Les tenues de victimes de viol exposées dans un lycée pour briser les préjugés

REPORTAGE L’exposition « Viol, un autre regard », qui a fait une halte au lycée Eugène-Hénaff de Bagnolet (Seine-Saint-Denis), vise à briser les préjugés concernant les agressions sexuelles auprès de jeunes en classe de première

Juliette Desmonceaux

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Blandine Grégoire, directrice de l'association "Jeunes et Citoyenneté" a présenté l'exposition "Viol, un autre regard" à des lycéens de Bagnolet.
Blandine Grégoire, directrice de l'association "Jeunes et Citoyenneté" a présenté l'exposition "Viol, un autre regard" à des lycéens de Bagnolet. — Juliette Desmonceaux
  • L’exposition Viol, un autre regard part du vêtement porté par la victime de viol pour déconstruire les préjugés sur les agressions sexuelles.
  • Lancée par les associations franciliennes Jeunes et Citoyenneté et Est Ensemble, l’exposition a fait une halte en mai au lycée Eugène-Hénaff à Bagnolet (Seine-Saint-Denis).
  • Des élèves d’une classe de première ont visité l’exposition en compagnie de la directrice de Jeunes et Citoyenneté. L’occasion d’échanger sur un sujet difficile et de changer de regard sur cette question.

Accrochés sur un cintre, une longue doudoune beige et un pantalon large dessinent la silhouette d’une jeune femme. Un texte l’accompagne, dans lequel la victime raconte les circonstances de son viol. « Vous voyez, ça représente bien une agression, non ? », lance Blandine Grégoire, directrice de l’association Jeunes et Citoyenneté. « Elle était seule, sur un parking, le soir. Mais mince, elle ne portait pas de mini-jupe », fait-elle mine de s’étonner. «  Jupe ou pas, ça se fait pas ! », réplique une adolescente aux longues nattes.

Lancée au départ à Montreuil pour la Journée du droit des femmes, l’exposition Viol, un autre regard part d’un constat : les préjugés sur le viol restent tenaces. Pour y remédier, Blandine Grégoire, juriste et directrice de l’association Jeunes et Citoyenneté, et Elise Degeilh, responsable des Points d’accès aux droits, choisissent d’exposer les tenues que portaient des victimes de viol au moment de leur agression. Le vêtement marque le point de départ d’échanges sur ce sujet difficile entre Blandine Grégoire et une classe de première du lycée Eugène-Hénaff de Bagnolet (Seine-Saint-Denis) où s’est installée l’exposition vendredi dernier.

Le récit de Laurent, 6 ans, agressé par son frère, a marqué les lycéens

« C’est chaud ! », « Comment c’est possible ? » Deux adolescentes lisent, les yeux écarquillés un des panneaux de l’exposition rapportant le récit d’un viol. Sur chaque panneau, un préjugé sur le sujet est inscrit en larges lettres : « Si elle ne s’est pas débattue, c’est qu’elle était d’accord » ou encore « C’est pas un viol, c’est son mari ! » A côté, le récit de la victime est indiqué en petit, « pour montrer que la victime est seule face aux stéréotypes », explique Blandine Grégoire.

Comme beaucoup de ses camarades, pour Soyfia, 16 ans, élève de première ES, c’est l’histoire de Laurent, 6 ans, qui l’a le plus marquée. « C’est pas trop l’image habituelle qu’on a des agressions [sexuelles] en général. On voit que ça peut toucher tout le monde, même les hommes », explique-t-elle d’un ton grave.

Du côté de Téo, 16 ans, c’est surtout le lien familial entre l’agresseur et la victime – ils sont frères – qui choque. « J’ai un petit frère qui a le même âge que Laurent et je sais que quand on est petit, le grand frère, c’est un héros ! Je ne sais pas comment c’est possible de faire ça », s’attriste-t-il. Un sentiment d’autant plus fort avec la présence à l’exposition du pyjama à rayures du jeune garçon, portée au moment des faits. « C’est frappant. On visualise bien sa taille d’enfant », souligne-t-il.

« La meilleure protection, c’est la prévention »

Pour Blandine Grégoire, c’était le but recherché. « On est parties des vêtements car ça personnifie tout de suite les victimes », explique-t-elle. Le procédé permet aussi une approche différente sur les préjugés touchant au viol. « Ça montre que ce sont les vêtements de Madame Tout-le-Monde et que souvent ils sont moches ! Même les victimes pensent que si elles ne s’habillent pas sexy, elles ne se feront plus agresser, ce qui est faux », explique-t-elle.

Pour elle, il était particulièrement important que l’exposition fasse une halte dans un établissement scolaire. « La meilleure protection, c’est la prévention », répète-t-elle. « Les ados sont à un âge où ils commencent à avoir des petits amis ou petites amies donc il faut qu’ils sachent que ce n’est pas parce qu’ils disent oui à une chose qu’il faut dire oui à tout », développe-t-elle.

L’exposition s’inscrit dans un projet scolaire de longue durée pour l’établissement. Depuis quatre ans, le lycée Hénaff de Bagnolet fait travailler une de ses classes de première sur la thématique du viol. Au mois d’octobre, les élèves avaient notamment participé à la reconstitution d’un procès imaginé par la classe sur le sujet.

L’exposition est à présent amenée à se déplacer dans d’autres établissements scolaires et différents lieux publics (bibliothèque, hôpital…). « C’est important que l’expo soit dans des lieux de proximité où les gens passent et se sentent à l’aise. Ça libère la parole », affirme Blandine Grégoire.

L’exposition n’a pas encore d’autre date de prévue, mais est en cours de discussion avec plusieurs lieux en Seine-Saint-Denis.