Val-d'Oise: La famille d'Adama Traoré appelle à une marche historique contre les violences policières

MOBILISATION Trois ans après la mort d’Adama Traoré lors d’une interpellation, sa famille appelle à une mobilisation samedi à Beaumont-sur-Oise pour lutter contre les violences policières

Camille Tyrou

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Les proches d'Adama Traoré organise une mobilisation samedi 20 juillet pour lutter contre les violences policières, trois ans après la mort du jeune homme décédé lors de son interpellation.
Les proches d'Adama Traoré organise une mobilisation samedi 20 juillet pour lutter contre les violences policières, trois ans après la mort du jeune homme décédé lors de son interpellation. — FRANCOIS GUILLOT / AFP
  • La famille d’Adama Traoré, mort en juillet 2016 lors d’une interpellation, appelle à une mobilisation samedi à Beaumont-sur-Oise pour protester contre les violences policières.
  • Le cortège partira à 14h30 de la gare RER de la ville et regroupera des gilets jaunes, des collectifs de défense des sans-papiers, des antifascistes ou encore des militants écologistes.
  • L’objectif de cette manifestation est de tisser des alliances pour résister et riposter à l’autoritarisme.

Les proches d’Adama Traoré ont décidé de se réunir, trois ans après sa mort lors d'une interpellation, pour organiser une marche samedi à Beaumont-sur-Oise, espérant faire de cette journée un « acte historique » contre les « violences policières », notamment aux côtés de « gilets jaunes ».

Le cortège partira à 14h30 de la gare RER de cette petite ville du Val-d'Oise pour rejoindre la cité Boyenval, quartier d’origine du jeune homme. La manifestation passera devant la caserne de gendarmerie de Persan, ville mitoyenne, où la mort d’Adama Traoré avait été constatée le 19 juillet 2016, peu après son arrestation au terme d’une course-poursuite.

L’affaire, toujours à l’instruction, est depuis devenue un symbole des « violences policières ». Ainsi, au-delà du soutien au Combat Adama, les manifestants défileront pour « toutes les victimes » des forces de l’ordre, avec un mot d’ordre : « Ripostons à l’autoritarisme ». Dans le cortège sont attendus « gilets jaunes », collectifs de défense des sans-papiers, antifascistes, ou militants écologistes. Tous ceux avec qui le Comité Adama s’efforce depuis plusieurs mois de construire une « alliance de luttes ». « On veut faire de cette journée, de la banlieue et de Beaumont-sur-Oise, un centre politique important », explique à l’AFP Youcef Brakni, du Comité Adama.

« Tisser des alliances pour résister et riposter à l’autoritarisme »

En décembre, le Comité avait été l’un des rares en banlieue à appeler à manifester aux côtés des « gilets jaunes », persuadé de revendications sociales communes avec les quartiers populaires. L'année dernière, quelque 1.500 personnes avaient défilé à Beaumont et l’ensemble des formations de gauche (LFI, PS, PC, EELV, NPA…) avaient fait le déplacement. « L’objectif était de forcer la gauche à prendre position sur les violences policières », poursuit Youcef Brakni.

Cette fois, le but est de « tisser des alliances » pour « résister et riposter à l’autoritarisme » qui « se généralise à toute la société », selon les collectifs et personnalités ayant signé l’appel à manifester. Parmi eux, les écrivains Annie Ernaux, Edouard Louis ou le sociologue Geoffroy de Lagasnerie. Des soutiens de longue date du Comité aux côtés d’acteurs ou de rappeurs comme Fianso, qui donnera un concert à l’issue de la marche. Dans leur texte, ils réclament notamment l’interdiction du lanceur de balles de défense ou des « grenades offensives » et dénoncent la « répression féroce » des manifestations gilets jaunes. « Les gilets jaunes ont subi les violences policières que nous subissons depuis des années », appuie Assa Traoré, la sœur du jeune homme.

Nouvelle expertise médicale attendue

« On ne lâchera pas », ajoute la jeune femme, devenue porte-parole de la famille, qui réclame la mise en examen des gendarmes et dénonce un « déni de justice ». En mars, les juges d’instruction qui s’apprêtaient à clore leur enquête sans mettre en cause les gendarmes, ont rouvert leurs investigations après la remise d’un rapport médical réalisé à la demande de la famille et qui contredisait les conclusions sur le décès, attribué jusque-là à l’état de santé antérieur du jeune homme.

Le Comité s’est félicité mardi que de nouvelles « investigations techniques » aient été effectuées pour calculer la distance parcourue par Adama Traoré lors de la course-poursuite. En l’occurrence, une distance de « 450 mètres » à vol d’oiseau, incompatible, selon le Comité, avec les observations du collège d’experts désigné par les juges qui « avaient affirmé qu’Adama Traoré avait fourni un effort intense durant 15 minutes avant d’être interpellé ». En revanche, les juges n'ont pas encore ordonné la nouvelle expertise médicale annoncée en avril, après la remise du rapport fait à la demande de la famille. « La décision des juges d’ordonner une énième expertise va rallonger inutilement l’enquête. Les gendarmes doivent être jugés pour avoir causé la mort d’Adama Traoré », a réagi l’avocat de la famille Traoré, Me Yassine Bouzrou, sollicité par l’AFP.

En 2016, plusieurs nuits de violences avaient suivi la mort d’Adama Traoré. Son grand frère, Bagui, a récemment été renvoyé devant les assises pour tentative d’assassinat, accusé d’avoir tiré sur les forces de l’ordre lors de ces violences.