Nouvelle agression d'un prof à Saint-Denis: «Rien n'a changé» se plaignent les enseignants

AGRESSION Une autre enseignante de l’établissement avait déjà été victime d’une agression au pistolet à billes en avril dernier

Juliette Desmonceaux

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L'enseignant, arrivé seulement cette année dans l'établissement, aurait eu«très peur», mais n'a pas été blessé.
L'enseignant, arrivé seulement cette année dans l'établissement, aurait eu«très peur», mais n'a pas été blessé. — Martin Bureau afp.com
  • Un enseignant de français a été victime de menaces et d’insultes lundi dernier par un groupe d’élèves devant le collège Elsa-Triolet à Saint-Denis.
  • Le meneur du groupe, un adolescent de 15 ans, s’était déjà introduit dans l’établissement en avril dernier. Il avait tiré sur une autre enseignante avec un pistolet à billes.
  • Les enseignants du collège se plaignent d’un manque de moyens et appellent à la grève mardi prochain.

C'est la deuxième fois en deux mois. Un enseignant a été agressé au collège Elsa-Triolet de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Lundi 17 juin, un professeur de français a reçu des menaces et des insultes de la part d’un groupe de sept à huit jeunes, alors qu’il quittait l’établissement aux alentours de 17 heures. Encerclé par les adolescents, il est finalement parvenu à s’échapper.

Deux mois plus tôt, l’un de ces mêmes jeunes, ancien élève de l’établissement, avait pénétré dans le collège et tiré sur une jeune enseignante avec un pistolet à billes. Il avait été placé en examen pour « intrusion dans un établissement scolaire » et « violences avec arme ». Fatigués de ces agressions à répétition, les professeurs du collège Elsa-Triolet montent au créneau. « Deux mois après, rien n’a changé », dénoncent-ils dans une lettre ouverte. Ils demandent plus de moyens et appellent à la grève ce mardi à 9 heures devant la DSDEN (Direction des services départementaux de l’Éducation nationale), à Bobigny ( Seine-Saint-Denis).

L’adolescent avait interdiction de s’approcher de l’établissement

« L’enseignant a eu très peur, il ne fait pas ce travail pour ça ! » Quelques jours après l’agression survenue devant son établissement, Maud Valegeas, professeur de français et membre du syndicat SUD-Education 93, n’en revient toujours pas. Pour la seconde fois en deux mois, l’un de ses collègues a été visé par des élèves. Un adolescent de 15 ans, renvoyé de l’établissement il y a deux ans, est impliqué dans les deux incidents. « Il avait interdiction de s’approcher, mais on le voyait régulièrement aux abords de l’établissement depuis deux mois », se désole-t-elle.

Pour Maud Valegeas, cette nouvelle agression n’est pas une surprise car, selon elle, « rien n’a changé » depuis deux mois. En avril dernier, le rectorat est bien venu sur place, ce qui est « plutôt rare », comme elle tient à le saluer, pourtant rien n’aurait été décidé pour éviter qu’un tel incident se répète. Les enseignants avaient déjà fait grève à l'époque, mais sans réussite. « Que des annonces, il n’y a pas de suivi », s’agace-t-elle.

Du côté des services départementaux, on affirme pourtant que des travaux sont prévus pour « augmenter la hauteur des grilles » du collège Elsa-Triolet et ainsi éviter les allées et venus intempestives d’élèves ou d’adolescents extérieurs à l’établissement. « Mais il y a des délais de procédures et de réalisation des travaux », rappelle le département.

Les enseignants demandent le passage du collège en REP +

Baisse du nombre de postes d’encadrants, augmentation du nombre d’élèves… Enseignante en Seine-Saint-Denis depuis quatre ans, Maud Valegeas a vu la situation des enseignants se dégrader. « On avait des demi-groupes, mais tout a disparu ! Aujourd’hui, on a un assistant pédagogique pour 80 élèves », dénonce-t-elle. Du côté du département et du rectorat, on évoque surtout des problèmes de « bandes » qui sévissent à Saint-Denis depuis plusieurs années et se déplacent aux abords des établissements. « Ça ne permet pas aux profs d’être dans une situation de sérénité », assure le rectorat.

Pour la professeure de français, ce climat de travail difficile facilite les agressions. « Ce genre de cas existe parce qu’on n’a pas les moyens de travailler correctement », soutient-elle. Les membres du personnel du collège Elsa-Triolet demandent le classement de l’établissement en REP + et la création de nouveaux postes de CPE et d’assistants d’éducation pour mieux encadrer les élèves.

Du côté des services départementaux et du rectorat de Créteil, on veut privilégier « la prévention » face aux agressions. Au programme, des projets éducatifs, comme des voyages scolaires ou des projets sportifs, et le recours à des médiateurs. « On mène une action globale sur le climat scolaire qu’on intensifie en cas de crise », explique le département. Des assistants de prévention et de sécurité recrutés par les chefs d’établissement sont également en réflexion, selon le rectorat.

Une semaine après l’agression, les enseignants du collège Elsa-Triolet ne se disent pas gagnés par la peur, et l’enseignant menacé continue de donner cours. « C’est devenu tellement quotidien que les collègues sont habitués », lâche Maud Valegeas.