Paris : Y a-t-il trop de festivals musicaux dans la capitale ?

MUSIQUE Alors que Rock en Seine plante la tente pour trois jours de concerts dès ce vendredi, « 20 Minutes » se demande si trop de festivals ne tuent pas le festival

Clément Rodriguez

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Rock en Seine fait partie des (trop?) nombreux festivals de Paris
Rock en Seine fait partie des (trop?) nombreux festivals de Paris — SADAKA EDMOND/SIPA
  • La 17e édition de Rock en Seine se tient du 23 au 25 août au Domaine National de Saint-Cloud, en banlieue de Paris.
  • Chaque année, de nouveaux festivals font leur apparition dans la capitale, allongeant la liste des événéments qui ponctuent l'été musical.
  • Entre chouchoutage des artistes et animations autour des scènes, les organisateurs rivalisent d'imagination pour offrir la plus belle affiche de l'année. 

Ils ont rythmé les chaudes soirées de ces derniers mois et ont donné un air de vacances à ceux qui n’en avaient pas. Cet été encore, Solidays, We Love Green, Lollapalooza et autres festivals ont soufflé un vent de musique sur la région parisienne. Rock en Seine prend le relais dès ce vendredi avec The Cure, Major Lazer et Aphex Twin en tête d’affiche. Mais si ces événements continuent d’attirer toujours autant de spectateurs, tous n’affichent pas une santé insolente. En juin dernier, le festival Val de Rock a été annulé en raison de problèmes de trésorerie et d’une faible billetterie. Le Download Festival, lui, a été reporté et n’a pas vu le jour en 2019 « pour réfléchir à une formule plus en adéquation avec les nouvelles aspirations du public ». Face à ces désillusions, comment les festivals s’organisent-ils pour attirer leurs spectateurs ?

Proposer plus pour attirer plus

Chaque été, de nombreux artistes décident de réaliser une tournée des festivals. Cette année par exemple, du côté des Français, Patrick Bruel, Bigflo et Oli ou encore Amir ont parcouru les routes afin de rencontrer leur public. Mais il y a une difficulté pour ces chanteurs : celle de choisir sur quelles scènes ils se produiront. Si le choix est cornélien pour les artistes, la difficulté est encore plus grande pour les organisateurs, qui doivent avancer différents arguments dans le but de les séduire.

« On met en avant des groupes qui démarrent, à l’international ou en France. Pour certains, on a un genre de “fidélité”. Il y a un certain nombre d’artistes qu’on suit, auxquels on propose des choses, relate Sarah Schmitt, directrice de Rock en Seine. Sur la durée, ça joue un petit peu ». Faire des propositions esthétiques ou musicales différentes des autres festivals, voilà le parti pris de Rock en Seine. Cette année, la chanteuse Jeanne Added sera par exemple accompagnée du chœur accentus tandis que le groupe Justice a eu droit à une production de lumière spécifique lors de leur dernier spectacle français l’an passé.

Si les festivals doivent proposer des idées originales, le nombre de zéros sur le chèque est évidemment aussi à prendre en compte. Jean-Philippe Béraud, attaché de presse indépendant, pointe du doigt « une course effrénée aux gros cachets ». Avec des ventes de disques en déclin depuis plusieurs années, les chanteurs cherchent à faire plus de marge grâce à leurs prestations live. « On peut se tromper de 500 ou 1.000 euros sur le cachet d’un petit ou moyen groupe, mais quand on se plante de 10.000 euros, la chute est un peu plus dure » ajoute-t-il. Parier sur les bons artistes sans franchir une limite qui les desservirait financièrement, voilà le pari des festivals.

« Plus il y a de festivals, plus il y a de risques que ça se ressemble »

Pour se démarquer des autres, les organisateurs de ces shows estivaux scrutent aussi les programmations des concurrents. « Évidemment, on regarde tout ce qu’il se passe autour, on a envie d’avoir l’affiche la plus marquante » commente Sarah Schmitt. Pour Angelo Gopee, directeur général de Live Nation France, à l’origine de Lollapalooza, les gros festivals ont « des programmations qui ne se ressemblent pas trop ». Mais tout le monde ne partage pas cet avis.

Nicolas Cuinier, programmateur de Petit Bain, une salle de concerts qui organise des festivals intérieurs à Paris, trouve qu’il y a de plus en plus de festivals dans la capitale, voire un peu trop. « Plus il y a de festivals, plus il y a de risques que ça se ressemble » analyse le programmateur. Même son de cloche du côté de Jean-Philippe Béraud. « À Paris, il y a probablement un peu trop de gros festivals qui s’entre-mangent parce que leurs positionnements ne sont pas différents » certifie-t-il. Selon lui, la place pour ce type d’événements ne manque pas dans la capitale, mais il faut laisser du temps aux festivals « très positionnés et moins grand public ».

Se démarquer avec les animations

Cette année, Lollapalooza a tiré son épingle du jeu en invitant notamment les chefs Jean Imbert et Cédric Grolet pour animer des stands culinaires. « Les gens peuvent se dire qu’un festival, c’est un endroit qui représente ce qu’est la vie, et donc aussi le fooding » déclare Angelo Gopee. Mais, il nous l’assure, « l’idée ce n’est pas de se démarquer par rapport aux autres ». Mi-juillet, à l’Hippodrome Paris-Longchamp, Greenpeace, la Fondation Nicolas Hulot et la Ligue pour la Protection des Oiseaux faisaient partie des associations présentes afin de discuter avec les festivaliers. « Les gens se disent qu’il n’y a pas forcément que des concerts pendant deux jours, note Angelo Gopee. Ça fait aussi partie des spécificités du festival ».

On retrouve un dispositif similaire à Rock en Seine, où on nous explique qu’il y a « plusieurs zones à taille humaine, pour qu’il y ait plusieurs vies en même temps, afin que chacun trouve quelque chose qui l’inspire quand il est sur le festival ». Une façon de plaire aux différents spectateurs donc, et de varier les plaisirs.

Y a-t-il trop de festivals… dans le monde ?

S’il est déjà difficile de booker un artiste français sur un festival, les choses se complexifient pour les stars internationales. Pour le directeur de Live Nation France, « la concurrence n’est plus française, mais elle est européenne. Les artistes ont des propositions d’une centaine de festivals en Europe, et ils ne peuvent en faire que 20. Ils vont aller vers ceux qui leur offrent le plus d’argent », explique Angelo Gopee. Pour résumer, selon lui, « la France n’a pas les moyens de se payer de grosses têtes d’affiche ». Un sentiment que partage Sarah Schmitt : « l’une des problématiques à prendre en compte, c’est qu’il y a un planning international des artistes qui jouent sur les mêmes périodes que nous en Europe et dans le monde ». Ainsi, pour assister aux concerts de Cardi B ou Drake, c’est vers l’Europe de l’Est et l’Amérique Latine qu’il faudra désormais se tourner.

Loin de ces logiques de concurrence à l’échelle mondiale, l’émergence des festivals à Paris pourrait-elle finir par lasser ? « Je ne pense pas car il y a une appétence forte dans le fait d’aller voir des artistes en vrai en concert, remarque le sociologue Aurélien Djakouane, sociologue et maître de conférences à l’université Paris Nanterre. C’est important de les voir sur scène, ça représente des moments rares, une expérience qui a de la valeur ». Pas de panique pour ceux qui n’auraient pas eu leur dose de musique live cet été, puisque contrairement aux idées reçues, il y a des festivals toute l’année.