Hébergements, maraudes, information… Paris déploie son plan d’action de lutte contre le crack

SOCIETE De 2019 à 2021, près de trois millions d'euros seront chaque année mobilisés pour lutter contre le crack dans le Nord-Est parisien

Romain Lescurieux

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Le crack. Illustration
Le crack. Illustration — Yasuyoshi Chiba afp.com
  • Le plan de lutte contre le crack de la Ville de Paris a été signé ce lundi. Il prévoit, entre autres, d’endiguer d’ici 2022 le fléau dans le nord-est de la capitale.
  • « L’ambition de ce plan, c’est d’apporter de manière urgente des réponses aux riverains en garantissant l’ordre public ainsi que de sortir les consommateurs de crack du cercle infernal de l’addiction », a précisé Michel Cadot, le préfet de la région Ile-de-France.
  • L’ouverture de places de mise à l’abri et la pérennisation de places d’hébergement, mais aussi un renforcement des maraudes, sont au programme.

Le phénomène n’est pas nouveau, mais est devenu de plus en plus problématique dans la capitale. « Cela fait trente ans qu’on a du crack à Paris. Trente ans que nous n’avons pas réussi à mettre en place un dispositif et, là, nous le faisons comme cela doit être fait », se félicite Anne Souyris, adjointe à la Maire de Paris chargée de toutes les questions relatives à la Santé et aux relations avec l’AP-HP.

Un plan de lutte contre le crack à Paris a été signé ce lundi par la Ville de Paris, la préfecture de police, la préfecture de région d’Ile-de-France et l’agence régionale de santé (ARS). Objectif : endiguer le fléau dans le nord-est de la capitale et ce, jusqu’en 2022.

« Apporter de manière urgente des réponses »

« C’est un moment important et le résultat d’un travail de longue haleine conduit depuis près de dix-huit mois », explique le préfet de région Michel Cadot. Durant cette période, les différents acteurs – notamment la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives ( Mildeca) – ont évoqué la santé publique, l’augmentation du nombre d’usagers ou encore la tranquillité publique.

« C’est l’aboutissement d’un compromis », se réjouit Michel Cadot avant la signature de ce plan structuré autour de quatre objectifs : accompagner les usagers pour réduire les risques et favoriser les parcours de soin, renforcer les capacités d’hébergement et d’espaces de repos, intervenir dans l’espace public à destination tant des usagers que des habitants et, enfin, améliorer la connaissance des publics concernés.

« L’ambition de ce plan, c’est d’apporter de manière urgente des réponses aux riverains en garantissant l’ordre public ainsi que de sortir les consommateurs de crack du cercle infernal de l’addiction grâce à un accompagnement médical et social sur mesure », précise Michel Cadot. Six personnes sont mortes « depuis le début de l’année » dans les environs de la Colline, a rappelé Anne Souyris, à l’occasion de cette réunion.

Accompagnement, maraudes et hébergement

Ces quatre objectifs sont déclinés par le plan en 33 actions parmi lesquelles figurent : le financement à hauteur de 1,3 million d’euros par l’ARS Ile-de-France de l’accompagnement et de la prise en charge médico-sociale des usagers de drogues en errance. Sera également mis en place un effort d’un million d’euros de la Ville de Paris pour assurer le renfort des maraudes, le renouvellement des véhicules de maraude, l’accompagnement social des usagers et leur hébergement et une nouvelle maraude spécialisée « riverains, usages de drogues et médiation sociale ». Le plan prévoit aussi l’ouverture de 60 places de mise à l’abri à l’hôtel et la pérennisation de 80 places d’hébergement.

« La Ville de Paris a fait de la régulation de l’espace public et de la lutte contre l’insalubrité, une priorité, en engageant des moyens toujours plus conséquents. Ce plan est la première pierre d’un partenariat renforcé, qui permettra de répondre aux différentes problématiques sur les territoires concernés », abonde Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la Maire de Paris. De 2019 à 2021, près de trois millions d’euros seront chaque année mobilisés pour lutter contre le crack dans le Nord-Est parisien.

« Ce n’est pas une solution globale au problème »

Déborah Pawlik, conseillère de Paris LREM, groupe Parisiens progressistes, constructifs et indépendants, déplore un plan de lutte déjà en retard. « C’est une réaction bien tardive face à une situation humaine qui n’a cessé d’empirer depuis des mois. Les contours de cette annonce demeurent flous comme à l’accoutumée avec la Mairie de Paris. Quel sera, notamment, le suivi social, psychologique et médical de ces personnes ? Ce dispositif sera-t-il suffisant pour endiguer ce problème en deux ans ? », affirme-t-elle.

Et d’ajouter : « L’invasion du crack à Paris est un véritable fléau, il est urgent de s’en occuper de manière responsable. Nous attendons des réponses précises sur la lutte contre trafic de stupéfiants. »

La Mairie de Paris prévoit l’ouverture d'un espace de repos pour les toxicomanes. Ce lieu devrait voir le jour dans le secteur. Mais ce ne sera pas une salle. Les lieux de repos prévus par le plan «ne sont pas des lieux de consommation mais des lieux d'accueil bienveillants», selon le premier adjoint.Toutefois, une «zone de tolérance» pour fumer du crack autour de certains lieux de repos avec une présence plus souple de la police est envisagée, assurent plusieurs sources à l'AFP.