Paris et l'Ile-de-France toujours plus riches et toujours plus inégalitaires

IMMOBILIER Une étude de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) publiée ce lundi montre que les classes moyennes sont de plus en plus exclues de Paris où l'immobilier et les loyers ne cessent de grimper

Juliette Desmonceaux

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En Ile-de-France, un quart du parc immobilier est constitué de logements sociaux.
En Ile-de-France, un quart du parc immobilier est constitué de logements sociaux. — V. WARTNER / 20 MINUTES
  • L’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) publie ce lundi une étude sur les évolutions de l’immobilier en Ile-de-France entre 2001 et 2015.
  • Leur travail montre que le processus de gentrification en Ile-de-France reste concentré à certains territoires, ne profitant pas à l’ensemble des communes.
  • L’étude note également une expulsion progressive des classes moyennes du centre de Paris et de la petite couronne à cause de l’augmentation des prix immobiliers.
  • Elle encourage la construction de logements sociaux et l’accession aidée en faveur des ménages les plus modestes.

Les inégalités grimpent en  Ile-de-France. Et la tendance est particulièrement criante dans le domaine immobilier. Selon une étude menée par l’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) de la région, Paris et les communes de l’Ouest francilien se sont encore enrichies entre 2001 et 2015, tandis que le nord-est de la capitale et la grande couronne se sont appauvris. Seule la présence de logements sociaux permet de maintenir des ménages modestes dans les communes les plus aisées.

44 communes d’Ile-de-France se sont appauvries depuis 2001

Ce n’est pas nouveau, l’Ile-de-France est la région la plus riche de France, produisant à elle seule près du tiers du PIB de l’Hexagone. Elle compte plus de cadres que la moyenne, mais aussi plus de ménages modestes, avec un taux de pauvreté qui s’élève à 15,9 % en 2015, soit un point de plus que la moyenne nationale. « C’est la région la plus riche et la plus inégalitaire de France », résume Mariette Sagot, démographe et auteur de l’étude.

Avec la crise de 2008, la tendance s’est accentuée. Davantage de cadres se sont installés dans le chic centre de Paris et dans les Hauts-de-Seine, tandis que les ménages modestes sont toujours plus nombreux à s’installer dans le département le plus pauvre de France, la  Seine-Saint-Denis, et dans la grande couronne. La tendance reflète la baisse du niveau de vie de ces territoires. Dans 44 des communes les plus pauvres de la région, le revenu médian en euros n’a cessé de baisser entre 2001 et 2015. En cause principalement : la montée du chômage et des emplois précaires.

La gentrification gagne Clichy et Saint-Ouen​

Après Montreuil, Clichy est-il le nouveau paradis des bobos ? Selon l’étude de l’IAU, la gentrification continue de se développer en petite couronne. Après avoir touché Malakoff, Colombes (communes des Hauts-de-Seine) ou encore Les Lilas (Seine-Saint-Denis), elle s’étend désormais à des banlieues plus modestes comme Clichy, Saint-Ouen ou Alfortville qui profitent de leur proximité avec des communes aisées. Le lancement de plusieurs projets d’aménagement comme la ZAC des Docks à Saint-Ouen ou la ZAC du Bac d’Asnières et le prolongement de la ligne 14 du métro expliquent en partie ces évolutions.

A Paris, l’arrivée des cadres touche surtout le nord et l’est de la ville. Ils sont particulièrement nombreux à s’installer dans le 18e arrondissement où la part des ménages les plus modestes a en même temps baissé de trois points.

Familles modestes et famille aisées vivent séparées dans de nombreuses communes

La gentrification se développe, mais reste concentrée, selon l’étude de l’IAU. « Dans certaines communes, il y a une impression de mixité, mais en fait elles sont divisées », affirme Mariette Sagot. Que ce soit dans le 17e arrondissement de Paris ou dans des communes comme Asnières, Fontenay-sous-Bois ou encore Clichy, populations aisées et populations modestes vivent séparées.

A Colombes par exemple, les quartiers les plus pauvres se concentrent à l’ouest près de Bezons et d’Argenteuil, tandis que les plus fortunés sont à l’est, avoisinant Bois-Colombes et Garenne-Colombes.

Les HLM deviennent de plus en plus des logements pérennes

L’Ile-de-France est une région riche, mais elle n’est pas avare en logements sociaux. 25 % du parc immobilier francilien est constitué de logements sociaux de location. Depuis 2000, la loi impose aux communes de consacrer au moins 20 % de son parc immobilier à des HLM. Si elle n'est pas respectée partout, elle permet à certaines familles de se maintenir à Paris, où les prix ne cessent de grimper. Certaines communes aisées, notamment dans les riches Hauts-de-Seine, ne compte d’ailleurs des ménages modestes qu’en raison de ces immeubles aux loyers modérés.

Mariette Sagot note que ces logements normalement censés être provisoires ont tendance aujourd’hui à devenir des logements permanents. « Il y a une marche telle à quitter le parc social pour accéder à la propriété qu’il y a une prime à rester dans les HLM », explique-t-elle.

Les classes moyennes obligées de quitter les centres

Trop pauvres pour acheter un logement à Paris et trop riches pour bénéficier d’un HLM. Conséquence de la montée de l’immobilier, les classes moyennes s’éloignent toujours plus du centre de l’Ile-de-France.

Ne percevant aucune aide au logement, ces Franciliens sont contraints de consacrer en moyenne entre un quart et un tiers de leurs revenus à leur logement. Plutôt jeunes et généralement sans enfants, les ménages modestes locataires à Paris éprouvent des difficultés à se loger convenablement et sont nombreux à  quitter la capitale pour accéder à la propriété.