VIDEO. «Paris ne peut pas être une ville sans travaux», estime Anne Hidalgo

INTERVIEW La nouvelle place de la Nation, dans les 11e et 12e arrondissements de Paris, va être dévoilée ce jeudi. A cette occasion, Anne Hidalgo, répond aux questions de « 20 Minutes »

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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La maire de Paris, Anne Hidalgo, le 24 juin 2019, dans son bureau
La maire de Paris, Anne Hidalgo, le 24 juin 2019, dans son bureau — KAMIL ZIHNIOGLU / Sipa pour 20 Minutes
  • Alors que la place de la Nation va être dévoilée jeudi, Anne Hidalgo revient sur sa promesse de campagne de 2014 : la rénovation de sept places parisiennes.
  • Interrogée sur les nombreux chantiers dans les rues de la capitale, la maire estime que la capitale ne peut « être une ville sans travaux », sinon elle risque de s’enfermer « dans une logique de ville-musée destinée aux touristes ».
  • Les prochains projets urbains pour la ville seront « les forêts urbaines », annonce-t-elle.

Sous les pavés, la place. Le nouveau visage de la place de la Nation, dans les 11e et 12e arrondissements de Paris, va être dévoilé ce jeudi, après un an de travaux. Une inauguration est prévue le dimanche 7 juillet prochain avec les Parisiennes et Parisiens. Promesse de campagne en 2014, la rénovation des places de la capitale bat actuellement son plein. Pour s’achever dans les temps ? Multiplication des travaux dans les rues, calendrier, canicule et futurs projets urbains… A neuf mois de la fin de son mandat, la maire de Paris, Anne Hidalgo, répond aux questions de 20 Minutes.

La nouvelle place de la Nation sera inaugurée le 7 juillet 2019.
La nouvelle place de la Nation sera inaugurée le 7 juillet 2019. - Coloco and Co

Après plus d’un an de travaux, la nouvelle place de la Nation va être dévoilée ce jeudi. Qu’est-ce que les Parisiennes et Parisiens vont y trouver ?

Ils vont trouver ce qu’ils ont souhaité. Notamment des espaces de pleine terre, 6.000 m2 de végétation, du mobilier urbain et un anneau circulaire unique à Paris représentant une piste de course de 400 mètres. Il y aura également une fontaine à boire et un espace de brumisation, afin d’anticiper les grosses chaleurs et permettre le bien-être des Parisiennes et des Parisiens. Nous avions organisé plusieurs week-ends avec les Parisiens pour casser le bitume de la place afin de retrouver ces espaces. Ils vont découvrir le fruit de leur travail. Nous sommes dans une logique de coconstruction et d’écoconstruction.

Quel est le calendrier pour les six autres places parisiennes (Bastille, Panthéon, Italie, Madeleine, Gambetta et Fêtes) actuellement en rénovation dans le cadre du projet « Réinventons nos places » lancé en 2015 ?

La place du Panthéon a déjà été livrée et elle est très prisée, notamment des étudiants. La place de la Nation est la deuxième. Nous terminerons à l’automne avec les places des Fêtes, Gambetta, Bastille et Madeleine. Enfin, la place d’Italie sera livrée à l’hiver. L’ensemble de ces sept places représente deux hectares reconquis par les piétons. Les espaces verts composent 1,1 hectare et les espaces de pleine terre avoisinent les 9.000 m2. Enfin, ces places seront 100 % accessibles pour les personnes handicapées, malvoyantes et à mobilité réduite. Cette aventure démocratique d’aménagement urbain a été passionnante car les Parisiens sont venus nombreux pour exprimer leurs rêves pour ces places. Nous les avons traduits avec des architectes, des paysagistes et des ethnologues.

Pourquoi devaient-elles être repensées ?

Jusqu’ici, ces places étaient plutôt des ronds-points, autour desquelles tournaient des voitures. Une place, c’est un endroit où on vient se poser, s’asseoir, respirer, où les enfants peuvent jouer et où on est à l’abri des voitures. Ce que j’ai souhaité faire dans cette mandature, c’est redonner de la place aux piétons, aux circulations douces et reconquérir la ville qui a été trop tournée vers la voiture. Et puis surtout laisser les Parisiens se réapproprier l’espace public. Il fallait faire de ces places des presqu’îles. L’urgence climatique oblige les villes à s’adapter et à récupérer des espaces pour la nature. Il faut le faire sans attendre. Paris est une ville très minérale. Face à la pollution de l’air, l’objectif est de réduire la progression des températures. Si on ne s’adapte pas dès aujourd’hui, Paris sera invivable.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, dans son bureau le 24 juin 2019.
La maire de Paris, Anne Hidalgo, dans son bureau le 24 juin 2019. - KAMIL ZIHNIOGLU / Sipa pour 20 Minutes

Quel est le coût total de ce projet ?

Le coût des sept places est de 46 millions d’euros, dont 8 millions pour Nation. A titre de comparaison, la place de la République inaugurée en 2013, était aux alentours de 25 millions. Nous avons su optimiser les coûts. Et végétaliser coûte moins cher que de mettre du bitume.

