Paris: Up and down des start-up de la Station F deux ans après son ouverture

SOCIETE Ce jeudi, la Station F dans le 13 arrondissement a célébré ses deux ans. Des entrepreneurs qui y sont entrés à la genèse vont désormais quitter le nid. Retour sur ces deux années

Romain Lescurieux

— 

La station F dans le 13e
La station F dans le 13e — SIPA PRESS

Il y a deux ans, le 29 juin 2017, Xavier Niel, Anne Hidalgo et Emmanuel Macron – qui dira « une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien » – inaugurent le plus grand incubateur de start-up au monde : la Station F. Entièrement financé par le patron de Free, cet espace de 34.000 m² situé dans l’ancienne halle Freyssinet (13e arrondissement) affiche l’objectif de faire rayonner les hautes technologies françaises. Et depuis ?

Deux ans plus tard, la Station F compte 1.013 start-up, la présence de grands groupes – Microsoft, Facebook – des fonds d’investissement et recense 317 millions de dollars levés par les boîtes. A l’occasion de cet anniversaire, l’équipe dirigeante a annoncé la création de 100 appartements pour loger près 600 entrepreneurs en colocation, non loin, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), notamment pour faire face au « mal-logement » des startuppers.

« 33 % des entrepreneurs n’ont pas de salaire »

Car sous ses allures de grande halle chill dédiée à la créativité à la sauce Palo Alto, la réalité du quotidien à la Station peut être bien différente. Pour 20 Minutes, des incubés entrés à la genèse du projet reviennent sur leur parcours et la vie d’entrepreneur, à l’aube de quitter le nid.

La station F dans le 13e
La station F dans le 13e - SIPA PRESS

A la Station F, la moyenne d’âge est de 30 ans. Autre chiffre mis en avant ce jeudi, 33 % des entrepreneurs n’ont pas de salaire. « C’est la réalité du monde entrepreneurial », indique Marwan Elfitesse, 33 ans, responsable de l’équipe start-up de Station F.

« Quand on est arrivés ici le 7 juillet 2017, on venait de quitter notre job », affirme Dikom, 32 ans, qui a monté avec deux autres personnes, Dear Muesli, start-up crée il y a 4 ans et demi, spécialisée dans les petits-déjeuners sur mesure. « On avait deux ans de chômage. A partir de là, on s’est dit qu’on avait deux ans pour réussir », insiste-t-il. « C’est le jeu auquel on a décidé de jouer. Ce n’est pas facile mais tu mets de côté le superflu. »

« Il y a tellement de raisons de ne pas y croire qu’il faut y croire »

Même son de cloche du côté de Uptale, start-up qui fait de la formation professionnelle en réalité virtuelle. « J’ai quitté mon job avec le chômage, jusqu’en février prochain. J’ai les mêmes fringues depuis deux ans, je vais à l’essentiel. Je ne me paye pas encore », détaille Aurélie, 30 ans, fondatrice.

« L’entrepreneuriat c’est un chemin semé d’embûches. Tout est fait pour te faire arrêter », reprend Dikom. Ses associés et lui se payent depuis une levée de fonds effectuée l’an dernier. « C’est très difficile au début et ça dure plusieurs années, il faut donc avoir le courage d’affronter la réalité. Si on réfléchit deux secondes de manière rationnelle, on arrête. Mais bon, il y a tellement de raisons de ne pas y croire qu’il faut y croire », estime Pierre, 52 ans, fondateur de Cozycozy.com, moteur de recherche d’hébergements touristiques.

Pierre, Aurélie et Dikom à la Station F
Pierre, Aurélie et Dikom à la Station F - R.LESCURIEUX / 20Minutes

« Le lundi, on travaille de 8h à 3h du matin »

Selon Aurélie, la vie personnelle est également impactée. « Quand tu rentres chez toi, tu es encore dans tes pensées de boulot. On bosse le week-end, et le lundi par exemple on travaille de 8h à 3h du matin », note-t-elle. Les vacances sont également très difficiles à programmer.

La station F dans le 13e
La station F dans le 13e - SIPA PRESS

Mais au-delà de cette réalité, tous reconnaissent un apport énorme de la station F dans leur projet. « Ça nous a apporté du réseau, notamment pour les aides de la Région, de la BPI », affirme Aurélie, qui est déjà nostalgique de ces deux années.

A Station F, « il faut être ouvert »

« On a profité du rayonnement pour faire une levée de fonds de 630.000 euros. C’est plus simple en croisant les gens dans le couloir », commente de son côté Dikom. « Il y a ici une qualité de vie, un environnement. Ce qui est difficile au début d’un projet, c’est d’être seul dans un appartement à Paris », juge Pierre.

Leur dernier jour à la Station : le 14 juillet. Leurs conseils pour les prochains ? Pour Dikom, « il faut profiter du lieu, sortir de son bloc. Il y a ce truc qui vient des écoles de commerce de rester entre-soi. Station F ce n’est pas ça : il faut être ouvert ».