.

« Mais il vaut mieux être dépisté que traité », la coupe Catherine, une autre bénévole, malade du cœur depuis ses 52 ans. « Je suis un exemple du fait que même chez les médecins, on ne considère pas les femmes comme des personnes à risque. Mon père avait fait un infarctus jeune et son cardiologue lui disait toujours "dites bien à vos fils de se faire dépister"… »