Des inondations comme dans le Sud, c’est possible à Paris ?

ET SI... En Ile-de-France, 850.000 personnes et 55.700 entreprises sont installées en zone inondable

Caroline Politi

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Le Zouave du pont de l'Alma a les pieds dans l'eau avec la crue de la Seine.
Le Zouave du pont de l'Alma a les pieds dans l'eau avec la crue de la Seine. — M. Costa /20 Minutes

Des pluies diluviennes et l’eau qui monte à toute allure, engloutissant sur son passage les voitures garées dans la rue, ravageant maisons et commerces, noyant en quelques heures les souvenirs et économies d’une vie. Des inondations comme celles qui se sont produites ce week-end sur la Côte d’Azur sont-elles envisageables à Paris ? « Le scénario serait très différent que ce qu’il s’est passé dans le sud de la France car l’eau de la Seine monte lentement mais une crue similaire à celle de 1910, c’est-à-dire d’au moins 8,60 m – contre 2,50 m en moyenne – a une chance sur 100 de se produire chaque année », assure Magali Reghezza, géographe au CNRS et auteur de Paris coule-t-il.

Malgré l’existence de quatre « réservoirs lacs » en amont de Paris qui permettent de faire baisser le niveau de la Seine d’environ 65 cm, les inondations sont considérées comme le risque naturel majeur en Ile-de-France. Selon les estimations de la préfecture, près de 5 millions d’habitants d’Ile-de-France pourraient être impactés. Parmi eux, 850 000 sont particulièrement exposés car vivant sur des zones inondables. Un risque pourtant ignoré par beaucoup, selon Marion Cauvin, responsable de la prévention inondation au sein de l’établissement public territorial de bassin (EPTB). « 40 % des Franciliens pensent qu’ils ne sont pas exposés et ceux qui le savent ignorent le comportement à adopter. » Signe que la situation est loin d’être prise à la légère, l’organisme a publié la semaine dernière un site, Episeine, dans lequel il aide les Franciliens à adopter les bons réflexes en cas de crues. Ne pas prendre sa voiture, couper l’eau et le gaz, mettre ses objets de valeur dans les étages et surtout prendre ses dispositions.

« Au minimum deux mois »

Car si la Seine monte relativement lentement – permettant ainsi de faciliter les évacuations – elle met également plus de temps à se retirer, en raison notamment du relief relativement plat de la région. « Un épisode de crue comme celle de 1910, c’est au minimum deux mois », précise Frédéric Gache, responsable prévention au sein de l’EPTB. Deux mois au cours duquel la capitale et ses environs tournent au ralenti.

La principale difficulté pour les autorités est liée à l’urbanisation souterraine de la région. A Paris, l’immense majorité des réseaux sont enterrés. Si les rails ou stations sous-terraines sont endommagés, les transports en commun seraient à l’arrêt plusieurs semaines voire mois. De même pour les réseaux d’assainissement ou d’eau potable. Quand à l'électricité, la préfecture estime que deux millions de Franciliens pourraient être plongés dans le noir le temps de la crise. « Enedis estime qu’il peut rétablir l’électricité cinq jours après le retrait de l’eau, ce qui peut déjà prendre plusieurs semaines. Mais il faut également s’assurer que dans les immeubles inondés, les réseaux sont en état sinon il pourrait y avoir des incendies », précise Frédéric Gache.

Une telle crue aurait des conséquences économiques majeures car 55.700 entreprises – soit environ 620.000 emplois – sont installées en zone inondable. A celles-ci s’ajoutent les entreprises paralysées par des réseaux en rade. « Il faut imaginer une panne générale, explique Magali Rhegezza. Sans transport, avec des moyens de communication réduits, l’activité économique tournerait au ralenti. » Selon une étude publiée en 2014 par l’OCDE sur la gestion des risques d’inondations sur la Seine en Ile-de-France, une crue du niveau de celle de 1910 pourrait causer 30 milliards d’euros de dommages directs. A plus long terme, le scénario catastrophe prévoit une baisse de trois points de croissance – soit environ 60 milliards de pertes de PIB dans les cinq ans. En 2016, alors que la Seine n’avait atteint « que » 6,10 mètres, les perturbations dans les transports, les brèves coupures d’électricité et les évacuations avaient coûté un milliard d’euros.