Incendie à Notre-Dame de Paris: Des taux de plomb jusqu’à 700 fois au-dessus du seuil autorisé

SOCIETE Selon les informations de Médiapart, des taux 400 à 700 fois supérieurs au seuil autorisé ont été mesurés dans la cathédrale de Notre-Dame et ses alentours

R.L.

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La cathédrale Notre-Dame de Paris, après l'incendie, ici le 15 juin 2019.
La cathédrale Notre-Dame de Paris, après l'incendie, ici le 15 juin 2019. — ZAKARIA ABDELKAFI / AFP

Vers un scandale sanitaire ? Des taux de concentration au plomb 400 à 700 fois supérieurs au seuil autorisé ont été relevés sur les sols à l’intérieur et aux alentours de la cathédrale Notre-Dame après l'incendie​ qui a ravagé l’édifice mi-avril, selon des documents confidentiels, révèle ce jeudi Mediapart. Dans un communiqué, l’Agence régionale de santé (ARS) estime que ces analyses ne sont pas alarmantes.

« Là, avec des taux 400 fois supérieurs, les conséquences pour la santé peuvent être dramatiques. Il faut absolument qu’il y ait un suivi médical, y compris pour les pompiers qui sont intervenus. Ce suivi est d’autant plus important que les effets sur la santé peuvent être différés dans le temps », explique auprès de Mediapart, Annie Thébaud-Mony, chercheuse à l’Inserm et spécialiste de la santé publique. Selon le média, ni l’ARS ni la préfecture de police de Paris, qui a effectué ces mesures, n’ont communiqué ces résultats aux riverains, minimisant les dangers encourus.

L’interdiction d’accès au public maintenue

Début mai, l’ARS et la préfecture de Paris ont expliqué dans un communiqué qu’après analyses, il n’y avait « pas de risque sanitaire lié au plomb en matière de qualité de l’air » autour de la cathédrale. Contactée par Mediapart, la préfecture de police déclare « que le laboratoire central a fait des prélèvements en urgence qui ont été transmis en toute transparence à l’ARS, afin qu’elle prenne les dispositions nécessaires. De son côté, l’agence explique au média avoir pris les précautions d’usage et avoir fait, à la demande de particuliers, des prélèvements qui ont, à ce jour, permis de découvrir un cas de saturnisme, sans que cela ne soit alarmant.

Dans un communiqué diffusé en début de soirée jeudi, l’agence de santé reconnaît que les dizaines de prélèvements de poussières dans l’espace public parisien effectués par la préfecture de police de Paris « montrent ponctuellement des valeurs élevées », sans confirmer ni infirmer les niveaux évoqués par Mediapart. Elle affirme qu’il faut continuer à effectuer des mesures à l’intérieur des bâtiments, pour s’assurer que les seuils réglementaires ne sont pas dépassés. L’ARS ajoute que l’interdiction d’accès au public (mise en place dès l’incendie) « sera maintenue tant que l’efficacité de ces mesures de dépollution n’aura pas été constatée ou que le risque d’exposition des publics n’aura pas été réduit ».

« Les résultats d’analyse sont affichés »

Enfin, la mairie de Paris était-elle au courant ? Interrogé sur le sujet, lors d’une conférence de presse, en amont du Conseil de Paris, le premier adjoint à la maire de Paris, Emmanuel Grégoire  a rappelé la mission de la ville sur le sujet. « De notre côté, nous avons effectué des mesures dans tous les équipements qui relèvent de notre compétence [les écoles, les crèches]. Toutes ces mesures se sont révélées inférieures aux normes tolérées et elles sont publiques, les résultats d’analyse sont affichés », explique-t-il.

« Les mesures dans l’espace public relèvent de l’Etat, de la Préfecture de police et l’ARS. Et nous suivrons leurs précautions en matière de mesure curative. Mais nous n’avons pas été informés à ce stade », ajoute-t-il. Enfin, concernant le parvis, c’est la direction régionale des affaires culturelles qui a pris en main le sujet de la dépollution, rappelle la mairie. Dans son communiqué, l’ARS précise qu’elle « a pris connaissance en fin de semaine dernière des résultats de prélèvements effectués qui montrent que les premières mesures de nettoyage n’ont pas eu l’efficacité souhaitée » sur le parvis de Notre-Dame. L’agence dit avoir demandé un deuxième nettoyage, suivi de nouveaux prélèvements.