Exclusif. Municipales 2020 à Paris: « Où est la crédibilité de Benjamin Griveaux ? », tacle Rachida Dati

INTERVIEW A quatre mois des élections municipales, Rachida Dati, candidate Les Républicains à Paris, répond aux questions de «20 Minutes»

Propos recueillis par Thibaut Le Gal et Romain Lescurieux

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Rachida Dati, candidate LR à Paris, dans son bureau de la mairie du VIIe arrondissement.
Rachida Dati, candidate LR à Paris, dans son bureau de la mairie du VIIe arrondissement. — Romuald Meigneux/SIPA pour 20 Minutes
  • Rachida Dati est la candidate Les Républicains pour les municipales 2020 à Paris.
  • La maire du VIIe arrondissement accuse son adversaire Benjamin Griveaux de mener « une politique de débauchage », après qu’il a reçu le soutien de plusieurs élus de droite.
  • L’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy dénonce également la gestion de la ville par la maire socialiste Anne Hidalgo.

Rachida Dati dézingue. La candidate Les Républicains (LR) pour les élections municipales de mars 2020 à Paris veut mettre fin à l’ère de la gauche dans la capitale. L’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy reçoit 20 Minutes dans son bureau du VIIe arrondissement. Elle dévoile quelques propositions, fustige le bilan de la maire PS Anne Hidalgo et accuse son principal concurrent, Benjamin Griveaux (LREM), de mener une « politique de débauchage ».

« Ce qui se joue en mars, c’est la survie de la droite à Paris », résumait auprès de 20 Minutes, la présidente de la fédération parisienne Les Républicains Agnès Evren. Si vous échouez, c’est la mort de la droite dans la capitale ?

Aujourd’hui, la droite parisienne existe, les électeurs de droite aussi. Mais l’appareil partisan a beaucoup été cassé notamment parce que depuis 2001, certains essayent de sauver leur poste au lieu de sauver Paris. Et ceux qui ont trahi la droite en seront comptables. Moi je m’adresse aux Parisiennes et Parisiens qui veulent que Paris change, aux électeurs de droite, du centre et bien au-delà. Et ce, en cohérence avec mes convictions et les valeurs d’une famille politique que je n’ai jamais trahie.

« On ne peut plus laisser Paris entre les mains de quelques médiocres », avez-vous récemment déclaré. Quel bilan portez-vous sur le mandat d’Anne Hidalgo ?

Quand je dis médiocre, c’est que la municipalité n’a pas eu une gestion à la hauteur de l’ambition qu’on doit avoir pour Paris. La ville a un budget de 10 milliards d’euros et la dette a été multipliée par six depuis 2001. Paris n’est pas dirigé, n’a pas de cap, pas d’ambition. Aujourd’hui, entre 10.000 et 12.000 habitants quittent la ville chaque année, pour l’essentiel des familles. Je ne veux pas que Paris devienne une ville de célibataires riches qui se baladent en trottinettes. Paris doit revenir à sa vocation initiale : permettre à chacun de réaliser ses rêves et s’ancrer. Aujourd’hui, tout n’est que contraintes, problèmes et dégradation.

Sur quel axe comptez-vous faire campagne ?

La sécurité, notamment. Je veux une police municipale armée, qui assure la sécurité du quotidien, une sécurité privée qui assure la surveillance des sites sensibles et des bâtiments publics, de manière à permettre à la police nationale de se recentrer sur ses missions essentielles (investigation, interpellation). Autre axe fort de ma campagne : Je veux retenir les familles avec des gestes forts, comme la baisse de tous les tarifs des services municipaux. Je baisserai le prix du repas dans les cantines à 3,50 euros maximum contre 7 euros actuellement.

Vous avez promis une mesure choc sur le logement…

On est en train de l’affiner financièrement.

Pouvez-vous nous en dire plus ?

Non.

Sur votre site, vous dites ne pas vouloir créer plus de « logements sociaux tant que le parc existant ne répondra pas à des critères satisfaisants ». Pourquoi ?

On a 200.000 logements sociaux. Mais la Mairie ne fait que du quantitatif pas du qualitatif. Le logement social à Paris est dégradé, beaucoup d’appartements sont inoccupés, non accessibles ou non sécurisés. Restaurons d’abord tous ces logements.

Vous avez évoqué l’écologie comme l’un des axes de campagne. Avez-vous des propositions ?

Je veux une écologie non dogmatique, centrée sur le bien-être et la santé des Parisiens. Les arrondissements du nord et de l’est sont extrêmement pollués, les transports collectifs également. Je souhaite protéger en priorité les personnes fragiles, en équipant tous les lieux les accueillant (crèches, écoles, résidences de personnes âgées) de capteurs mesurant la pollution et de purificateurs d’air filtrant les gaz polluants et particules fines. Par ailleurs, on a deux poumons à Paris, le bois de Vincennes et le bois de Boulogne, devenus des cache-misères. C’est le lieu de tous les trafics, toutes les insécurités. Je mettrai donc des caméras à l’intérieur de ces bois et des antennes de police dédiées aux abords. Cela permettra de rendre les bois aux Parisiens pour qu’ils s’y ressourcent pleinement.

Concernant les transports, vous dites vouloir mettre fin à « l’anarchie dans nos rues ». Comment ?

