Airbnb, Booking… On a suivi la brigade des locations de logements touristiques à Paris

REPORTAGE Ce jeudi matin, « 20 Minutes » a suivi deux agentes assermentées de la Ville de Paris lors d’un contrôle de logements locatifs à courte durée, type Airbnb et Booking

Camille Tyrou

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A Paris, l'une des agents de contrôle de la Ville de Paris constate la présence de quatre boîtes à clés dans un immeuble, dans lequel une seule annonce est publiée sur les plateformes de location de type Airbnb et Booking.
A Paris, l'une des agents de contrôle de la Ville de Paris constate la présence de quatre boîtes à clés dans un immeuble, dans lequel une seule annonce est publiée sur les plateformes de location de type Airbnb et Booking. — Camille Tyrou
  • La brigade des locations de logements de la ville de Paris a ciblé à Montmartre, ce jeudi. Dans la capitale, 60.000 annonces de logements sur les plateformes de location ne respecteraient pas la législation.
  • A Paris, un appartement doit être déclaré en résidence principale pour être loué et la location ne doit pas dépasser 120 jours par an.
  • Les propriétaires qui enfreignent la loi s’expose à une amende pouvant aller jusqu’à 50.000 euros

Dans les pas de la brigade des locations de logements touristiques. 20 Minutes a suivi ce jeudi matin un duo de contrôleurs assermentés du bureau de protection de la ville de Paris. Leur mission ? Contrôler plusieurs appartements à Montmartre, pour lesquels ils avaient des doutes concernant la légalité des locations (type Booking ou Airbnb).

A 8h30, quatre binômes d’agents de contrôle se répartissent les secteurs du 18e arrondissement de Paris. « On a beaucoup de signalements dans ce quartier. Paris connaît un fort développement de logements touristiques ces dernières années. Depuis deux ans, nous passons au peigne fin les locations illégales. Certaines entreprises immobilières ou certains propriétaires détournent des appartements pour en faire des hôtels clandestins. Cette pratique est plus lucrative que la location habituelle », souligne Ian Brossat, adjoint d’Anne Hidalgo, en charge du logement.

Arrivées à Montmartre, deux femmes agents de contrôle se dirigent vers un immeuble de la rue André-Antoine, où cinq propriétaires ont bien un numéro de déclarant pour publier une annonce. Mais les agents n’en trouvent qu’une seule. Interloquées, elles décident de venir contrôler. « Très souvent les syndics et les voisins se plaignent des nuisances des touristes et ça nous remonte aux oreilles. On fait des recherches. Puis quand on a un doute, on se déplace pour faire un contrôle », précise l’une des agents.

L’appartement, qu’elles tentent de vérifier, se situe au 2e étage et est déclaré comme résidence principale alors que le propriétaire habite à une autre adresse. Après avoir toqué plusieurs fois, une touriste, ne parlant pas français, refuse d’ouvrir et parle à travers la porte. Les agents apprennent alors qu’elle ne connaît pas le propriétaire et qu’elle a loué ce logement via Booking. « Ce n’est pas parce qu’il a un numéro de déclarant qu’il est en règle avec la réglementation. Après nos constatations, on va lui envoyer un courrier pour visiter ce logement », indique l’une des agents.

Jusqu’à 50.000 euros d’amende pour infraction de la législation

Par chance ce jeudi, les contrôleuses pénètrent dans tous les bâtiments grâce aux habitants qui sortent au même moment, sauf dans un immeuble. Un peu plus loin dans la rue, elles s’arrêtent à nouveau devant un immeuble. Cette fois, il s’agit d’un appartement, déclaré comme logement secondaire. « Selon la loi, le propriétaire doit demander une autorisation de changement d’usage soumis à une compensation lors d’une résidence secondaire. Mais, nous n’avons aucune demande enregistrée au nom de la propriétaire », détaillent-elles.

Un seul indice leur montre qu’elles sont sur une bonne piste : la présence de quatre boîtes à clés. Quatre logements de l’immeuble sont donc destinés à la location de courte durée. Pourtant, elles affirment n’avoir vu aucune annonce à cette adresse. « Les propriétaires qui ne respectent pas la législation risquent d’être condamnés à une amende jusqu’à 50.000 euros », rappellent-elles.

Elles poursuivent ensuite leurs investigations dans deux autres immeubles de la rue Constance. « Même si nous n’avons pas rencontré les propriétaires aujourd’hui, nous avons déjà la confirmation que certains logements sont occupés par des touristes ou que d’autres le sont avec les boîtes à clés. On va continuer nos recherches pour tenter de voir s’ils sont en règle et contacter les propriétaires si besoin. A la fin, on remplit un constat d’infraction qui part au tribunal, qui décidera d’entamer ou non une procédure à leur encontre », concluent les agents.

Environ 60.000 annonces illégales

D’ailleurs selon Ian Brossat, cinq cents dossiers sont en cours de procédure devant le tribunal de grande instance de Paris. 60.000 annonces de logements à courte durée seraient ainsi illégales et cinq millions d’euros d’amende auraient ainsi été infligés depuis 2014. « Désormais il faut que les plateformes retirent toutes ces annonces illégales », martèle-t-il. « Pour être en conformité, le logement doit être la résidence principale du propriétaire et ne doit pas être loué plus de 120 jours par an. Ce dernier doit aussi s’enregistrer pour obtenir un numéro de déclarant afin de pouvoir publier une annonce sur ces plateformes », rappellent les agents.