Ile-de-France: Acheter un logement à Pantin coûte désormais plus cher que dans le centre de Lyon

IMMOBILIER Les prix moyens au mètre carré d’anciennes villes ouvrières comme Pantin et Montreuil sont désormais plus élevés que dans le très chic 6ème arrondissement de Lyon

Juliette Desmonceaux

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La ville de Pantin (Seine Saint-Denis) a connu 5,3% d'augmentation des prix de son immobilier entre 2017 et 2018.
La ville de Pantin (Seine Saint-Denis) a connu 5,3% d'augmentation des prix de son immobilier entre 2017 et 2018. — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • Les prix continuent de grimper à Paris. Le seuil des 10.000 euros le mètre carré a été franchi au premier trimestre 2019, selon une étude de Century 21.
  • Les banlieues proches de la capitale sont elles aussi touchées par cette tendance. Selon une étude de l’agence immobilière EffiCity, les prix dans d’anciennes villes ouvrières comme Pantin et Montreuil dépassent ceux des grandes villes de province.
  • Ces communes de la petite couronne profitent de politiques de « requalification urbaine » qui leur permettent de changer d’image, selon certains sociologues.

Vous trouvez que les prix immobiliers n’en finissent pas de grimper à Paris ? Le phénomène n’est sans doute pas près de s’arrêter et touche même aujourd’hui la proche banlieue. Parmi les 50 communes les plus chères de France, les 39 premières places sont occupées par des villes d’Ile-de-France, incluant des communes comme Pantin ou Montreuil en Seine-Saint-Denis, selon une étude publiée ce mercredi et réalisée par l’agence immobilière EffiCity sur les transactions immobilières effectuées en 2017 et 2018.

Avec l’augmentation des prix dans Paris, la capitale voit partir de nombreux habitants, on assiste à un « mouvement des jeunes couples en dehors de Paris », analyse Christophe du Pontavice, directeur général d’EffiCity et auteur de l’étude. Si la tendance n’est pas nouvelle, elle se conjugue désormais avec « la volonté de ne pas faire de concession sur la distance avec son lieu de travail », selon le directeur d’EffiCity.

Les Parisiens, qui souhaitent quitter la capitale, privilégient donc aujourd’hui la banlieue à un départ en province. En effet, « aujourd’hui, des primo-accédants qui n’ont pas d’apport fort de leur famille sont obligés d’aller dans ces communes. On ne peut plus accéder à la propriété dans Paris juste avec son salaire », affirme Emmanuel Trouillard.

Ile-de-France, région la plus chère de France

« Tous les prix sont en moyenne 2,5 fois plus élevés en Ile-de-France qu’à Lyon », indique Emmanuel Trouillard, chargé d’étude sur le logement à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Ile-de-France (IAU-ÎdF) et spécialiste de la métropolisation. En somme, l’Ile-de-France est la région la plus chère de tout le pays.

Mais cette augmentation des prix ne suffit pas à expliquer le succès de la petite couronne, auprès des Parisiens qui veulent acheter une nouvelle maison. Entrent également en jeu un « effet Grand Paris » et un « effet métro » selon Anne-Claire Davy, sociologue spécialisée dans l’habitat et chargée d’étude sur les questions de logement à l’IAU-ÎdF. Pour la chercheuse, ces communes profitent directement du prolongement progressif des lignes RATP dans la région. D’autant que « l’Ile-de-France reste le plus  grand réservoir d'emplois en France et de loin », rappelle Emmanuel Trouillard. Pour ces deux raisons, les villes de banlieues proches apparaissent aujourd’hui comme la solution idéale pour les primo-acquéreurs.

Un tournant au début des années 2000

Parfois surnommé le « petit Brooklyn » ou le « 21e arrondissement de Paris », Montreuil a connu de nombreux travaux de rénovations ces dernières années. Une « politique de requalification urbaine » qui a « sans doute accéléré » l’arrivée des Parisiens dans les communes proches de la capitale.

Cette évolution a des raisons d’ordre politique, explique Emmanuel Trouillard de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Ile-de-France. Pantin ou encore Montreuil sont des communes qui sont ou ont été tenues par le Parti communiste (PC). Ces villes « ont été très peu accueillantes pendant des décennies vis-à-vis des acteurs privées. Il y a eu ensuite un revirement au début des années 2000 lorsqu’elles sont passées au Parti socialiste ou à droite », développe le spécialiste de la métropolisation. « Même dans les communes restées au PC, cette politique n’était plus tenable et elles se sont ouvertes aux investisseurs », ajoute-t-il.

Aujourd’hui, des villes comme Pantin accueillent beaucoup d’anciens Parisiens en quête d’espace. Parmi eux, surtout des « professions intellectuelles ou créatives précaires » qui n’ont plus les moyens de vivre dans la capitale, selon Anne-Claire Davy. « On observe des processus comparables dans toutes les métropoles internationales », précise-t-elle.

Les banlieues veulent renouveler leur image

Pour continuer d’attirer des Parisiens, les communes franciliennes se renouvellent. A Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), la ville bataille pour séduire des entreprises. « Ce déplacement économique attire de nouvelles populations, mais aussi des promoteurs qui financent un type d’habitat plus haut de gamme », explique Christophe du Pontavice.

La commune de Vitry (Val-de-Marne) tente de son côté de se débarrasser des représentations négatives qui lui sont rattachées. L’ancienne ville ouvrière « travaille à valoriser cette identité tout en renouvelant son image », indique Anne-Claire Davy, évoquant « un travail sur l’imaginaire collectif de l’avenir de la ville » ou encore « la valorisation de spécificités culturelles locales » à travers notamment des balades de street art.

Pour d’autres communes, notamment en Seine-Saint-Denis, où de nombreux habitants vivent dans une grande pauvreté et dans des logements très dégradés, l’attractivité reste faible. « Le changement d’image sera plus long et plus difficile », soutient la chercheuse.