« Il y aura toujours des failles dans cette profession »

Charles Centofanti - ©2008 20 minutes

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Atterrissage pénible pour les « dos cassés » de Roissy. Les deux bagagistes Enzo Tavello, 29 ans, et Abdel Dif, 34 ans, étaient hier partagés entre la gêne et la colère : « Ça va encore salir l'image de notre profession et occulter la réalité. » A savoir la pénibilité, des problèmes de dos et des horaires décalés. Bien sûr, les deux salariés de Trac-Piste condamnent fermement les vols, mais ils s'agacent aussi : « Il ne faut pas généraliser et nous coller à tous l'étiquette de voleurs ou de terroristes », lance Enzo. « Il s'agit d'une minorité alors que des milliers de bagagistes travaillent honnêtement et se lèvent tôt chaque matin », poursuit Abdel.

Pour autant, les deux agents de piste ne sont pas dupes. Depuis la découverte d'une caméra des gendarmes dans un vestiaire et les plaintes qui se sont multipliées, les vols étaient connus. Les contrôles n'y changeront rien, « il y aura toujours des failles dans une profession où l'on voit défiler toute la journée des objets de valeurs. Ça va vite d'ouvrir les bagages en les manipulant », estime Enzo. Le mode opératoire ? Abdel a sa petite idée : « Ils de­vaient sans doute agir à l'intérieur de l'avion. Quand on sort de l'aéroport, c'est beaucoup moins contrôlé. » Enzo ne veut pas déplacer le problème mais pose la question de la responsabilité des passagers qui laissent des objets de valeurs en évidence. Pour appuyer sa théorie, il raconte qu'un jour, un collègue a trouvé un sac ouvert avec une liasse de billets : « C'est forcément une tentation. » A les écouter, les bagagistes sont las d'être stigmatisés. Beaucoup s'attendent à ce que la « pression du badge », ce sésame délivré au compte-gouttes par le préfet, ne redouble.