Les emprunteurs perdent du crédit

Magali Gruet - ©2008 20 minutes

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Le crédit immobilier connaît-il la crise à Paris ? Avec des prix de vente qui résistent, des taux d'intérêt en hausse et des banques en plein marasme financier, les conditions pour décrocher un prêt se corsent pour les acheteurs. Car si les banques assurent ne pas avoir donné de directives ces derniers mois, propriétaires, agents immobiliers et courtiers s'accordent à dire, eux, que leur constat sur le terrain est tout autre. Et les chiffres semblent leur donner raison : les transactions ont chuté de 40 % en Ile-de-France entre 2004 et 2008, selon la Fnaim. Quand aux refus de prêts, ils sont passés de 3 % à 8 % en un an au niveau national, selon la société de courtage In&FI Crédits. Pour la Ville de Paris, les droits de mutation - taxes versées à chaque transaction connues sous le terme « frais de notaires » - ont chuté de 100 millions d'euros cette année par rapport aux 900 millions récoltés en 2007, soit une baisse de 11 %.

Pour les observateurs, l'accès au crédit explique en partie ce phénomène. « Les critères sont les mêmes sur le papier, mais les banquiers les appliquent avec plus de rigueur, concernant le taux d'endettement, l'apport personnel ou la situation du salarié », témoigne Patrice Matagne, directeur associé de In&Fi Crédits. Les clients les plus touchés seraient les classes basses intermédiaires. « Ils ne peuvent pas profiter des prêts à taux zéro et des prêts aidés de la Ville de Paris car ils gagnent trop sans pour autant avoir de gros revenus », estime Alain Champagne, responsable d'une agence Solvimo du 9e. Selon plusieurs professionnels, un apport personnel de 10 % à 20 % est désormais indispensable, un contrat salarié stable également et une épargne immobilière type PEL conseillée. Mais en Ile-de-France, un autre critère a fait son apparition : « Les banques prennent désormais en compte la proximité géographique du bien par rapport au lieu de travail de l'emprunteur. Car s'il se trouve loin, cela entraîne de grosses charges de transports dans la région. Il faut aussi acheter dans une zone bien desservie en transports en commun pour voir son dossier accepté », témoigne Patrice Matagne.