«Balance Ton Metro»: Des voyageuses demandent à la RATP de lutter contre le harcèlement et agressions sexuelles

TRANSPORT Depuis plusieurs jours, des femmes interpellent la RATP sur Twitter avec le hashtag #BalanceTonMetro en racontant les agressions sexuelles et les harcèlements subis dans les transports en commun parisiens

Marie de Fournas

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Campagne d'affichage #BalanceTonMetro
Campagne d'affichage #BalanceTonMetro — Samuel Béguin - Designer Graphique
  • Lundi 22 avril, Anaïs Leleux raconte sur Twitter comment elle s’est fait suivre et coller par un homme dans les transports sans trouver de l’aide auprès des dispositifs mis en place par la RATP pour éviter ce genre d’agressions.
  • Suite au manque de réponse de la RATP, le hashtag #BalanceTonMetro est né sur les réseaux afin d’inviter les femmes à raconter les fois où elles ont été victimes de harcèlement ou d’agressions dans les transports

 

La RATP protège-t-elle assez les usagères des agressions sexuelles et du harcèlement dans les transports en commun parisien ? Depuis quelques jours sur Twitter, des femmes répondent « non » à cette question avec le hashtag #BalanceTonMétro, devenu viral. Toutes racontent comment, une ou plusieurs fois dans les transports, elles ont été victimes de ce genre d’agissements. Beaucoup dénoncent le manque d’action de la RATP.

« Des agents RATP vérifiaient mon titre de transport, un type passe et me touche les fesses avant de partir en courant. “Ce n’est pas notre boulot de prendre ce type de plaintes, on s’occupe des billets. Et puis ça va… Vous allez bien donc bon…” », raconte Elodie. « Bordel faites quelque chose, c’est trop demander de vouloir voyager en sécurité ? », interroge une seconde internaute en interpellant le compte Twitter de la RATP.

« J’ai voulu appeler à une borne, mais ça n’a pas répondu »

Tout a débuté le 22 avril, lorsque Anaïs Leleux, membre de NousToutes, une communauté luttant contre les violences sexistes et sexuelles, a raconté sur Twitter avoir été suivie et collée par un homme dans l’escalator et sur son strapontin. « J’ai voulu appeler à une borne, mais ça n’a pas répondu tout de suite et l’homme me suivait, donc j’ai fui », explique à 20 Minutes à la jeune femme dénonçant un système inadapté à ce genre de situation.

Pour cette même raison, elle n’appelle d’ailleurs pas le numéro d’urgence. « Il ne s’agit pas d’une ligne dédiée. Vous pouvez l’appeler pour le vol de votre sac à main, donc à l’autre bout du fil il n’y a pas d’agents formés spécifiquement sur ces questions », explique celle qui assure avoir déjà eu de mauvaises expériences. Elle tombe finalement sur un agent qui aurait pris son signalement en affirmant en avoir des comme ça « tous les jours » et que cela « ne servira pas à grand-chose ».

« Culpabilisation des victimes »

Anaïs Leleux décide alors d’interpeller directement le service client RATP sur Twitter. Un community manager lui répond d’aller porter plainte et ajoute que « si aucune plainte n’est déposée, les images de vidéosurveillance ne pourront être bloquées et cette situation risque de se renouveler ». La goutte d’eau. « Culpabilisation des victimes épisode 47799900. Si cette situation se renouvelle c’est que ce mec est un prédateur et la RATP des incompétents. Certainement pas à cause de moi », tweete-t-elle en réponse.

Avec d’autres membres de la communauté NousToutes, mais aussi du collectif Les effrontées, Anaïs Leleux décide de ne pas en rester là. Mercredi 24 avril matin, un petit groupe se rend sur la ligne 8 à Filles-du-Calvaire, muni d’affiches détournant les noms de stations de métro. Des « Marcel Sembat les couilles, il peut me harceler sans se faire condamner », ou bien un « Balance ton porc royal », en passant par « Bienvenue à Pervers Lachaise ».

« En tant que transporteur, la RATP doit garantir ma sécurité »

Mais le groupe ne compte pas en rester là. « En tant que transporteur, la RATP doit garantir ma sécurité, ils ont une obligation de résultat. Il y a ce contrat entre nous à partir du moment où j’achète mon titre de transport », explique Anaïs Leleux en s’appuyant sur le Code civil. Cette dernière nous assure que son avocate travaille donc actuellement sur une assignation au civil de la RATP qui sera remis à l’entreprise par voie d’huissier.

De son côté, la RATP assure mettre déjà en place de nombreux dispositifs pour lutter contre le harcèlement et les agressions : 5.300 agents en gares et stations, 1.000 agents du Groupe de protection et de sécurisation des réseaux (GPSR), 5.000 bornes d’appel, 50.000 caméras, un numéro d’appel d’urgence 3117 ou 31177 par SMS.

Les agents formés « à la prise en charge des victimes de harcèlement »

Le réseau de transport indique également que « tous les agents RATP en contact avec les voyageurs reçoivent une formation dédiée à la prise en charge des victimes de harcèlement […] élaborée en partenariat avec la Mission interministérielle de protection des femmes contre les violences et de lutte contre la traite des êtres humains ».

Enfin plusieurs campagnes de communication sur le harcèlement ont été lancées par la RATP. « Il faudrait qu’elles soient plus massives et efficaces que la dernière datant de 2018 où les affiches figurent les agresseurs par des animaux. Je ne me suis jamais fait agresser par un ours, mais par des hommes », rétorque Anaïs qui propose par exemple que la RATP fasse appel à des expertes en la matière pour améliorer son application ou réaliser des campagnes.