Rentrée scolaire : « Est-ce qu’il y a encore du plomb dans l’air ? », s’inquiètent les parents d’élèves près de Notre-Dame

REPORTAGE En ce jour de rentrée des classes, les parents des enfants scolarisés à proximité de Notre-Dame de Paris avaient deux sujets de discussion : la fin des vacances et la pollution au plomb

Clément Rodriguez

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Parents et enfants se pressent pour aller en classe en cette rentrée 2019
Parents et enfants se pressent pour aller en classe en cette rentrée 2019 — Clément Rodriguez/20 Minutes
  • Ce lundi 2 septembre marque la date de la rentrée pour plusieurs centaines de milliers d’enfants en Ile-de-France.
  • Dans les écoles situées près de Notre-Dame de Paris, la direction tente de rassurer les parents quant aux taux de plomb élevés mesurés dans le secteur.
  • Alors que plusieurs enfants ont été dépistés avec un taux de plomb dans le sang trop élevé par rapport à la normale, l’inquiétude des parents se fait ressentir.

Lorsque se sont ouvertes les portes de l’école maternelle Saint-André des Arts, dans le 6e arrondissement de Paris, ce lundi matin, quelques sourires d’enfants ont laissé place aux pleurs. Heureusement pour eux, les parents n’étaient pas loin pour les rassurer et prendre une dernière photo avec leur belle tenue de rentrée. Une fois les petits déposés dans les salles de classe, les parents se rassemblent sur le trottoir. Après quelques banalités, les discussions tournent rapidement autour de la pollution au plomb causée par l’incendie de Notre-Dame de Paris le 14 avril dernier.

Sur le tableau des informations générales situé devant les établissements, une affiche noire vise à rassurer les parents. « Des prélèvements ont été effectués à l’intérieur et à l’extérieur de cet établissement afin de mesurer les taux moyens de plomb dans les poussières. […] Les taux de plomb observés dans certains espaces extérieurs étaient supérieurs aux recommandations sanitaires. Les interventions et travaux nécessaires ont donc été effectués afin de faire redescendre ces taux sous le seuil de référence », peut-on lire sur le communiqué.

« C’est une grosse supercherie »

Pourtant, si peu de parents prêtent attention à ce message, c’est parce qu’ils se sont résignés : il est trop tard pour changer quelque chose face à l’exposition de leurs enfants au moment de l’incendie de la cathédrale. « On sait que les mesures de nettoyage ont été prises. Après, c’est plutôt sur ce qu’il s’est passé lors de l’incendie qui nous inquiète. On a bien vu le nuage qui passait au-dessus de l’école, explique l’une d’entre eux. Mais bon, c’est fait, c’est fait. »

A quelques rues d’ici, l’inquiétude est la même du côté des parents d’élèves de l’école primaire Saint-Benoît. « Avec le problème du plomb, cette rentrée n’est pas la même », assure Monica, mère d’une petite fille. A côté d’elle, Olivier ne décolère pas : « On aurait dû être prévenus et mis en garde beaucoup plus tôt, même s’il n’y a pas de risque et que les enfants ont des taux inférieurs aux normes », juge le père de deux petites filles. Pour lui, qui a reçu un mail début août pour le prévenir des risques que présentait l’établissement, « c’est une grosse supercherie. » Sa femme, Géraldine, nuance les propos de son compagnon, même si l’inquiétude règne. « On est quand même contents des travaux qui ont été réalisés, ils ont refait la cour, mais est-ce que c’est terminé ? Est-ce qu’il y en a encore dans l’air ? On ne sait pas tout ça. »

« On sait très bien que le saturnisme ne se traite pas »

Que ce soit à l’école Saint-André des Arts ou Saint-Benoît, les parents s’accordent sur une chose : l’absence de nouvelles de la part de l’école. « Il n’y avait pas de communication de la part de la direction, les enfants étaient encore à l’école quand c’est arrivé. L’école ne nous a pas informés qu’il y avait un souci », affirme une maman. « L’information a été très tardive, on a été informés mi-juillet alors que tout le monde part en vacances et que c’était déjà trop tard pour les prises de sang, confirme une autre. On sait que la demi-vie du plomb [temps nécessaire à l’élimination de la moitié de la charge] est de 40 jours donc on est déjà bien au-delà. Peut-être qu’ils ont mis du temps à détecter le problème mais pour moi on n’y est pas. »

Parmi les enfants de l’école Saint-André des Arts, nombreux sont ceux qui ont réalisé le test de leur taux de plomb dans le sang. D’après les concertations entre parents, plusieurs de leurs bambins sont au-dessus du seuil de 25 μg/L, « sachant que les tests ont été faits longtemps après l’incendie, les gosses sont forcément passés à un moment par le seuil de 50 μg/L, indique une mère de famille. On pense qu’un enfant sur trois est concerné. »

Depuis, les conversations vont donc bon train. « On se demande ce qu’on peut faire, mais on sait très bien que le saturnisme ne se traite pas », dit une mère de famille. Faute de grives, une seule solution s’offre alors à eux : « tout documenter pour que si jamais il y a des répercussions sur la santé plus tard, on puisse se retourner contre les pouvoirs publics et qu’ils prennent en charge les traitements. » Une solution a posteriori qui ne rassure donc pas les parents. Afin de mettre les choses au clair, des réunions d’information seront organisées dans la semaine par les écoles pour faire le point sur les travaux réalisés, et sur les conséquences pour les enfants.