Municipales 2020 à Paris: Comment les candidats se positionnent-ils sur la « colline du crack » ?

CAMPAGNE Alors qu’une salle de repos doit ouvrir « prochainement » à la colline du crack (18e) où passent plus 200 toxicomanes, « 20 Minutes » a sondé des candidats à la mairie de Paris sur le sujet

Romain Lescurieux

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La Colline du crack à Paris (18e)
La Colline du crack à Paris (18e) — AFP

Elle devait ouvrir en début de semaine, puis elle est finalement reportée, indique-t-on à la mairie. Quoi qu’il arrive « elle ouvrira prochainement », assure la municipalité. Mais de quoi parle-t-on ? D’une salle de repos ouverte 7 jours sur 7, de 9 heures à 17 heures située porte de la Chapelle (18e arrondissement) à la dite « colline du crack », en bordure de l’autoroute A1 et à deux pas du Stade de France. Le but : proposer un  accompagnement médico-social aux centaines de consommateurs de crack qui passent à cet endroit.

Mairie, préfecture : Deux stratégies, deux approches

Conformément au plan de la ville signé en mai avec la préfecture de région et l’Agence Régionale de Santé (l’ARS), deux préfabriqués vont ainsi accueillir des consommateurs, cofinancés par la ville et l' Agence Régionale de Santé et gérés par deux associations – Aurore et Gaïa – pour « favoriser le parcours de soins ». « Tout en développant une relation de confiance », indique-t-on au sein des associations qui misent sur une ouverture « la semaine prochaine ». Mais dans le même temps, l’État prévoit un démantèlement de la colline. Deux stratégies, deux approches.

Début novembre, à la suite de l’évacuation de deux campements regroupant entre 600 et 1.200 migrants aux abords du périphérique parisien, entre la Porte de la Chapelle et Saint-Denis, le préfet de région, Michel Cadot, a indiqué que « la colline du crack sera aussi démantelée dans un délai maximum d’un mois ». Le sujet sera traité « d’ici Noël », avait confirmé plus tard dans la matinée le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. Ce mardi, la préfecture de Région confirme à 20 Minutes que le « démantèlement est toujours prévu ». A quatre mois des élections municipales, que proposent les candidats au sujet de ce qui est souvent présenté comme le fléau du nord-est de Paris ?

« Équipe mobile », « désintoxication », « centres fermés »

Contacté par 20 Minutes, l’entourage de campagne de Benjamin Griveaux souhaite l’évacuation et un accompagnement. « Nous sommes favorables à l’évacuation, mais une fois qu’on a évacué, que fait-on des personnes ? » Le candidat LREM se dit « favorable à de nouvelles salles de consommation à moins risque mais adossées à des établissements hospitaliers pour une véritable prise en charge et un suivi médical des personnes ». Il propose également « la mise en place d’une équipe mobile pour assurer un suivi médical et social des personnes dépendantes au crack au plus près du terrain car ces personnes ne vont pas toujours dans les salles de consommation à moindre risque ». Du côté de Cédric Villani, on « soutient le démantèlement ». « Puis, il faut une prise en charge des toxicomanes. Pas avec une salle de repos mais en montant un vrai système sanitaire et social avec des financements pour accompagner les toxicomanes », réagit-on dans les rangs du candidat.

Pierre-Yves Bournazel, élu du 18e et candidat à la mairie (100 % Paris) évoque régulièrement le sujet. « Il faut d’une part des solutions d’urgence pour des raisons de salubrité et de santé publiques. Afin d’éviter la création de nouveaux points de fixation à proximité d’habitants et de commerçants, des unités mobiles doivent être privilégiées », note-t-il. « D’autre part, des mesures structurelles doivent être mises en œuvre pour suivre ces personnes avec dignité et les sortir de la spirale infernale de la drogue. L’objectif de désintoxication doit demeurer prioritaire »

Pierre Liscia, candidat aux municipales à Paris, chef de file du mouvement Libres ! de Valérie Pécresse, veut lui « sortir ces toxicomanes de la rue pour les faire entrer dans un parcours de soin grâce à une structure adaptée. Afin de les accompagner et les soigner, en prenant le temps qu'il faut pour les réinsérer ». Enfin, le candidat écolo David Belliard tient une conférence de presse ce jeudi dans le quartier de la Chapelle. Il évoquera notamment et les questions de sécurité et de santé liées au crack. Il défend avec Anne Souyris, l'adjointe à la maire de Paris en charge des questions de santé, l’idée d’une multiplication des salles de consommation à moindre risque.

Vers d’autres salles de consommation ?

Anne Souyris affirme régulièrement que « multiplier les salles de shoot est un impératif de santé public ». « Nous n’avons qu’une seule salle pour Paris et l’Ile-de-France. C’est insuffisant », affirmait-elle déjà en 2018. Où ? Notamment une en Seine-Saint-Denis, vers Aulnay-sous-Bois, une dans le quartier des Halles et une salle d’inhalation pour le crack dans le nord de Paris, sous forme d’un bus itinérant, évoquait-elle. En attendant, les habitants du quartier de la Chapelle, font part de leur ras-le-bol.

Lundi soir, des riverains du 18e arrondissement ont bloqué le tramway au niveau de la porte de la Chapelle pour dénoncer des « conditions de vie qui se sont dégradées dans le quartier en raison de la présence de toxicomanes. « On en a marre », ont-ils scandé.