Municipales 2020 à Paris : Faut-il être « parisien » pour être élu à la mairie ?

POLITIQUE A moins de six mois des élections municipales, de nombreux candidats à la mairie de Paris mettent en avant leurs racines parisiennes et leurs attachements à la capitale

Romain Lescurieux

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Le 23 juillet 2018, à Paris (4e). Un cycliste à Vélib circule dans une voie cyclable, sur le pont Notre-Dame.
Le 23 juillet 2018, à Paris (4e). Un cycliste à Vélib circule dans une voie cyclable, sur le pont Notre-Dame. — Clément Follain / 20 Minutes

« J’aime éperdument Paris, où je suis né, où j’élève mes enfants ». « Être parisien ce n’est pas être né à Paris mais y renaître ». « Quand je suis arrivé à Paris, j’étais un étudiant timide en quête de sens à sa vie et grâce aux rencontres que j’ai pu faire, j’ai trouvé ma voie »… Toutes ces sorties et envolées lyriques sont signées des candidats à la mairie de Paris. Dans l’ordre : Gaspard Gantzer (fondateur du mouvement « Parisiennes, Parisiens »), Benjamin Griveaux (LREM) – qui reprend Sacha Guitry – et le candidat dissident, Cédric Villani.

A moins de six mois des élections municipales, mettre en avant ses racines parisiennes et son attachement à la capitale, semble en effet être primordiales pour certains. Après « faut-il publier un livre pour être élu à la mairie ? » et « faut-il supporter le PSG pour être élu à la mairie ? », place à une autre question « cruciale » dans la course au château : « Faut-il être parisien pour être élu à la mairie ? ».

« C’est un esprit, c’est une façon d’être singulière »

Sur le papier, non et heureusement, il ne faut pas être né à Paris pour être candidat et potentiellement élu à la mairie de Paris. Au-delà d’avoir au minimum 18 ans, il suffit d’être domicilié dans la commune. Ou alors avoir la qualité de contribuable et être assujetti aux impôts locaux de la commune depuis au moins deux ans. Ou encore être, depuis deux ans, le gérant ou l’associé unique ou majoritaire d’une société dont le siège social est situé dans la commune, note le ministère de l’Intérieur. Dans l’histoire de la mairie, Jacques Chirac est né à Paris dans le 5e arrondissement tout comme Jean Tibéri. Bertrand Delanoë a vu le jour à Tunis et Anne Hidalgo à San Fernando, en Espagne.

Selon les dernières statistiques de l’Insee, 31 % des Parisiens sont nés à Paris sur près de 2,2 millions d’habitants de la capitale. Surtout, qu’est-ce qu’être « parisien » à l’heure du Grand Paris ? Jacques Chirac – dont beaucoup de candidats semblent aussi désormais se réclamer – disait de Paris et de ses habitants : « c’est un esprit, c’est une façon d’être singulière qui a toujours fasciné le monde ». Pour Philippe Moreau Chevrolet, professeur de communication à Science Po Paris et président de l’agence de communication MCBG, ce « parisianisme » dans le discours politique pour les municipales est « un phénomène nouveau ». « Si les candidats se cherchent sur cette question, les électeurs aussi. En fait, personne ne peut dire ce qu’est un Parisien. Il n’y a pas de réponse donc les candidats surfent dessus », explique-t-il.

Stratégie politique ?

« Je suis né dans le 14e mais j’ai passé les vingt-cinq premières années de ma vie dans le 15e, du nord au sud, d’est en ouest. Je suis très attaché à cet arrondissement, personnellement, familialement (…) J’ai fréquenté tous les bars du quartier, les cafés, notamment pour réviser le concours de Sciences Po, l’ENA », expliquait récemment Gaspard Gantzer à 20 Minutes. Originaire de Saone-et-Loire, Benjamin Griveaux a lui été décrit par « un ami » dans Le Parisien, comme complexé de ne pas être né dans la capitale. Lors de son premier meeting, il s’en est presque défendu. « Ce sont pour les Parisiens, que j’ai quitté le gouvernement. Je suis un vrai Parisien, je râle beaucoup et très fort, quand quelque chose ne me plaît pas », lançait à la tribune celui qui assure vouloir être « le maire de Mouffetard à Belleville en passant par la Goutte d’or ».

« Paris m’a tant donné et j’entends lui rendre autant », a affirmé de son côté Cédric Villani, lors de son premier point presse, dans un café près de son QG sur la très chic île de la Cité. Quant à Pierre-Yves Bournazel (ex-LR, candidat 100 % Paris), il affirmait au Parisien lors de sa déclaration de candidature : « J’aime Paris, j’en connais les recoins, les figures, les paradoxes comme les espoirs ».

« Le premier truc que ne veulent pas les candidats, c’est être taxé de parachuté. Donc certains deviennent parisianistes et en font beaucoup sur l’identité parisienne. Mais cette stratégie, ce n’est pas un programme, c’est purement identitaire et typique du moment de la campagne où il n’y a pas beaucoup de propositions sur le tapis », analyse Philippe Moreau Chevrolet, qui rappelle le « cas NKM ».

« On lui rappelait régulièrement qu’elle n’était pas parisienne »

En 2014, Nathalie Kosciuko-Morizet est candidate UMP à la mairie de Paris mais son précédent mandat à Longjumeau (Essonne) n’a pas toujours joué en sa faveur. « Elle était considérée comme extérieure à Paris, elle a eu un problème de légitimé. Elle a eu contre elle une partie de la droite qui se servait de ça et voulait la faire perdre. On lui rappelait régulièrement qu’elle n’était pas parisienne, alors que pour le coup elle y est née », explique Philippe Moreau Chevrolet. Des attaques qui sont même devenues physiques. En 2017, lors de campagne pour les législatives, un homme l’agresse sur un marché de la capitale et lui assène « Retournez dans l’Essonne ! ». NKM, déséquilibrée, chute sur le sol et perd connaissance durant plusieurs minutes.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, aussi, reçoit régulièrement des attaques de la part de la fachosphère du fait de sa double nationalité. « Je suis une femme, donc ça déjà, c’est un point, je pense, important. Pour la fachosphère, je revendique mon origine espagnole, j’ai la double nationalité. Blasphème ! Donc je pense que ça, ça doit être quelque chose qui les irrite au plus haut point », expliquait-elle en 2017 à Brut. Pour autant, selon Philippe Moreau Chevrolet « de par sa fonction, c’est elle qui construit et définit une identité parisienne avec ses actions et le Paris qu’elle porte. Si les gens utilisent le Vélib’, vont à Paris Plage, à la Nuit Blanche ou faire du naturisme à Vincennes, c’est le Paris d’Hidalgo » Et de conclure : « et en voulant prendre sa place, les candidats tentent pour le moment de créer dans l’esprit des gens ce que ce serait d’être parisiens avec eux ».