Elections européennes: Paris lance un dispositif d'aide aux handicapés mentaux pour qu'ils puissent voter

HANDICAP Les personnes en situation de handicap psychique bénéficieront pour la première fois du droit de vote lors du scrutin européen le 26 mai prochain. Les associations saluent une évolution qui doit permettre aux personnes sous tutelle d’exercer un «acte citoyen»

Juliette Desmonceaux

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Edgar, 20 ans, devant un isoloir dans la mairie du IIIe arrondissement de Paris.
Edgar, 20 ans, devant un isoloir dans la mairie du IIIe arrondissement de Paris. — Juliette Desmonceaux
  • Une loi datée du 23 mars dernier autorise les personnes sous tutelle à voter pour l'ensemble des scrutins. Aurparavant, elles devaient faire une demande spécifique.
  • La mairie de Paris a lancé un dispositif test pour l'élection européenne pour accompagner cette évolution législative. Des vidéos pédagogiques ont été notamment diffusées auprès du public concernés et des bureaux de vote. 
  • Près de 300.000 personnes en France pourraient bénéficier de ce changement législatif. Certaines présentent des troubles autistiques ou une déficience intellectuelle. 

Qu’elles présentent une déficience mentale ou des troubles du spectre autistique, les personnes sous tutelle pourront toutes glisser un bulletin dans l’urne sans avoir besoin de faire une demande particulière pour la première fois le 26 mai prochain lors du scrutin européen. Cette évolution, votée le 23 mars dernier, faisait partie des dix «nouvelles actions» d’Edouard Philippe pour « simplifier la vie des handicapés ». Pour l’accompagner, la mairie de Paris lance un dispositif pédagogique qu’elle a présenté ce jeudi.

Le projet prévoit une vidéo pédagogique à destination de ces futurs électeurs, pour les informer de leur nouveau droit, et une autre pour les bureaux de vote, afin qu’ils puissent aider au mieux ces personnes à voter. Des affiches explicatives seront également accrochées dans les lieux de vote. L’objectif du dispositif est de permettre aux personnes en situation de handicap psychique d'« exercer leur citoyenneté » affirme Nicolas Nordman, adjoint à la maire de Paris en charge du handicap.

Une forme de handicap souvent « oubliée »

Chez Edgar, 20 ans, souffrant de troubles psychiques, la vidéo pédagogique a rempli ses objectifs : le jeune homme connaît parfaitement le déroulé du vote. « On prend un bulletin, on va dans l’isoloir, on donne son nom et on le met dans l’urne », énumère-t-il. Le jeune homme, en formation dans un établissement spécialisé, se dit bien décidé à voter le 26 mai. Il salue auprès de 20 Minutes une nouvelle loi selon lui nécessaire : elle montre que les personnes en situation de handicap sont « comme tout le monde » et peuvent aussi donner leur opinion.

A quelques semaines du scrutin, le projet a déjà commencé dans les établissements spécialisés. « On a montré les vidéos aux personnes qu’on accompagne dans nos centres et on a eu des retours très positifs, ils étaient très intéressés » raconte à 20 Minutes Mickaël Haïk, chef de service à la Fondation Casip-Cojador qui accueille notamment des personnes handicapées. « C’est positif car les maladies psychiques sont souvent un peu oubliées parmi les handicaps », précise-t-il.

« La vidéo est un très bel outil pédagogique pour les personnes concernées »

Marc Colmar, élu au Conseil département de l’Association des paralysés de France (APF) acquiesce. « La vidéo est claire et simple. C’est un très bel outil pédagogique pour les personnes concernées » souligne-t-il. Handicapé moteur, Marc Colmar a lui-même déjà été confronté à des difficultés pour voter à cause son fauteuil roulant et salue un projet selon lui nécessaire pour accompagner le changement de loi. « C’était important de rappeler aux assesseurs les droits de ces personnes et comment ils peuvent les aider », affirme-t-il.

Au total, près de 300.000 Français actuellement sous tutelle pourraient bénéficier de ce changement de loi. Pour l’adjoint au maire en charge du handicap, le projet pourrait aussi bénéficier plus largement aux personnes âgées qui « sont parfois déroutées et ne comprennent plus comment se déroule un vote. Nous espérons que le dispositif sera perçu comme un appel et qu’il sera repris dans d’autres villes. »