Libération de Paris : Qui sont les soldats oubliés de La Nueve, premiers libérateurs de la capitale ?

HISTOIRE Ce dimanche 25 août, on célèbre les 75 ans de la libération de Paris. Pourtant, des soldats de la 2e division blindée du général Leclerc sont entrés dès le 24 dans la capitale. Pourquoi sont-ils absents des livres d’histoire ?

Floréal Hernandez

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Le half-track Guernica de la Nueve (véhicule blindé avec des chenilles à l'arrière) descend les Champs-Elysées après la libération de Paris, le 26 août 1944.
Le half-track Guernica de la Nueve (véhicule blindé avec des chenilles à l'arrière) descend les Champs-Elysées après la libération de Paris, le 26 août 1944. — LIDO/SIPA
  • Si l’armée française est la première à être entrée dans Paris, le 24 août 1944, l’unité qui a la première atteint l’hôtel de ville – la Nueve – était composée quasi exclusivement de Républicains espagnols.
  • Présents sur les Champs-Elysées, le 26 août 1944, ils sont aujourd’hui absents des livres d’histoire.
  • Une association tente de préserver cette mémoire et une fresque murale rendant hommage à la Nueve va être inaugurée ce samedi à Paris.

Ils sont les premiers à avoir libéré Paris de l’occupation allemande et pourtant ils sont les grands oubliés de l’Histoire. Le 24 août 1944, la Nueve, compagnie de la 2e division blindée du général Leclerc, est entrée dans Paris, porte d’Italie vers 20h avant d’atteindre l’Hôtel de Ville de Paris à 21h22. La spécificité de cette unité ? Sur les 160 hommes qui la composent, 146 sont des Républicains espagnols. « Des anarchistes en majorité mais aussi des communistes, des socialistes et quelques Républicains de droite, détaille Ramon Pino de l'association 24 août 1944. Ce sont des guerriers aguerris qui sortent de trois ans de guerre civile en Espagne. » A leur tête le capitaine Raymond Dronne appelé « El Capitan » par ses hommes.

Arrivés en France après la victoire de Franco et parqués dans les camps de réfugiés, le gouvernement de Vichy leur laissa le choix de rejoindre la Légion étrangère ou d’être rapatriés en Espagne. Le choix fut simple et ces Républicains espagnols désertèrent ensuite pour rallier le général Leclerc et l’armée de la France libre. La Nueve combattit d’abord en Afrique du Nord avant de débarquer début août en Normandie. Puis les Alliés arrivent aux abords de Paris, « la question de qui pénètre en premier dans la capitale se pose alors, ce n’est pas neutre. Les Américains se sont effacés face aux exigences de De Gaulle », raconte Serge Ballerini, président général du Souvenir français. L’armée d’une nation qui entre en premier dans une ville, toute la mémoire se construit dessus. »

« On a volontairement gommé [de l’Histoire] la participation des Espagnols »

C’est donc l’armée française avec son unité composée quasi exclusivement d’Espagnols qui est entrée en premier dans Paris, le 24 août, alors que la capitale s’est soulevée contre l’occupation allemande le 20. Les hommes de la Nueve défileront sur les Champs-Elysées le 26 dans leurs véhicules portant les noms de batailles de la Guerre civile espagnole. Puis ils participeront à la prise du Nid d’aigle d’Hitler à Berchtsgaden, à la frontière de la Bavière et de l’Autriche, le 5 mai 1945. « Entre les blessés et les morts, seulement 16 Espagnols sont arrivés là-bas, souligne Ramon Pino. La compagnie avait été reconstituée avec des soldats français. »

Ensuite, la déception a envahi le camp les Républicains espagnols. « Ils espéraient qu’après Mussolini et Hitler, les alliés s’occuperaient de Franco, note le membre de l’association du 24 août 1994. Démobilisés, ils sont restés en France et ont participé à la lutte anti-Franco via la clandestinité. » Surtout, ils sont les oubliés de l’Histoire « On a volontairement gommé la participation des Espagnols, estime Ramon Pino. Pour de Gaulle – qui a pourtant descendu les Champs-Elysées entouré de half-tracks de la Nueve –, la France a été libérée par les Français, pas par des étrangers, or dans la Résistance, on trouvait aussi des Belges, des Polonais, des Allemands anti-nazis, etc. »

Pour Serge Ballerini, « on a construit la mémoire sur l’armée française, sur la 2e DB qui est la première à entrer dans Paris. Tout le discours de De Gaulle, le 25 août, a été : “Paris libéré par lui-même”. C’est cette mémoire qui est montrée dans Paris brûle-t-il ?. Aujourd’hui, on individualise la mémoire, elle s’affine sur les événements et le rôle exceptionnel de la Nueve dans la Libération de Paris, mais aussi des Républicains espagnols dans la Résistance, réapparaît. »

Une fresque de 17 mètres de haut rend hommage à la Nueve dans le 13e

Une fresque de 17 mètres de haut, rue Esquirol dans le 13e arrondissement, rend hommage aux soldats espagnols de la Nueve, acteurs majeurs de la Libération de Paris en août 1944.

L’association du 24 août 1944 milite donc pour faire connaître ce pan de la Libération de Paris. Elle commémore ainsi tous les 24 août l’action et la mémoire de la Nueve. Et depuis trois ans, Anne Hidalgo participe à la cérémonie. « On n’oublie pas la Nueve. La cérémonie est désormais inscrite dans l’agenda officiel des commémorations, souligne la maire de Paris à 20 Minutes. On veut remettre cette histoire dans l’Histoire officielle. »

Ce samedi à 14h, une fresque murale de Juan Chica Ventura de 17 mètres de haut retraçant le parcours de la Nueve à Paris va être inaugurée au 20, rue Esquirol, dans le 13e arrondissement. Puis à 18h, un rassemblement aura lieu devant le jardin des Combattants-de-la-Nueve (4e).