Paris: A-t-on le droit de jouer de la guitare dans les parcs et jardins ?

SOCIETE Un jeune homme de 24 ans a été verbalisé pour avoir joué de la guitare dans le jardin du Luxembourg

Romain Lescurieux
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Le sénat possède le Palais du Luxembourg ainsi que ses jardins et des dépendances, à Paris.
Le sénat possède le Palais du Luxembourg ainsi que ses jardins et des dépendances, à Paris. — MASTAR/SIPA

Peut-on jouer Jeux Interdits ou encore Hotel California en toute liberté à Paris ? Il semblerait que non. « J’ai été puni comme un délinquant par la loi pour avoir joué de la musique », débute, Léo Arguillère Toussaint, sur son compte Facebook.

Procès-verbal et insultes

Dimanche dernier, ce jeune homme de 24 ans, était avec des amis au Jardin du Luxembourg (6e arrondissement), pour profiter du soleil et enchaîner quelques accords de guitare. C’est alors qu’un « premier agent de sécurité vient nous sommer d’arrêter. Il rejette sèchement nos interrogations : il n’a pas d’explication à nous donner », poursuit-il. Mais un deuxième agent du Sénat, auquel appartient le jardin, revient pour dresser un procès-verbal au jeune homme. Le motif : « A joué dans le jardin du Luxembourg de la guitare sans autorisation spéciale ». L’agent va même jusqu’à insulter Léo.

« C’est bien il ne porte pas ses couilles le jeune homme, c’est une fiotte. Moi je croyais qu’au moins tu irais au bout du truc pour faire l’intéressant devant tes copains mais même pas », aurait dit l’agent. Face à une situation d’« infantilisation, d’humiliation et d’insultes homophobes », Léo s’est rendu ce vendredi au commissariat du 15e arrondissement pour déposer plainte contre l'agent du Sénat pour propos homophobes, annonce-t-il. « Le dossier est clos. J’ai passé une semaine éprouvante et j’aimerais retourner à mes projets en toute sérénité », conclut-il. Quid de jouer de la guitare dans les parcs et jardins de la capitale ?

Un règlement spécifique au Jardin du Luxembourg

Jouer de la musique dans les parcs et jardins est toléré à Paris. « Un peu de musique en début de soirée, c’est oui. En revanche, la musique amplifiée à 1h ou le djembé à 3h, c’est non », affirmait auprès de 20 Minutes, Pénélope Komitès, adjointe à la maire de Paris en charge des espaces verts, de la nature, de la biodiversité, à l’occasion des ouvertures de parc la nuit durant l’été. Cette « logique » s’applique également en pleine journée.

Selon la réglementation générale des parcs, jardins et espaces verts de la Ville de Paris, « toutes les activités de loisirs sont autorisées sous réserve qu’elles n’apportent pas de trouble au confort des autres usagers et n’entraînent pas de dégradations ni de dommages à la faune et à la flore », lit-on dans l’article 8 qui précise : « sont notamment interdits les bruits gênants par leur intensité, leur durée, leur fréquence ou leur caractère agressif, en particulier ceux produits par les instruments de musique et de percussion, et par la diffusion de musique amplifiée, sauf dérogation préalable ». Ce qui permet globalement de jouer de la guitare sèche. Sauf qu’un règlement spécifique s’applique dans le Jardin du Luxembourg.

« L’usage d’instruments de musique est soumis à autorisation spéciale », mentionne l’article 6 du Règlement du Jardin du Luxembourg, qui liste un certain nombre de règles. En cas de non-respect, les amendes forfaitaires peuvent aller de 4 à 135 euros, voire 375 euros, rappelle Le Parisien. « Je paierai si je reçois l’amende car elle est justifiée » a reconnu le jeune homme auprès du quotidien. Avec les beaux jours, le sujet des musiciens dans l’espace publique revient chaque année, notamment près du Canal Saint-Martin.

Et dans la rue ?

« La guitare sèche jusqu’à 22 heures, ça va. Mais les tam-tams, trompettes et sonos après cette heure-ci sont un vrai problème. D’autant qu’au début les gens jouent, ils chantent, puis ils hurlent », s’insurgeait il y a quelques années auprès de 20 Minutes, Bertrand Lukacs, président de l’association des riverains du canal Saint Martin.

En 2015, par exemple, près de 70 instruments de musique avaient été confisqués par les forces de l’ordre : « Au début, nous observions et nous demandions aux personnes d’aller plus loin ou d’arrêter. Ce qui fonctionne un temps, puis ça recommence. La seule solution est donc de confisquer », assurait une source proche du commissariat du 10e arrondissement.