Paris: De plus en plus de sans-abri du métro sont des travailleurs pauvres

SOCIETE Parmi les 714 sans-abri recensés par l’enquête, dans la quasi-totalité (289) des stations du métro parisien, seuls 7 % disent y rester toute la journée

20 Minutes avec AFP

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Un SDF, à Paris.
Un SDF, à Paris. — Clément Follain / 20 Minutes

Refuge de plusieurs centaines de sans-abri, généralement plus âgés que ceux installés dans la rue et dans un état de santé souvent préoccupant, le métro parisien est aussi le repaire de plus en plus de travailleurs pauvres, selon une enquête inédite présentée lundi.

Majoritairement des hommes seuls (82 %), francophones, âgés de 46 ans en moyenne, les sans-abri du métro parisien sont de plus en plus nombreux à avoir un emploi. Selon l’enquête menée de décembre 2018 à août 2019 par la RATP et l'observatoire du Samu social de Paris, un tiers déclarent avoir des revenus : pour 20 % d’entre eux tirés du travail, 6 % de leur retraite et 3 % du chômage.

« Ils y passent la nuit mais travaillent la journée »

« Le public a changé, en particulier avec l’augmentation de la part des travailleurs précaires, qui font un autre usage du métro. Ils y passent la nuit mais travaillent la journée, ou l’inverse », explique Odile Macchi, sociologue à l’observatoire du Samu social, qui a mené l’enquête de terrain.

On trouve également de plus en plus de jeunes retraités qui, avec la baisse de leurs revenus, ont perdu leur logement, de jeunes en rupture familiale et des personnes malades, la présence de ces dernières étant liée « au phénomène de saturation des établissements hospitaliers », explique la spécialiste.

Parmi les 714 sans-abri recensés par l’enquête, dans la quasi-totalité (289) des stations du métro parisien, seuls 7 % disent y rester toute la journée et font partie de cette classe d’occupants, souvent clochardisés, facilement repérable par le grand public.

Mais pour manger, boire, se laver, aller aux toilettes ou encore faire leur lessive, plus de la moitié des sans-abri rejoignent régulièrement la surface de la terre, remettant en cause la thèse répandue ces dernières années selon laquelle la plupart des occupants d’abris sous-terrains (métro, parkings) sont en proie à un phénomène d'« enfouissement », leur faisant perdre tout repère spatio-temporel et les marginalisant.

« Ça n’est pas parce que l’on vit depuis longtemps dans le métro qu’on est forcément désocialisé », souligne Mme Macchi. Un tiers de la population installée dans le métro déclare toutefois n’avoir aucune ressource.

Peu de mendiants

« Le nombre de personnes qui dorment dans le métro est variable, entre 200 et 350 par nuit en moyenne, et il y a une corrélation forte avec la température extérieure » avec des pics en période de froid, explique Emmanuelle Guyavarch, responsable de la mission de lutte contre la grande exclusion à la RATP.

En 2018, près de 2.500 personnes différentes ont été identifiées comme dormant dans les couloirs du métro.

A rebours de la représentation collective du SDF faisant la manche auprès des voyageurs, plus de la moitié des occupants du métro n’y mènent aucune activité. « Entre 6 h et 8 h du matin, dormir représente l’activité principale (50 % des sans-abri recensés). A partir de 18h, la majorité (60 des sans-abri n’avaient aucune activité et la part de mendiants était la plus forte [18 %]) », détaille l’enquête.

La période d’errance de ces personnes est généralement longue : plus d’un quart sont sans logement depuis au moins dix ans, près de la moitié depuis au moins cinq ans et les 3/4 depuis plus d’un an, selon l’enquête cofinancée par la région Ile-de France.

Fin mai, la présidente de la région Valérie Pécresse a annoncé la création de « maisons solidaires », destinées à accueillir les sans-abri du métro.

Mauvais état

Plus de 30 % des sans-abri du métro se déclarent « en mauvais ou très mauvais état de santé », selon l’enquête, soit près de deux fois plus que dans l’enquête nationale de référence sur les sans-domicile, réalisée en 2012 par l’Insee (17 %).

Quelque 30 % déclarent être limités dans leurs activités quotidiennes (manger, marcher) dont 20 % de manière forte. Ils sont en effet 3 % à déclarer marcher 500 m avec beaucoup de difficultés et 2 % à ne pas pouvoir le faire.

Selon l’enquête, ils sont autant (30 %) à déclarer consommer de l’alcool plus de quatre fois par semaine, que pas du tout. Et un quart d’entre eux ont consommé de la drogue ou des médicaments détournés au cours des douze derniers mois : 20 % du cannabis, 14 % de la cocaïne ou du crack et 7 % des opiacés.