Il y a eu une politique anti-voitures mais pas de politique globale de mobilité. Vélib' a été supprimé, pour finalement revenir. Autolib a été un fiasco financier et de mobilité. Je veux donc revoir toutes les formes de mobilité en faisant un schéma global et cohérent. Il faut encadrer les véhicules en free-floating car c’est l’anarchie, dangereux, et il y a eu des blessés. Certains veulent réduire le nombre d’acteurs mais il fallait y penser avant. Il faut peut-être aussi réduire le nombre de trottinettes.

Allez vous revenir sur la piétonnisation de certains axes à Paris ?

Il faut de la cohérence car les Parisiens sont mécontents. On ne peut pas dire « il ne faut plus aucune voiture », car il y a des artisans, des gens qui travaillent, des familles qui en ont besoin. Est-ce que vous mettez tout ça sur le porte-bagages d’un vélo ou d’une trottinette ? Je veux bien des transports alternatifs, mais aujourd’hui, ça n’existe pas. Les transports en communs sont saturés, pollués, mal sécurisés.

Donc vous n’avez pas de mesures particulières sur les voitures ?

Paris ne peut pas raisonner seul. Il faut revoir les transports collectifs, mais avec la région, la métropole et les communes de la petite couronne, qui est méprisée par Paris.

Mais si vous êtes élue maire de Paris, remettez-vous en cause la piétonnisation des berges ?

Il faut le voir dans le cadre d’un schéma de mobilité que je soumettrai aux Parisiens.

Par un référendum ?

Dans le VIIe, je n’ai jamais eu de contestation sur les grands aménagements car je les ai toujours soumis à consultation : l’Eglise orthodoxe, le projet Beaupassage… Aujourd’hui, Paris s’aménage au mépris des Parisiens. On a fermé les voies sur berge et fait remonter la pollution sur les quais hauts, au détriment des riverains. On peut donc consulter les Parisiens sur les schémas de mobilité.

Une première réunion publique dans le 20e, un passage porte de Montreuil ou encore à la porte de la Chapelle à la Colline du crack… Vous vous rendez régulièrement dans le nord-est de Paris. Pourquoi ?

Ce qui me frappe, c’est la fracture entre les arrondissements. Pendant longtemps, ils n’étaient pas en opposition. Barbès [XVIIIe] n’était pas contre les Invalides [VIIe]. Aujourd’hui, chacun se replie dans son arrondissement. Je veux rétablir une harmonie parisienne. La droite a totalement abandonné les arrondissements du nord et de l’est. Il faut les reconquérir et de leur apporter des solutions.

Comment ?

Sécurité, tranquillité, qualité de logements… Respecter les gens qui habitent là-bas.

Les ex-LR Delphine Bürlki, maire du IXe et Florence Berthout, maire du Ve ont rejoint Benjamin Griveaux. Philippine Hubin, une de vos adjointes dans le VIIe a aussi été annoncée ce lundi tête de liste LREM…

Philippine Hubin n’était pas dans ma majorité. Madame Berthout et madame Bürlki ont peur d’être battues donc elles ont considéré que demander l’asile à monsieur Griveaux, qui lui-même a demandé l’asile à En Marche, pouvait les sauver. Je pense que c’est mépriser les électeurs.

Ce n’est pas un échec pour vous ?

Elles sont parties avant même que je sois investie, donc je suis très tranquille.

Benjamin Griveaux courtise aussi les électeurs de droite, est-ce que ce n’est pas lui, le candidat de la droite à Paris ?

Ah bon, un ancien socialiste ? Il ne fait pas une politique pour Paris, mais une politique de débauchage. Si demain, il allait au RN, je ne serais pas étonnée. Il a commencé au PS, il peut finir au RN. D’ailleurs, il n’a aucun bilan. Il n’a trouvé aucune solution dans une ville comme Chalon-sur-Saône [Il était conseiller municipal de 2008 à 2015 et vice-président de l'agglomération de Saône-et-Loire]. Il dit vouloir changer Paris alors qu’il n’a pas réussi à changer une ville de moins de 100.000 habitants. Où est la crédibilité de Benjamin Griveaux ?

Valérie Pécresse vous tend la main dans le JDD, mais souhaite que 10 des 70 propositions de son mouvement soient reprises. Elle demande aussi des têtes de liste pour son mouvement. Que lui répondez-vous ?

On s’est vues, on a discuté. Et je lui ai fait part de ma proposition.

Pouvez-vous nous en dire plus ? Est-ce que des membres de son mouvement Libres ! seront têtes de liste dans des arrondissements ?

Sans doute. Je ne réponds pas par voie de presse.

Durant le mandat d’Anne Hidalgo, certains élus de gauche, mais aussi de votre propre camp, vous ont reproché vos nombreuses absences au Conseil de Paris. Que répondez-vous ?

Mon bilan et mon action. Je connnais trop bien ces attaques venues de gens qui n’acceptent pas de me voir là où je suis et qui eux grenouillent sans aucun mérite. Ce n’est pas ma conception de l’engagement politique.

Votre bureau et votre domicile ont fait l’objet de perquisitions dans le cadre de l’enquête sur des contrats de conseil auprès d’une filiale de Renault-Nissan. Craignez-vous que cette affaire empoisonne votre campagne ?

J’ai déjà répondu. C'est une enquête ouverte sur Renault-Nissan sur la base d'une plainte d'un avocat obscur.

Rachida Dati a sorti le 21 novembre « La Confiscation du Pouvoir » chez Plon.