Paris : Banksy, Invader, Monsieur Chat… Le casse-tête des vols de street art

ART Dans la nuit de dimanche à lundi, un pochoir du célèbre street artist Banksy a été dérobé près du centre Georges-Pompidou à Paris

Caroline Politi

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Le rat de Banksy aux abords du Centre Pompidou à Paris.
Le rat de Banksy aux abords du Centre Pompidou à Paris. — Kazuki Wakasugi/AP/SIPA
  • Une enquête a été ouverte et confiée à la police judiciaire après le vol d’une œuvre attribuée à Banksy à Paris.
  • Rares sont les artistes de street art à porter plainte pour le vol de leur œuvre.
  • La ville réfléchit à un plan pour préserver sans dénaturer ces œuvres d’art.

Il était apparu au début de l’été 2018 sur un panneau de signalisation du parking du musée Georges-Pompidou à Paris. Dans la nuit de dimanche à lundi, un pochoir du street artist britannique Banksy représentant un rat masqué portant un cutter a été dérobé. Selon les premiers éléments de l’enquête, confiée au 1er district de la police judiciaire parisienne, les voleurs ont découpé le panneau de métal, situé à trois mètres de hauteur, avec une scie. En juillet 2018 déjà, le vol de cette œuvre avait été évité de justesse par des agents de la ville qui avait mis en fuite les malfaiteurs.

« Les vols sont assez fréquents, assure Cédric Naïmi, auteur d’Etat des lieux du graffiti au street art. Certaines œuvres sont dérobées par des amateurs pour leur jouissance personnelle, d’autres sont revendues au marché noir. » Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’un pochoir de Banksy est volé dans la capitale. En janvier, son hommage aux victimes des attentats du 13-Novembre a été dérobé sur la porte du Bataclan. Comment protéger ces œuvres qui sont, par définition, dans l’espace public et souvent apposées illégalement sur les murs de la capitale ? Le Centre Pompidou a déjà fait part de son intention de porter plainte pour « dégradation », mais pas pour vol. « Le panneau sur lequel était l’œuvre nous appartenait mais pas l’œuvre en elle-même », explique-t-on à la direction du centre d’art moderne.

Casse-tête juridique

La principale difficulté vient du flou juridique qui entoure ces peintures, pochoirs ou mosaïques. « L’œuvre d’art en elle-même, c’est-à-dire l’objet concret appartient au propriétaire du mur », explique Me Jean Aittouares, avocat spécialiste des œuvres d’art. Et ce, que l’œuvre ait été commandée ou non, le caractère illégal d’un graffiti n’ayant rien à voir avec la notion de propriété. En revanche, l’artiste reste propriétaire de son idée et des droits associés à son œuvre. En clair : l’œuvre appartient au propriétaire du mur mais il ne peut pas décider de la retirer pour la mettre dans son salon ou en salle des ventes puisque cela la dénaturerait. « S’il la détache du mur, il porte atteinte à l’œuvre puisque le pochoir ou la mosaïque a été pensé pour aller précisément à cet endroit », précise le conseil.

Reste que les plaintes d’artistes sont particulièrement rares. « Ce n’est pas vraiment dans la culture du street art de porter plainte », note Cédric Naïmi. Lorsqu’on fait de l’espace public son terrain de jeu, on accepte les risques que son œuvre puisse être détériorée, recouverte ou volée. Pour certains artistes également – Banksy en tête – pas question de lever leur anonymat pour se lancer dans une telle procédure.

Un patrimoine à sauvegarder à Paris

En 2013, pourtant, l’artiste Invader avait porté plainte contre deux hommes surpris en train de desceller une de ses mosaïques. Il leur avait intenté un procès pour « contrefaçon » et réclamait 18.000 euros. « En droit, la contrefaçon n’est pas la reproduction d’une œuvre mais tout simplement une atteinte à cette dernière », précise Me Jean Aittouares. Malgré tout, le tribunal correctionnel avait relaxé les deux prévenus, estimant qu’il « n’est nullement établi que les prévenus avaient une quelconque intention de diffuser cette œuvre, l’affirmation selon laquelle ils avaient l’intention de “la revendre comme des tableaux de chevalet” n’étant étayée par aucun élément de la procédure ».

Depuis quelques années, la philosophie entourant les œuvres de street art a cependant évolué. Les plaintes contre les street artists sont de plus en plus rares, Monsieur Chat a néanmoins été condamné en 2016 à 500 euros d’amende pour des « dégradations » sur une palissade de travaux à la gare du Nord après une plainte de la SNCF. L’adjoint à la culture, Christophe Girard, réfléchit « à une doctrine permettant de sauvegarder ce patrimoine, en protégeant – de manière discrète et sans les dénaturer – les œuvres de street art ». Un travail qui ne peut se faire qu’en « lien étroit avec les propriétaires des murs concernés. »