Si les piétons et cyclistes vont pouvoir profiter davantage de ces places, les automobilistes vont-ils s’y retrouver ?

A Bastille et Nation, nous avons, dès le départ, préfiguré les places. Nous avons posé des barrières et des blocs de béton pour montrer comment ça allait se passer. Notamment une réduction à 12 m des voies de circulation. A Nation, nous avons constaté avec les riverains et les usagers qu’il n’y avait pas d’engorgement particulier lié à la récupération de cet espace. Le fait de réduire la place de la voiture a permis de mettre de l’ordre. Et ça a été bien vécu. Nous n’avons pas eu de polémiques, ni de demandes imprévues.

D’autres places méritent-elles d’être repensées ?

La place de la Concorde doit être retravaillée. Ça fait partie des perspectives des prochaines mandatures. Au-delà des places, nous travaillons à améliorer les portes de Paris en partenariat avec les communes voisines, comme la porte de Montreuil.

La place d'Italie (13e) sera livrée à la fin de l'année 2019.
La place d'Italie (13e) sera livrée à la fin de l'année 2019. - Emilie Mille

On dénombre actuellement entre 4.600 et 6.079 chantiers dans la capitale. On entend beaucoup de Parisiens se plaindre. Pourquoi y a-t-il autant de travaux à Paris ?

C’est vrai, c’est dur et contraignant, surtout en ce moment. J’en ai bien conscience. Mais Paris ne peut pas être une ville sans travaux. Il faut accepter qu’une ville patrimoniale, une ville ancienne comme Paris ait besoin de beaucoup de travaux et d’entretien. Paris est une ville qui a tous ses réseaux enfouis et qui fonctionne avec des gens qui viennent en permanence détecter les éventuelles fuites de gaz, d’eau et refaire des canalisations. Les villes qui n’ont pas fait de travaux se renferment dans une logique de ville-musée destinée aux touristes. Rome a par exemple raté le tournant de la modernité que nous, nous avons réussi. Après, tous les chantiers ne sont pas municipaux [7 % sont du ressort de la Ville, selon l’Hôtel de Ville] il y a aussi beaucoup de travaux privés.

L’opposition dénonce des travaux « précipités par les élections ». Que répondez-vous ?

Je ne vais pas rentrer dans les sujets politiciens. Mon rôle n’est pas celui-là. Les élus d’opposition ont essayé de nous empêcher de faire les voies sur berge mais aujourd’hui ils expliquent tous qu’ils ne reviendraient pas dessus. Je n’entre pas dans le jeu politicien car il est très convenu et attendu. J’ai vraiment envie que l’on soit plus créatif que ça.

Ile-de-France Mobilités vous a envoyé une lettre pour dénoncer « les difficultés persistantes sur certaines lignes de bus, qui souffrent de conditions de circulation très dégradées ». Leur avez-vous répondu ?

Nous ne sommes pas d’accord avec un certain nombre de leurs données qui sont très partielles. Il faut agir pour que les bus et tout le monde circulent. La situation s’améliore, les bus ont récemment augmenté leur vitesse de croisière.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, dans son bureau le 24 juin 2019.
La maire de Paris, Anne Hidalgo, dans son bureau le 24 juin 2019. - KAMIL ZIHNIOGLU / Sipa pour 20 Minutes

La mairie n’a plus la charge du rebouchage des travaux et les entreprises mettent parfois du temps à remettre en état l’espace public… Est-ce un problème ?

Ça dépend des types de marchés. Par exemple, la CPCU (Compagnie parisienne de chauffage urbain) GRDF, EDF-Enedis doivent reboucher leurs travaux. Ils ont un mois pour le faire. Dans beaucoup de cas, des entreprises ne le font pas bien donc on fait payer des pénalités. Chacun doit respecter les contributions qui doivent être les siennes.

Quels seront les futurs travaux pour la capitale ? Les forêts urbaines ?

Oui, et il ne faut pas perdre de temps. Nous avancerons dès cet automne pour permettre d’agir et d’aménager les sites de forêts urbaines en 2020. Avec cette canicule on voit bien que dans les prochaines années, ce seront des épisodes de fortes chaleurs de plusieurs mois. On ne pourra plus respirer. Il faut donc s’adapter. Si on ne le fait pas maintenant, les enfants qui arrivent derrière ne pourront pas le faire car il sera trop tard. Les travaux importants que l’on fait aujourd’hui, on les fait pour cette raison.

Quels seront les chantiers emblématiques de votre prochaine mandature ?

(Rires) D’abord je ne suis pas encore candidate à la prochaine mandature, donc je vais déjà achever de livrer les chantiers de celle qui est en cours. Mais avec la crise écologique, je pense qu’il faut évidemment continuer de penser la ville, les politiques urbaines, sociales et économiques, autour de cette question de l’urgence climatique.

 

20 secondes de contexte

Cette interview réalisée ce lundi 24 juin 2019 a été relue par l'équipe d'Anne Hidalgo. Selon la charte de 20 Minutes, « cette relecture par la source autorise des corrections de pure forme ».