Pollution à Paris : Un rapport révèle une qualité de l’air inquiétante pour 975 élèves de la capitale

REPORTAGE Une étude de l’Alliance pour la santé et l’environnement (HEAL) publiée ce mercredi rapporte des expositions continues à la pollution atmosphérique dans six établissements parisiens testés en mai dernier

Charles-Edouard Ama Koffi

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Plusieurs établissements scolaires du 18e de Paris sont soumis à la pollution atmosphérique.
Plusieurs établissements scolaires du 18e de Paris sont soumis à la pollution atmosphérique. — C-.E.AK
  • Une étude effectuée au mois de mai dans six établissements parisiens, soit environ 975 élèves, par France Nature Environnement, pointe les taux élevés de pollution atmosphérique auxquels sont soumis les enfants.
  • Cette publication intervient au lendemain de la mise en ligne par la mairie d’une carte interactive de la pollution à Paris. Celle-ci montre que le nord-est de la capitale est le plus touché par cette pollution de l’air.
  • Des solutions simples peuvent être mises en œuvre pour tenter de limiter la pollution près des écoles comme « modifier la circulation aux abords des écoles pour les camions de livraison ou augmenter le nombre de rues piétonnes près des établissements », avance FNE.

Les élèves de Paris sont-ils soumis à des taux élevés de pollution atmosphérique ? C’est en tout cas les éléments qui ressortent d’ une étude effectuée au mois de mai dans six établissements parisiens, soit environ 975 élèves, par France Nature Environnement, fédération de 3.500 associations spécialisées.

« Nous avons installé plusieurs tubes passifs et capteurs portatifs à l’intérieur des salles de classe et dans les cours de récréations de six écoles primaires et maternelles de Paris, détaille Charlotte Lepitre, responsable environnement à FNE. Nous avons pu obtenir des mesures indicatives ». Et elles sont inquiétantes.

Quatre établissements obtiennent des taux de pollution élevés

Le taux de dioxyde d'azote, polluant majeur de l’atmosphère terrestre est par exemple décrit comme « exceptionnellement élevé » dans l’une des six écoles, toutes situées dans le centre de Paris. Il était en moyenne égal à 52 μg/m3 alors que le niveau d’alerte est situé à 40 μg/m3 par l’Organisme mondial de la santé (OMS). Trois autres établissements obtiennent également des résultats préoccupants alors que l’un d’entre eux se situe pourtant à proximité d’un parc.

« Je me doutais que les résultats n’allaient pas être satisfaisants pour les écoles près des axes routiers, commente Charlotte Lepitre, mais je ne pensais pas initialement que les résultats auraient aussi été importants pour les écoles à proximité de travaux. Les directeurs d’établissements et les parents n’ont aucune information sur la nature ou la durée des travaux à proximité des écoles, déplore-t-elle. On devrait obliger les maîtres d’ouvrage à communiquer auprès des écoles. » Cette vaste étude menée par France Nature Environnement sous l’égide de l’association européenne Healintervient au lendemain de la publication d’une carte interactive de la pollution de l’air disponible sur le site de la mairie de Paris.

Les parents d’élèves et corps enseignants sont impuissants

Le nord-est de la capitale est le plus touché par cette pollution de l’air. Dans une école maternelle du 18e arrondissement, l’impuissance règne face à ce problème de santé publique. « Je ne savais pas que l’arrondissement était particulièrement touché, reconnaît du bout des lèvres Asma, maman de trois enfants âgés de 8, 4 et un an et demi. Je me doutais bien que Paris était pollué parce que je suis asthmatique et je l’ai senti pendant la canicule où j’ai eu du mal à respirer. A l’école, les enfants ne sont pas sensibilisés. Nous à la maison, je ne sais pas trop ce qu’on peut faire. On essaye déjà de moins utiliser la voiture… »

« Il faudrait que la mairie de Paris fasse quelque chose, tranche une autre mère de famille venue chercher ses trois enfants. Les petits dans les poussettes sont très vulnérables à cause de la proximité avec le sol. Nous, on habite sur le boulevard Ney, à côté du périph, il y a tellement de voitures… » De son côté, la directrice de l’école admet qu’à son niveau, les solutions manquent. « Je n’ai pas beaucoup d’impact sur la qualité de l’air, rigole-t-elle nerveusement. Nous aérons les salles de classe pendant la récréation et nous utilisons du savon noir, qui est moins polluant, pour nettoyer les salles de classe… En tant que directrice, je n’ai encore eu aucune réunion d’information sur ce sujet. »

Quelles sont les solutions à mettre en œuvre ?

« C’est une bonne chose d’aérer les classes, approuve Charlotte Lepitre. Cela permet de fluidifier le passage de certains polluants. On a constaté moins de particules le matin et le soir. Ce sont les périodes où le trafic routier est le moins important. »

La solution est surtout entre les mains des pouvoirs publics, selon la fédération qui revendique près de 800.000 adhérents bénévoles en France. « Ne pas emmener les enfants en voiture est une piste mais il faut que les directeurs d’établissements demandent aux mairies de modifier la circulation aux abords des écoles pour les camions de livraison et augmentent le nombre de rues piétonnes près des établissements. » Tout un chantier.