Mort de Jacques Chirac : Quai Branly, motocrottes et affaires… Quel est le bilan de l'ancien maire de Paris ?

BILAN Jacques Chirac est décédé ce jeudi à l'âge de 86 ans. Si le bilan de l'ancien président de la République est bien connu, celui à la mairie de Paris, ville dont il fut le maire pendant 18 ans, est plus confidentiel

Caroline Politi

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Jacques Chirac fraude le métro (pour sortir d'une expo dans le métro)
Jacques Chirac fraude le métro (pour sortir d'une expo dans le métro) — JEAN-CLAUDE DELMAS / AFP
  • Jacques Chirac est décédé ce jeudi à 86 ans, entouré de ses proches. 
  • L'ancien président s'est servi de la mairie de Paris comme une rampe de lancement pour sa carrière politique
  • Il fut à sa tête pendant 18 ans, de 1977 à 1995

Jacques Chirac n’était pas à une contradiction près : tout au long de l’année 1975, l’homme politique a fait part de ses craintes sur la réforme du statut de Paris voulu par le président de l’époque, Valéry Giscard d’Estaing. Ce dernier veut mettre un terme à l’exception de la capitale, administrée depuis plus d’une centaine d’années par l’État. Mais Jacques Chirac s’inquiète, une ville aussi puissante que Paris ne fera-t-elle pas de l’ombre au gouvernement ? Qu’importe, en décembre 1975, le nouveau statut de Paris est adopté par le Parlement et l’homme politique, qui vient de créer son parti, le RPR, y voit un accélérateur pour sa carrière. Le 19 janvier 1977, il devient le premier maire de Paris élu au suffrage universel, fonction qu’il occupera pendant 18 ans. Que reste-t-il aujourd’hui de lui à Paris ?

Il ne fut pas un grand bâtisseur

En près de 20 ans à la mairie de Paris, la ville a progressivement changé de physionomie. En 1979, il inaugure le forum des Halles et son immense centre commercial. Quelques années plus tard, le palais omnisport de Bercy sort de terre. Mais 40 ans plus tard, le premier a été repensé de fond en comble ne conservant de son passé que sa fonction d’origine, et le second a été entièrement rénové, perdant même son nom. Quid du musée des Arts Premiers sur le quai Branly, inauguré en 2006 ? S’il s’agit d’un projet qui lui tient profondément à cœur, il revient au Jacques Chirac président de la République et non maire de Paris.

Motocrotte, le combat de la propreté

En 1977 pour se faire élire, l’homme politique axe sa campagne sur la propreté de la capitale et en la matière, le principal sujet de préoccupation tourne autour des déjections canines. A l’époque le nettoyage des rues doit être le plus discret possible, à des heures où les Parisiens dorment encore. A peine élu, l’édile décide de montrer qu’il agit. Les camions poubelles sont repeints en vert printemps, des éboueurs sont embauchés, il fait mener des opérations de nettoyage des trottoirs en pleine journée et en 1982 dégaine son arme magique : la motocrotte. Des agents en moto équipés d’un aspirateur à déjections. Pendant quelques années, l’engin est un « must » en matière de propreté – moins pour l’environnement – mais c’est un véritable gouffre financier. En 2003, Bertrand Delanoë les supprime et fait un nouveau pari : éduquer les propriétaires d’animaux.

(Presque) visionnaire

« Dans cinq ans, on pourra à nouveau se baigner dans la Seine. Et je serai le premier à le faire », promettait Jacques Chirac. C’était le 28 novembre 1988 et l’ancien président de la République n’a jamais piqué une tête dans le fleuve. Pour autant, le projet n’a pas été abandonné. L’actuelle édile de la capitale, Anne Hidalgo, en a fait la promesse : le départ du triathlon et l’épreuve de nage en eau libre des Jeux Olympiques de 2024 auront lieu dans la Seine. En attendant, les Parisiens peuvent profiter chaque été depuis 2017 d’une piscine installée dans le bassin de la Villette.

Les affaires

Difficile d’évoquer le parcours de Jacques Chirac à la mairie de Paris sans évoquer les « affaires ». En décembre 2011, il est condamné à deux ans de prison avec sursis pour détournement de fonds publics dans deux dossiers d’emplois fictifs à l’Hôtel de Ville : l’une concerne 21 chargés de missions de « complaisance », l’autre des postes attribués à des permanents du RPR. Il devient ainsi le premier président de la République à être condamné par la justice. Son nom est également cité dans de multiples affaires : les faux électeurs de Paris, des irrégularités dans l’attribution de marchés d’entretien des HLM ou celle des « frais de bouche ». L’Inspection générale de la ville avait souligné que 2,13 millions d’euros avaient été affectés de 1987 à 1995 à l’alimentation et aux réceptions du couple. L’affaire s’est finalement soldée en 2005 par un non-lieu.

Petites phrases et photos cultes

Jacques Chirac sautant par-dessus les tourniquets du métro, bras dessus-bras dessous avec les éleveurs du salon de l’agriculture ou fumant nonchalamment une cigarette dans son bureau. L’ancien maire de Paris devenu président est un fin communicant. Il connaît le pouvoir des images, a le sens de la formule. Mais cela ne l’empêche pas d’être régulièrement moqué par les Guignols de l’info ou de se retrouver au cœur des polémiques. Comme en 1991, lorsqu’il évoque devant des militants du RPR le « bruit et l’odeur » pour évoquer une famille émigrée de la Goutte d’Or. Des propos qui ont suscité une telle controverse qu’ils ont été repris par le groupe Zebda qui en a fait un tube.