Expéditions punitives contre des Roms: Trois jeunes hommes condamnés à de la prison

PROCES Trois jeunes hommes ont été condamnés à des peines de prison allant de 8 mois de prison avec sursis à 10 mois ferme par le tribunal de Bobigny pour des violences commises contre des Roms à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, le 25 mars dernier

Marie de Fournas

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L'entrée du palais de justice de Bobigny (Seine-Saint-Denis).(Illustration.)
L'entrée du palais de justice de Bobigny (Seine-Saint-Denis).(Illustration.) — Clément Follain / 20 Minutes
  • Quatre individus étaient jugés par le tribunal de Bobigny ce mercredi pour leur implication dans une expédition punitive dans un camp de Roms en mars dernier à Clichy-sous-Bois.
  • A cette époque, plusieurs actions de ce genre ont eu lieu dans diverses villes de Seine-Saint-Denis, après que des rumeurs ont tourné sur les réseaux. Elles affirmaient que des Roms kidnappaient des enfants.

Le tribunal de Bobigny a condamné trois jeunes hommes à des peines allant de 8 mois de prison avec sursis à 10 mois ferme pour des faits de violences, notamment à l’encontre de la communauté Rom à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Un quatrième a été relaxé faute d’élément. Originaires de Montfermeil, tous ont nié les faits qui leur étaient reprochés.  Lors de leur comparution immédiate le 27 mars, un avocat avait demandé le report de l’audience à ce mercredi.

Pour contextualiser les faits, la juge lit l’audition d’un mineur interpellé comme eux, le dimanche 25 mars. Ce jour-là, vers 20 heures, une cinquantaine de personnes se réunit sur le parking d’Auchan à Clichy-sous-Bois, « pour se faire vengeance eux-mêmes ». Car depuis quelques jours, une fausse rumeur se répand sur les réseaux sociaux : des Roms sillonneraient la Seine-Saint-Denis à bord d’une camionnette blanche et tenteraient d’enlever des enfants.

« Roué de coups de pied et de pelles directement dans la tête »

« Je sortais du travail et allais m’acheter à manger. J’ai vu ce groupe et je suis allé voir par curiosité », assure à la juge Yahya S., 22 ans, en reconnaissant qu’il avait eu vent des accusations. Il explique avoir ensuite suivi, sans poser de questions, ces personnes armées de pelles et de pierres, jusque devant une maison squattée par des Roms. La « curiosité », est également évoquée par Samir B., préparateur de commande chez Amazon, pour justifier, lui aussi, sa présence sur ce même lieu alors qu’il rentrait du travail.

Deux policiers sont présents lors du procès. Ils patrouillaient en voiture ce soir-là, quand une femme appartenant à la communauté Rom a surgi au milieu de la route, en pleurs, en les suppliant d’intervenir. Plus loin, ils aperçoivent un homme au sol en train d’être « roué de coups de pied et de pelle, directement dans la tête ». Les deux agents évoquent un acharnement de violence.

« Wala on va s’en faire un »

Après avoir lancé une grenade de désencerclement, la victime appartenant à la communauté Rom, « apeurée, avec les vêtements en sang et déchirés » se réfugie derrière les policiers. Mais le groupe ne semble pas perdre son objectif de vue et s’avance vers eux en criant : « Wala on va s’en faire un ». Yahya S., qui, selon eux, fait formellement partie des agresseurs et tient une pierre à la main, est arrêté à sur place.

Yahya S. se débat violemment et appelle les autres à lui venir en aide. A tel point que le chef des policiers se menotte au jeune homme. Un geste « qui n’arrive jamais », précise son collègue. Mais le groupe continue de se montrer hostile et donne même des coups aux fonctionnaires. Parmi eux, Samir B. est formellement identifié comme l’individu « le plus virulent qui tire Yahya S. pour le libérer ». Face à la juge, Samir B. affirme pourtant qu’il ne s’agit pas de lui et qu’il n’a même pas « vu d’interpellation ». Entre-temps, les Roms se trouvant dans la maison se sont enfuis sur le parking d’Auchan.

« Vas-y attaque »

Sur ce parking, la police déclare avoir vu Marwen S. lâcher un molosse « contre une trentaine de personnes Roms, dont des femmes et des enfants, en criant "vas-y attaque" ». « C’est un chien de la race bully, il s’appelle Simba, explique l’accusé en niant avoir crié cet ordre. Les gens courraient, mon chien n’était pas attaché donc il a couru aussi, mais il n’a jamais mordu personne. »

Selon la police, Marwen S. a dit que sa petite sœur de 14 ans avait été enlevée par des Roms. « C’est faux », dément le prévenu, connu des services de police pour une dizaine de délits commis lorsqu’il était mineur. La jeune fille expliquera à la police qu’elle a en réalité paniqué car beaucoup de Roms se trouvaient dans le supermarché et qu’elle a donc appelé sa mère, qui a ensuite appelé son fils pour qu’il aille chercher sa sœur.

« Les policiers mentent, je n’avais pas de pierre à la main »

Quant au quatrième jeune homme âgé de 18 ans, il explique s’être retrouvé par hasard dans le chaos alors que sa mère lui avait demandé d’aller faire "des petites courses" à Auchan. « Il y avait des gens qui courraient, criaient, des Flash-Ball… J’ai pas cherché à comprendre, j’ai couru aussi. » De leur côté, les policiers ont déclaré avoir poursuivi le jeune homme qui les fuyait et qu’ils avaient vu une pierre à la main. « Les policiers mentent, je n’avais pas de pierre à la main », assure-t-il.

Le délibéré est finalement tombé. Yahya S. écope de 10 mois de prison ferme sans mandat de dépôt, pour avoir commis des violences à l’égard d’un individu en raison de sa race et pour avoir résisté avec violence à deux fonctionnaires de police. Samir B. s’en sort avec 8 mois de prison avec sursis pour être complice, d’avoir résisté avec violence à deux fonctionnaires de police. Marwen S. est condamné à 6 mois de prison ferme avec mandat de dépôt pour avoir volontairement exercé des violences envers des Roms sans entraîner de jours d’ITT en envoyant son chien. Faute d’élément, aucune peine n’a été retenue contre les quatre individus concernant leur possible participation à la formation d’un groupe en vue de préparer des violences.