Quel est le bilan du stationnement payant pour les motos et les scooters à Vincennes et Charenton ?

PARKING Les communes de Vincennes et de Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) appliquent le stationnement payant aux deux-roues motorisés depuis avril 2018. Après les contestations initiales, le bilan reste mitigé

Romarik Le Dourneuf

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Il reste quelques places libres pour les deux-roues, rue Lejemptel à Vincennes
Il reste quelques places libres pour les deux-roues, rue Lejemptel à Vincennes — R.Le Dourneuf
  • Depuis le 1er janvier 2018, le stationnement payant est une compétence des collectivités locales. Les villes de Charenton-le-Pont et Vincennes en ont profité pour l’appliquer aux deux-roues motorisés.
  • Le tarif du stationnement dans les deux communes, pour les scooters et motos, est de 1,50 euro pour deux heures. Les résidents bénéficient de tarifs préférentiels allant jusqu’à un forfait annuel à 75 euros.
  • La décision, fortement contestée à sa mise en place, est désormais globalement acceptée par les usagers. Moins par la Fédération française des motards en colère, qui craint que la mesure ne fasse tache d’huile.

« Il suffit de rentrer son numéro de plaque et de payer, explique Vincent. Il n’y a même plus de ticket. ». Assis sur son scooter, cet habitant de Vincennes de 43 ans a pris l’habitude de se garer sur les emplacements composés d’arceaux métalliques et d' un horodateur qui se sont multipliés dans les rues de la ville. Il a même pris un abonnement annuel depuis quelques mois, après avoir longtemps joué au chat et à la souris avec les agents municipaux. Car l’accumulation des amendes a fini par le convaincre.

Depuis avril 2018, les communes de Vincennes et de Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) sont les premières en France à avoir instauré  le stationnement payant pour les deux-roues motorisés. A l’époque, les deux municipalités avaient justifié cette mesure par une équité nécessaire avec les automobilistes et la volonté de discipliner les usagers, accusés de trop souvent stationner à des emplacements gênants.

Des maires satisfaits

« Cette mesure était nécessaire, déclare Charlotte Libert-Albanel, maire (UDI) de Vincennes. Face à l’envahissement des trottoirs et la venue progressive des deux-roues qui ne trouvaient pas de place dans Paris, nous devions agir. » Afin de lutter contre cette « invasion », les deux mairies ont donc aménagé des places pour les motocyclistes et les scootéristes. Avec toutefois une différence par rapport aux quatre-roues : en partant du principe qu’un deux-roues prend trois fois moins de place qu’une voiture, le tarif est presque… trois fois moindre (1,5 euro contre 4 pour deux heures).

La maire de Vincennes assure que ce n’est pas destiné à remplir les caisses de la ville : « Les amendes n’ont rapporté pour l’instant que 40.000 euros. » Elle se défend également d’avoir une dent contre les motards. « Ce n’est pas une sanction. Pour preuve, nous avons appliqué la mesure sans verbaliser les deux premiers mois et aujourd’hui, les deux-roues ne représentent que 17 % des forfaits post-stationnement. » Si la ville continue d’aménager de nouvelles places – qui s’ajouteront aux 850 déjà existantes, pour un peu plus de 800 abonnés –, Charlotte Libert-Albanel retire déjà du positif : « Les "véhicules ventouses" disparaissent et les trottoirs sont désormais libres. » Même son de cloche à Charenton-le-Pont, où le maire, Hervé Gicquel (LR), affirme avoir répondu à une demande de ses concitoyens. De son côté, la ville dispose de 500 places pour 527 abonnés.

Une mesure difficile à avaler

Du côté des usagers, les avis sont plus mitigés. « A la base, j’avais acheté un scooter pour ne pas payer de parking. Pourquoi ne pas simplement augmenter le prix des amendes pour les mauvais stationnements ? », s’interroge Cécile, habitante de Vincennes, en chevauchant son scooter. Sibylle, sous son casque multicolore, est du même avis mais préfère se rendre à l’évidence : « C’est comme ça maintenant, je ne vais pas déménager. Mais ce serait bien qu’en parallèle, ils développent les transports publics. » Comme ces deux scootéristes, beaucoup de motards se sont faits à l’idée de payer pour leur stationnement, tant que le nombre de place est suffisant.

« Parfois, il faut tourner pendant des heures pour en trouver une. Dans ce cas, je me gare où je peux, au risque de prendre une prune [de 17 euros] », peste Jackie. Au guidon de son imposante sportive noire, elle ajoute un second bémol. Le prix de l’abonnement annuel est de 75 euros à l’année pour les résidents. Mais la facture pourrait exploser si d’autres villes voisines mettaient en place de tels dispositifs. « Je travaille à Paris. Si la ville se met à faire la même chose, ce ne sera plus tenable financièrement de payer les deux abonnements. »

Une idée qui pourrait faire tache d’huile

L’hypothèse d’une extension du stationnement payant pour les deux-roues à d’autres communes n’est pas incongrue, selon Charlotte Libert-Albanel : « Je suis régulièrement contactée par les édiles d’autres villes qui me demandent comment nous avons mis cela en place. » Jean-Marc Belotti, président de la Fédération française des motards en colère (FFMC), avance : « La ville de Paris étudie cette possibilité pour la prochaine mandature. » L’idée a déjà été défendue par Christophe Najdovski, adjoint aux transports de la mairie de Paris, notamment au micro du podcasteur néerlandais Geert Kloppenburg, mais aussi par Delphine Bürkli, maire du 9e arrondissement, dans une tribune au JDD en juillet dernier.

Un système qui irrite du côté de la FFMC et de son président : « C’est le contraire du bon sens, les deux-roues permettent de désengorger les voies de circulation et donc de polluer moins. Ils prennent moins de place en ville également. Beaucoup vont retourner vers la voiture », râle Jean-Marc Belotti. Malgré leurs contestations, les motards n’ont pas été entendus, sachant que la FFMC aurait « préféré maintenir l’expérience du disque bleu » (qui permet un stationnement gratuit mais limité dans le temps).

Selon le responsable, les centres-villes pourraient même perdre en vitalité : le manque de stationnement pousserait les scootéristes et motards à aller faire leurs courses aux hypermarchés, dont les parkings sont géants et gratuits : « Des commerçants y étaient opposés, ils ont peur de perdre leur clientèle. » Mais en dépit de ces mécontents, les mairies de Vincennes et Charenton-le-Pont n’ont aucune intention de faire marche arrière.