Vague de suicides dans la police: «Malheureusement, pour se suicider, nous avons la solution à la ceinture»

REPORTAGE Deux policiers se sont suicidés jeudi, portant à 28 le nombre de fonctionnaires s’étant donné la mort depuis le début de l’année. Ce vendredi, leurs collègues se sont réunis devant les commissariats

R.L.

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Des policiers en deuil. (Illustration)
Des policiers en deuil. (Illustration) — F. Hernandez / 20 Minutes
  • L’ensemble des syndicats de police ont appelé à des rassemblements ce vendredi après le suicide de deux de leurs collègues jeudi.
  • « Les journées dramatiques s’enchaînent à un rythme insoutenable et jamais connu », estime l’intersyndicale.

« Nous demandons à avoir une vraie vie de famille. Nous n’avons de plus de vie sociale », déplore ce vendredi une policière devant le commissariat du 13e arrondissement. « Nous n’avons pas de répit, nous sommes quasi en activité en non-stop avec beaucoup de pression », ajoute celle qui avec un collègue tente de se souvenir du dernier « vrai week-end » qu’elle a eu. « Avant novembre 2018 », estime-t-elle, entourée de nombreux autres fonctionnaires de police. Et pour cause.

L’ensemble des syndicats de police ont appelé à des rassemblements ce matin « devant leurs services respectifs ». Ils demandaient à être reçus « en urgence » par Christophe Castaner, après deux nouveaux suicides de policiers jeudi, portant à 28 le nombre de fonctionnaires s’étant donné la mort depuis le début de l’année.

« Lutter contre les suicides dans la police doit devenir une cause nationale »

« La situation de mal-être est ressortie avec les “gilets jaunes”. Nous travaillons plus mais nous ne sommes pas payés plus et nous commençons à accumuler. Là, nous allons avoir encore de nombreuses journées de manifestations à couvrir, le 1er mai notamment », estime un policier avant de préciser : « Il ne va pas falloir trop tirer sur la corde ». « Heureusement, il y a la solidarité la cohésion entre nous mais il suffit d’un jour plus compliqué qu’un autre… et malheureusement, pour se suicider, on a la solution à la ceinture », se désole une fonctionnaire de police.

« Le plan de lutte contre les suicides dans la police doit devenir une cause nationale et être décrété priorité ministérielle », a réclamé l’intersyndicale de la police dans un communiqué. « Les journées dramatiques s’enchaînent à un rythme insoutenable et jamais connu », estime l’intersyndicale. Selon des sources policières et syndicales, une capitaine de police de la sûreté départementale de l’Hérault s'est suicidée jeudi matin dans son bureau à Montpellier avec son arme de service.

Un autre policier a été retrouvé jeudi en début d’après-midi à son domicile à Villejuif (Val-de-Marne), a-t-on également appris de sources policières et syndicales. Agent de la Direction de l’ordre public et de la circulation de la préfecture de police de Paris, ce policier de 25 ans s'est suicidé par arme à feu. Il appartenait à la division régionale de la sécurité routière et intervenait dans les écoles. « Des mesures fortes et immédiates doivent être prises sans délai », affirme l’intersyndicale. Tant la situation de mal-être perdure depuis longtemps, selon certains.

« Un tabou »

« Les suicides dans la police ont longtemps été cachés, c’était un tabou », estime Michel, policer retraité venu soutenir les policiers en activité. « Mais aujourd’hui les conditions de travail semblent encore plus se dégrader, beaucoup de postes ont été supprimés, il y a aussi de moins en moins de reconnaissance et une course aux chiffres. La pression est très forte notamment sur les jeunes qui arrivent. Ils n’osent plus dire non. En plus, ils sont sous-payés et doivent assurer une vie en Ile-de-France », s’agace-t-il.

Vendredi dernier, Christophe Castaner en visite à l’hôpital des gardiens de la paix à Paris, a promis une accélération dans la mise en œuvre du plan anti-suicides lancé en 2018 par son prédécesseur, Gérard Collomb. Il a également annoncé la création d’une « cellule alerte prévention suicide » pour la police nationale en assurant que le suicide n’était pas une « fatalité ». Un numéro de téléphone dédié, disponible 24h/24, permettra en outre de signaler les risques et de mettre les personnes en souffrance en relation avec des psychologues.