Couteaux, narcos, ghettos... cogito

PORTRAIT Lamence Madzou, ancien délinquant, sort demain «J'étais un chef de gang»...

Alexandre Sulzer - ©2008 20 minutes

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«C 'est mon histoire, je l'assume. » La­mence Madzou a-t-il vraiment le choix ? Son passé est trop lourd pour être oublié. Celui qu'on a appelé « le Froid » ou « le Diable » n'a que 15 ans en 1987 lorsqu'il monte sa bande avec des copains de Corbeil-Essonnes : les Fight Boys. Ils sont noirs et aiment le hip-hop.

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Mais rapidement, le rythme s'accélère. Le groupe se constitue en véritable gang de plus de cent personnes et fédère tout le 91 et le 77. Lamence en prend la tête. Avec un objectif : combattre les «Requins vicieux » de la banlieue nord et contrôler Paris. C'est le début de la guerre des trois ans, de 1988 à 1991. « On ne contrôlait plus la spirale de la violence, c'est elle qui nous contrôlait. » Couteaux, fusils à pompe, haches et même acide : rien n'est de trop pour s'autodétruire. « Vers 19 ans, je suis sorti de l'adolescence et je suis passé au "bizness". » Comprendre trafic de drogues, de voitures et rackets. Lamence fait plusieurs séjours en prison jusqu'au jour où il « ne veut plus faire peur en marchant dans la rue ». « Foncièrement, on est ce qu'on est et je ne suis pas un mauvais. »

Mais c'est trop tard. Il est expulsé en 1997 au Congo, son pays d'origine, où il vit la guerre civile et voit « des choses difficiles à raconter ». Il y reste trois ans avant de revenir en France où il s'engage dans la vie associative pour mettre fin aux rivalités entre cités. «Avec le recul, je vois les dégâts que j'ai commis, le comportement de connard que j'ai eu», confie celui qui se pose aussi en victime du racisme. Aujourd'hui, à 36 ans, Lamence est toujours interdit de séjour en Ile-de-France. Il vit à Creil (Oise) et vient de postuler pour être régisseur d'une société HLM, afin d'offrir une vie protégée à son fils de 5 ans, fan des Pokémon. Et éviter que l'histoire ne se répète.