«Paris est moche», selon Jeunet... Qu'en dit-on au comptoir du café des Deux Moulins, le QG d'Amélie Poulain?

SOCIETE Dans une interview, Jean-Pierre Jeunet, le réalisateur du « Fabuleux destin d’Amélie Poulain » a affirmé que Paris était « moche » à cause des travaux dans la capitale

Romain Lescurieux

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Le café des Deux Moulins, rue Lepic (18e arrondissement)
Le café des Deux Moulins, rue Lepic (18e arrondissement) — ERIC FEFERBERG / AFP
  • Jean-Pierre Jeunet a affirmé au site IndiWire consacré au cinéma indépendant avoir refusé d’adapter en série télévisée Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain. Il a également dit « Paris est moche ».
  • Au comptoir du café des Deux Moulins (18e arrondissement), décor phare du film, les avis sont partagés.

Un « joyeux anniversaire » est lancé à la cantonade autour du zinc. Il est 9h15 ce mercredi, le serveur du café des Deux Moulins, rue Lepic dans 18e arrondissement de Paris, fait péter une roteuse. « Boire du champagne le matin, il n’y a qu’ici que l’on voit ça », rigole-t-on derrière le comptoir. Des habitués trinquent aux cinquante ans de l’un des leurs, alors que des touristes entrent dans le rade pour prendre en photo ce qui a servi de décor au cultissime Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, il y a près de vingt ans.

Le réalisateur Jean-Pierre Jeunet a donné récemment une interview à Indiwire, site consacré au cinéma indépendant. Il y explique notamment travailler sur « un faux documentaire avec tous les documents déclassifiés » et avoir refusé d’adapter en série télévisée son film. Et puis, il y a eu cette phrase : « Ce ne serait pas la même actrice, ce serait bas de gamme car ce ne serait pas le même budget et à Paris aujourd’hui, il est tellement difficile de tourner à cause de tous les travaux un peu partout. Paris est moche aujourd’hui. Je ne veux pas faire une suite ni une série. » Le « Paris est moche » est repris dans tous les médias et sur les réseaux sociaux. « Ah non, on ne va pas encore parler de ça », s’agace un serveur. « On est moches nous avec nos coupes de champagne ? », rigole une cliente. Constance, 35 ans, se lance quand même.

« Paris reste extraordinaire »

« Paris fait toujours partie des plus belles villes du monde mais effectivement il y a des améliorations à faire quant à la propreté mais Paris reste extraordinaire », explique cette commerçante du quartier. « Le café des Deux Moulins aussi auraient besoin de quelques travaux, mais il reste mythique, beau et chaleureux. Après cette sortie de Jean-Pierre Jeunet, certains ont relevé que le « fabuleux Paris d’Amélie Poulain n’existait plus ». Mais a-t-il seulement existé ? « C’était très enjolivé. Nous, les Français, les Parisiens, on ne se reconnaît pas dans ce film ! », s’exclame-t-elle. « Ce sont uniquement les touristes qui aiment cette vision de Paris. »

Romain, 32 ans, est attablé en terrasse. Lui aussi. Ce Parisien, qui traîne « souvent dans le coin » ne note pas un changement notable du « décor » parisien. « Ce quartier reste vivant, on croise beaucoup de monde et il se passe des choses », se réjouit-il. Derrière le comptoir, le serveur reste dubitatif. « Jean-Pierre Jeunet a dit ce qu’il pensait. Chacun son point de vue. Mais aujourd’hui tout fait polémique », regrette-t-il. Mais a-t-il vraiment prononcé cette phrase ?

« A l’heure actuelle on ne pourrait pas utiliser les décors »

L’agent de Jean-Pierre Jeunet, qui a appelé le réalisateur, raconte à Check News : « Il m’a expliqué qu’on lui a posé la question au détour d’un couloir, il a répondu qu’il ne pourrait pas fait de suite car se poserait la question de l’actrice mais aussi qu’il ne pourrait plus utiliser les mêmes décors en raison des travaux dans Paris. On sait que les chantiers vont disparaître, mais à l’heure actuelle on ne pourrait pas utiliser les décors ».

La mairie a de son côté rappelé que des milliers de tournages se tournent encore à Paris, et même de plus en plus. 1.062 tournages ont été réalisés dans la capitale en 2018, représentant 4.095 jours de tournage.

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