«La peur doit changer de camp»... Des brigades de sécurité dans les lycées d'Ile-de-France

EDUCATION La présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse a présenté ce lundi matin au lycée Frédéric-Bartholdi de Saint-Denis, les premières brigades de sécurité dans les lycées, dans une ambiance houleuse

R.L.

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Une « brigade de sécurité dans les lycées »
Une « brigade de sécurité dans les lycées » — R.LESCURIEUX / 20Minutes
  • Des enseignants déplorent la méthode, l’uniforme et le manque de moyens des brigades de sécurité.

Un déplacement mouvementé. La présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a présenté ce lundi matin au lycée Frédéric-Bartholdi à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), les premières brigades de sécurité dans les lycées. Uniforme bleu nuit, gants en cuir à la ceinture, chaussures de sécurité, écussons « Région Ile-de-France »… Ces agents « formés à la médiation en milieu scolaire » ont pour mission de « sécuriser l’établissement et ramener la paix », résume dans une salle de classe, Valérie Pécresse.

Depuis une semaine, des équipes de cinq personnes sont déployées dans trois établissements franciliens mais rayonneront sur un territoire précis. Ils viennent renforcer les équipes mobiles de sécurité (EMS) mises en place par l’Education nationale dans les rectorats depuis 2009. « Ce n’était pas suffisant », estime la présidente de la région. Ce dispositif est censé répondre aux incidents survenus dans plusieurs établissements scolaires ces derniers mois. Dernier en date : Jeudi, un adolescent de 15 ans a agressé avec un pistolet à billes une enseignante d’un collège. Mais la réponse « sécuritaire » de Valérie Pécresse est très loin de faire l’unanimité.

« Cette présence est rassurante mais inquiète aussi »

Devant les grilles peu avant 9 heures, les enseignants s’insurgent. « On a découvert ces agents lundi dernier. Notre première réaction a été : qui sont ces personnes en uniforme qui ressemblent à des forces de l’ordre ? », expose une professeure de français et d’histoire-géo. « Il n’y a eu aucune concertation et surtout ce n’est pas cela dont on a besoin. Ici, par exemple, nous n’avons qu’une assistante sociale pour 800 élèves », ajoute-t-elle. « Cette présence est rassurante mais inquiète aussi », concède une élève, avant de rentrer dans l’établissement.

« Nous n’avons pas assez de chaises, peu de matériels de vidéo-projection, les enseignants malades ne sont pas remplacés. Donc ces agents qui sont dans des tenus qui rappellent fâcheusement et violemment celles des forces de l’ordre, ce n’est pas la priorité », déplore une autre enseignante, qui travaille depuis 19 ans à Frédéric Bartholdi. Déterminés, certains profs se sont même regroupés pour faire part de leurs critiques à la présidente de la région, entourée de la brigade. « C’est gênant, c’est déstabilisant », réagit une enseignante.

« Nous, on demande du personnel pédagogique et enseignant »

« Nous ne sommes pas dans une situation où nous sommes agressés par nos élèves, qui ne sont pas des délinquants. Nous sommes là pour enseigner, faire de la pédagogie, nous ne sommes pas là pour montrer des uniformes et traiter nos élèves comme des voyous », explose un enseignant face à Valérie Pécresse. « Je travaille ici depuis 15 ans, je sais que ce qu’il nous faut ce n’est pas de provoquer avec du bleu, des uniformes, des vigiles. On demande du personnel pédagogique et enseignant », ajoute-t-il.

« Quand on me demande plus de sécurité, je paie. Je n’ai rien imposé. On ne pouvait pas rester les bras croisés face à la montée des violences. Ces agents sont indispensables car la peur doit changer de camp », répond Valérie Pécresse, qui s’est entretenue par la suite, avec les enseignants à l’écart de la presse. Enfin, que disent ces agents ?

« On n’est pas là contre eux »

Non loin d’une salle de cours, la brigade est positionnée dans un couloir. « Depuis qu’on est là, on est très bien accueillie par les élèves qui comprennent notre démarche. On n’est pas là contre eux. Jusqu’ici ça se passe bien », affirme Asma* de la brigade. Cette femme de 48 ans travaillait précédemment dans la médiation culturelle avant de jeunesse se convertir dans la protection rapprochée.

« Le matin nous sommes à l’entrée, les carnets de correspondance sortent plus vite. Puis on tourne dans les lieux et autour de l’établissement », constate-t-elle. Ce dispositif n’a pas vocation pour le moment à se développer davantage. « Je ne le souhaite pas. Mais il faut faire aujourd’hui de la dissuasion », insiste Valérie Pécresse.

*Le prénom a été modifié.