Ikea à Paris: «Privatisation» du quai, vigiles… La pub sur le quai de la station Madeleine agace

SOCIETE Cette installation publicitaire qui a été mise en place ce lundi pour une semaine, énerve associations et élus parisiens

Romain Lescurieux

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L'installation publicitaire d'Ikea à la station Madeleine
L'installation publicitaire d'Ikea à la station Madeleine — R.LESCURIEUX / 20Minutes

Ikea a inauguré ce lundi à Madeleine (1er arrondissement) son premier magasin au monde en centre-ville. Et il est difficile de passer à côté : ouverture en grande pompe, confettis, performances artistiques, présence d’élus, file d’attente sur le trottoir et communication massive sur les réseaux sociaux… Mais l’hystérie pour une bibliothèque Billy ne s’arrête pas là. Un des quais du métro de la station Madeleine (ligne 12) a été entièrement relookée aux couleurs du géant suédois de l’ameublement, et ce jusqu’à dimanche.

Des chaises, des peluches, des lampes et autres tables basses s’alignent donc sur le mur à la vue des milliers de voyageurs qui s’y arrêtent ou y passent. Le tout sous le regard de trois agents de sécurité d’Ikea, postés sur le quai pour « surveiller et protéger » l’installation publicitaire. « Il y a des gens qui ont essayé d’arracher des objets. Si nous n’étions pas là, tout serait déjà parti », indique l’un d’eux, alors que des voyageurs prennent des photos de cette pub grandeur nature. Un « joli coup de com’» pour certains, un « scandale » pour d’autres.

« Ikea achète la privatisation du quai »

« C’est scandaleux et hautement agressif », s’exclame Khaled Gaiji de l'association Résistance à l'Agression Publicitaire (RAP). « Nous nous opposons à ce dispositif. Nous voulons réguler la publicité dans l’espace public et dans les transports en commun où c’est la loi de la jungle », ajoute-t-il. Dans la rue, la publicité est en effet régie par différents codes. Le code de l’environnement qui encadre la publicité à l’extérieur dans les villes, accompagné d’un  règlement local pour la publicité (RPL). Mais la RATP, n’y est pas soumise. Ce qui fait enrager l’association Résistance à l’Agression Publicitaire.

« La RATP fixe ses propres règles et considère même que la pub est une animation. Et elle nous prend depuis des années pour des cobayes publicitaires », pestait Thomas Bourgenot, autre membre du collectif, à l’époque où Nike avait installé une pub sous forme d’image subliminale sur la ligne 9. « Arrêtons ces abus. Il faut un règlement », juge Khaled Gaiji. Enfin, quid du contrat entre la RATP et l’enseigne suédoise ?

Le contrat a été passé par entre Ikea, Ubi Bene, qui a mis en place la campagne et Média Transports, la régie publicitaire de la RATP. Contactée l’agence Ubi Bene n’a pas répondu à nos sollicitations. Contacté par 20 Minutes, Média Transports ne souhaite pas indiquer le montant du contrat mais rappelle son « rôle ». « Dans le cadre de nos opérations événementielles nos clients achètent de l’espace publicitaire. Là, l’annonceur achète la privatisation du quai », conclut-on. De quoi faire bondir certains élus.

Un « appel à la surconsommation, jusqu’à la nausée »

« La pub n’a décidément aucune limite ! La station Madeleine transformée en showroom Ikea, vigiles inclus. Toute cette pub partout, cet appel à la surconsommation, jusqu’à la nausée. Un autre modèle est possible ! », a tweeté David Belliard, président du groupe écologiste de Paris qui se « bat pour une ville sans pub ». « Là, on nous [l'] impose, nous sommes pris au piège », précise-t-il à 20 Minutes. Il y a quelques mois le groupe écologiste avait déjà déploré la volonté d’Ikea d’installer six bains bouillonnants sur les quais des Grands-Augustins, qualifiant l’opération – orchestrée par Ubi Bene – d’« aberration écologique et de gaspillage énergétique complet ».

A chaque fois, le groupe rappelle que l’entreprise suédoise est loin d’être « parfaite » sur le plan environnemental, précisant qu’elle est le plus gros consommateur de bois commercial sur la planète, dont une partie provient « d’origines illégales ». L’enquête de Cash Investigation « Razzia sur le bois, les promesses en kit des géants du meuble » montrait notamment les saignées réalisées par ce géant de l’ameublement sur les forêts de Transylvanie en Roumanie ou la destruction d’arbres centenaires dans le nord de la Russie, souligne le groupe. Concernant la publicité dans les transports, le groupe écolo demande qu’une charte soit signée avec la RATP pour que la publicité soit « régulée et modérée ».