Paris: Le «bordel à heures fixes», les riverains de la prison de la Santé exaspérés

REPORTAGE Six mois après la réouverture de la prison de la Santé, dans le 14e arrondissement de Paris, les habitants sont toujours aussi dérangés par les conversations entre cellules, les parloirs sauvages et l’incivilité de certains détenus

Camille Tyrou

— 

Les riverains, qui résident aux abords de la prison de la Santé, sont toujours aussi dérangés par les conversations entre cellules, les parloirs sauvages et les incivilités des détenus à toute heure du jour et de la nuit.
Les riverains, qui résident aux abords de la prison de la Santé, sont toujours aussi dérangés par les conversations entre cellules, les parloirs sauvages et les incivilités des détenus à toute heure du jour et de la nuit. — CAMILLE TYROU / 20 Minutes
  • Depuis que la prison de la Santé a rouvert ses portes en janvier, les habitants du quartier sont excédés par les gênes occasionnées par les détenus de l’établissement pénitentiaire.
  • Les conversations entre cellules, les parloirs sauvages, les attroupements à toute heure de la journée et de la nuit mais aussi les incivilités des détenus rythment le quotidien des riverains depuis plus de six mois.
  • Pour retrouver le calme dans le quartier, les habitants souhaitent le retour d’une équipe de surveillance 7 jours/7 et 24 heures/24.

Mercredi soir, plusieurs voix masculines résonnent aux abords de la prison de la Santé. Celles-ci émanent d’individus de l’établissement pénitentiaire du 14e arrondissement de Paris. Des hommes se livrent à de nombreuses conversations entre cellules. Cette situation ne cesse d’exaspérer les riverains depuis la réouverture début janvier de la prison de la Santé. « Ils font un boucan toutes les nuits. Personne aux alentours n’arrive à dormir », précise Jacques*, un riverain de la rue Messier.

Dans cette rue, se trouve justement l’entrée du nouveau centre de semi-liberté. « Ils feraient mieux d’incarcérer de vrais délinquants, au lieu d’assurer à ces détenus le gîte et le couvert pour la nuit », martèle-t-il. Selon les riverains, ce sont ces détenus qui posent le plus de problèmes dans le quartier, devenu un « bordel à heures fixes », selon Christophe*, qui réside à l’angle des rues Messier et Jean-Dolent.

« Aujourd’hui, la pluie est plus efficace que la police »

A cet angle de rue, les détenus du centre se retrouvent de longues minutes avant de regagner l’établissement pour la nuit, sous l’œil des caméras de surveillance. L’épicentre de tous les problèmes pour les habitants. « Ils arrivent à plusieurs et garent leurs scooters sous mes fenêtres. Ils boivent, fument et mettent la musique à fond tous les soirs », indique Sophie*, qui habite aussi à l’angle, excédée de se faire réveiller chaque nuit. A 17h40 mercredi, le bal de ces individus commence, avec un premier rassemblement de jeunes hommes.

Ainsi, six mois après la réouverture de la prison de la Santé, « le quartier est considérablement modifié », selon Anne-Laure Peugeot, présidente de l’association des riverains de la Santé, pour qui la situation ne fait que se dégrader. Car depuis janvier l’incivilité progresse, notamment les agressions verbales et le jet de poubelles par les fenêtres des cellules. « Ils font régner l’insécurité dans le quartier », poursuit-elle. Certains provoquent les habitants à la moindre remarque, « en urinant aux portes des maisons », renchérit Christophe.

Les habitants s’estiment toujours autant délaissés par la police, qui « n’intervient pas malgré les nombreux appels, détaille-t-il. La pluie est aujourd’hui beaucoup plus efficace que la police. » Pour eux, seul un retour des rondes 7 jours/7 et 24 heures/24 permettrait un réel apaisement dans le quartier. Un souhait fortement partagé par Carine Petit, maire (PS) du 14e arrondissement : « Il faut un retour des moyens afin de remettre en place une équipe de surveillance. » Si certains riverains envisagent de déménager, d’autres souhaitent « mener prochainement une action en justice contre l’Etat, qui ne fait rien », poursuit Anne-Laure Peugeot. Christophe, lui, a décidé de contre-attaquer en achetant des boules puantes pour éviter que les détenus ne squattent devant sa porte.

Les habitants excédés par les parloirs sauvages quotidiens

En attendant, mercredi soir, les habitudes restent inchangées dans le quartier, puisqu’un jeune homme sur un scooter s’est arrêté quelques instants en plein milieu de la chaussée et a tenté d’interpeller l’un de ses camarades incarcérés. En vain. Ce phénomène des parloirs sauvages – qui durent parfois jusque tard dans la nuit – est le quotidien des habitants. Christophe, exaspéré, a porté plainte il y a quelque temps car pendant plus de deux semaines, un homme est venu chaque nuit, « il abusait du klaxon à une heure du matin juste pour venir parler avec un ami en cellule ». Là encore, sa plainte a été classée sans suite. « On nous laisse complètement tomber dans cette affaire », s’insurge-t-il.

De son côté, la maire de l’arrondissement tente de relativiser et indique que « la nouvelle direction de la prison a réfléchi à de sérieuses pistes d’amélioration à mettre en œuvre rapidement pour le centre de semi-liberté ». Carine Petit évoque également qu’un rendez-vous, longtemps attendu par les riverains, serait programmé en septembre avec le préfet de police, la direction de l’établissement pénitentiaire, la mairie et les habitants.

*Les prénoms ont été changés.