« J'ai arrêté de compter les morts »

Recueilli par Alexandre Sulzer - ©2008 20 minutes

— 

Perrine Rogiez-Thubert

Lieutenant de police à l'identité judiciaire (IJ) de Paris, auteur de La parole est au cadavre (éd. Demos).

Vous travaillez pour la police scientifique. En quoi consiste précisément votre travail ?

Je suis photographe de scène de crime et d'autopsie. Cela signifie que lorsque j'arrive, je fige par la photo les lieux du crime et le cadavre. Je suis également habilitée à effectuer des prélèvements biologiques. L'objectif est d'obtenir un profil génétique. De préférence autre que celui de la victime...

Vous êtes diplômée en thanatologie. Qu'est-ce que cela signifie ?

La thanatologie est l'étude des signes de la mort. Cette formation permet d'étayer les constatations des enquêteurs. Les signes extérieurs du cadavre, comme sa rigidité, permettent de se faire une idée sur l'origine de la mort. L'état du corps donne une approche du délai post-mortem.

Sur combien de cadavres avez-vous déjà travaillé ?

J'ai arrêté de les compter. Il y a un an et demi, lorsque j'ai commencé le livre, j'en étais à quatre cents. Il faut dire qu'un quart des autopsies judiciaires de France sont réalisées à Paris.

D'où vient votre intérêt pour les cadavres ?

Pour faire ce travail, il faut aimer la médecine légale et l'anatomie. La passion est indispensable. A 14 ans, par ma lecture de romans policiers, je savais déjà que je ferai ça. J'aimerais désormais avoir une formation complémentaire en balistique lésionnelle, l'étude des plaies par armes à feu.

Ne trouvez-vous pas cela glauque ?

Mon oeil technique permet de travailler avec plus de recul. Cela dit, nous avons tous un seuil de tolérance face à la vision d'un cadavre. J'ignore encore le mien.

Est-ce un métier plus compliqué pour une femme ?

Non, les qualités qu'il requiert ne sont pas propres aux hommes ou aux femmes contrairement, par exemple, à des services de police qui procèdent à des interpellations. Si je n'ai pas le profil de l'emploi, c'est parce que les séries télévisées parlent toujours des « gars » de l'IJ.