Incendie à Notre-Dame: La mairie de Paris accusée de «mensonge» concernant le plomb

SOCIETE Selon une enquête de Mediapart, des taux de concentration au plomb, parfois dix fois supérieurs au seuil d’alerte, ont été relevés dans les établissements scolaires proches de l’édifice. La mairie va procéder à un nettoyage

R.L.

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Notre-Dame de Paris, le 9 juillet 2019.
Notre-Dame de Paris, le 9 juillet 2019. — AFP
  • Mediapart affirme que la mairie de Paris a « sciemment menti sur les taux de concentration au plomb relevés dans les crèches, les maternelles et les écoles, exposant ainsi les enfants et le personnel au risque de saturnisme ».
  • « Il n’y a aucun risque pour la santé », affirme la mairie de Paris qui annonce un « nettoyage approfondi » des écoles environnant Notre-Dame de Paris réalisé par précaution d’ici fin juillet.

Le 4 juillet dernier, à l’occasion de la traditionnelle conférence de presse en amont du Conseil de Paris, une dernière question est posée à Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la maire de Paris. Elle concerne les récentes révélations de Mediapart sur des taux de plomb jusqu’à 700 fois au-dessus du seuil autorisé aux alentours de la cathédrale Notre-Dame. « De notre côté, nous avons effectué des mesures dans tous les équipements qui relèvent de notre compétence [les écoles, les crèches]. Toutes ces mesures se sont révélées inférieures aux normes tolérées et elles sont publiques, les résultats d’analyse sont affichés », explique-t-il.

« Je sais que la ville a été en contact avec Mediapart et nous ne sommes pas traités dans ce sujet. » Quelques secondes plus tard, une attachée de presse somme l’élu d’achever sont argumentaire. « On reviendra vers vous avec plus d’éléments », lance-t-elle aux journalistes. Fin de la conférence, dans une ambiance flottante. Personne ne reviendra sur le sujet « avec des éléments ». Et pour cause ?

« Il y a un risque d’intoxication au plomb pour les enfants exposés »

Selon Mediapart, qui publie une nouvelle enquête (après les dissimulations de l’Agence régionale de santé et de la préfecture sur le sujet), la mairie de Paris a aussi « sciemment menti sur les taux de concentration au plomb relevés dans les crèches, les maternelles et les écoles, exposant ainsi les enfants et le personnel au risque de saturnisme ». Selon le site Internet, sur dix sites, neuf ont des taux de concentration au plomb nécessitant une intervention rapide de décontamination. Par exemple, dans l’école privée Sainte-Catherine le taux de concentration au plomb atteint 698 μg/m2, soit près de dix fois le seuil d’alerte de 70 μg/m2, ajoute le site.

« Oui, il y a peut-être quelques taux au-dessus des seuils autorisés, mais n’allez pas dire que ces taux peuvent provoquer des cas de saturnisme », répond le cabinet de la maire Anne Hidalgo à Mediapart. Pourtant, selon la Direction générale de la santé rappelle qu’à partir d’une concentration de poussières de plomb de 70 μg/m2, « il y a un risque d’intoxication au plomb pour les enfants exposés ». Spécialiste des questions de santé publique et directrice de recherche honoraire à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Annie Thébaud-Mony juge ce mensonge « criminel » auprès du site. La mairie et la préfecture ont pourtant été interpellées à de nombreuses reprises sur le sujet depuis le 4 juillet.

« Il n’y a aucun danger sauf à lécher les trottoirs »

Le sujet a notamment été abordé par le groupe Génération.s et l’élue France insoumise, Danielle Simonnet, au dernier Conseil de Paris. « Je ne peux pas laisser dire que les personnes qui se promènent dans le quartier sont exposées à un risque. […] Mais vraiment je voudrais rassurer l’ensemble de nos concitoyens. […] Il n’y a aucun danger sauf à lécher les trottoirs », avait insisté, Didier Lallement, le préfet de police, rapportait Le Parisien.

Après ces nouvelles révélations, Danielle Simonnet (LFI) a une nouvelle fois réagi ce jeudi. « L’équipe municipale parisienne a failli à sa mission de protéger les habitants », dit-elle dans un communiqué. Elle demande donc « la pérennisation des dépistages de la contamination au plomb à l’Hôtel-Dieu » et que « les auteurs de ce terrible mensonge mettant en danger la santé de tant d’enfants et d’adultes rendent des comptes ».

Un « nettoyage approfondi » prévu fin juillet

Un « nettoyage approfondi » des écoles environnant Notre-Dame de Paris sera réalisé par précaution d’ici fin juillet, pour éviter tout risque de pollution au plomb lié à l’incendie, a indiqué à l’AFP dans la foulée la mairie de Paris. « Il n’y a aucun risque pour la santé » dans les écoles, a-t-on précisé à l’Hôtel de ville.

Cette mesure est prise « pour nous assurer que le risque est minime », a déclaré Arnaud Gauthier, sous-directeur à la santé à la mairie de Paris, selon qui les prélèvements déjà effectués ne justifient « aucune alerte ». Le représentant de la ville de Paris a assuré que le « nettoyage de routine » (déjà fait dans ces écoles) « répond aux recommandations » des autorités sanitaires.

Arnaud Gauthier a affirmé que le niveau moyen dans chaque établissement ne dépassait pas un « seuil d’information » de 70 milligrammes de plomb par mètre carré. Ce plafond fixé par le Haut conseil de santé publique n’est pas un seuil réglementaire mais doit inciter au dépistage des populations.