Paris: On a écouté l’album de PNL avec Saad, fan et chauffeur de VTC

CULTURE « Deux frères », le 3e album de PNL sort ce vendredi. A défaut d’une interview d’Ademo et N.O.S, on a fait le tour de Paname, avec Saad, dans sa voiture floquée à l’effigie du groupe de l’Essonne

Romain Lescurieux

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Saad, chauffeur de VTC, sur sa voiture
Saad, chauffeur de VTC, sur sa voiture — R.LESCURIEUX / 20Minutes
  • Le très très (très) attendu 3e album de PNL sort ce vendredi. 
  • Comme à son habitude, PNL a communiqué au compte-goutte sur son retour après plusieurs mois de silence.

« Explosif depuis la naissance, 91000 oué Paria, Paria/Déterminé, tiens la tour comme Dende, une-deux/Banalisé puis t’entends les 22, arriba ». Fenêtre ouverte, les enceintes crachent Hasta La Vista de PNL, non loin du 36. Saad, 33 ans, chauffeur de VTC bat le rythme sur sa cuisse. Ce jeudi, sa 508 est entièrement floquée aux couleurs de « Deux frères », le 3e opus autoproduit de PNL qui sort ce vendredi. Comment en sommes-nous arrivés là ? On rembobine.

A 20 Minutes, on a tout fait. On a livé le live de 15 heures (oui oui), on a décortiqué le clip « Au DD » (« Mais ils sont vraiment sur la Tour Eiffel ? C’est ouf ! ») et on s’est fortement retenus d’écouter les fuites de l’album. Évidemment, on a cherché à contacter Ademo et N.O.S. En vain. Alors quand Uber nous propose un tour en bagnole avec un fan pour écouter le Graal tant attendu, on dit oui et on oublie le temps d’une heure nos critiques sur « l’uberisation » de la société. Entre les coups de klaxons, les travaux et les gyros, on a donc fait le tour de la ville, pour écouter les 17 titres en parlant de la liberté, de la vie et de la Tunisie avec notre chauffeur. Et bien sûr du groupe de Corbeil-Essonnes, désormais au plus haut.

« Au DD »

Les premières notes de guitare résonnent dans l’habitacle. « Bats les couilles d’l’Himalaya/Bat les couilles, j’vise plus l’sommet ». C’est parti. Saad passe la seconde. « J’ai connu PNL il y a trois ans sur YouTube. Ensuite, je les ai vus pour la première fois avec des potes, en 2016, en Tunisie, à Hammamet. Le style, l’instru, les clips puissants, j’aime PNL. Ils travaillent, ils sont intelligents, c’est des malins. J’étais vraiment impatient que l’album sorte », lâche-t-il. C’est sa deuxième écoute de la journée. Verdict ? « Il passe très bien. A mon avis, il faut l’écouter deux-trois fois pour vraiment être dedans ». Ses coups de cœur : Hasta La Vista, Coeurs, ou encore A l’Amoniaque.

« Autre monde »

« J’veux plus qu’on survive, j’veux une vie meilleure. J’veux plus qu’ils se privent, vis tes rêves et meurs ». Le deuxième titre est chill, teinté de mélancolie, de nostalgie. Saad nous parle alors de sa jeunesse. A 18 ans, il quitte la Tunisie pour la France et le 18e arrondissement de Paris. Il devient pâtissier pendant près de dix ans avant de devenir chauffeur. « Je me sens plus libre aujourd’hui », lâche-t-il. A 33 ans, il vit avec ses parents dans le quartier de Marcadet « qui change beaucoup ». Tous les étés, direction la Tunisie en voiture, depuis le nord de Paris. Les copains, les soirées dans le bateau entre Marseille et Tunis rythment le périple avant la plage. Le reste de l’année, il bosse la journée et surtout les nuits le week-end. Et quand il est tout seul il écoute PNL. Mais aussi Soolking, Booba et les « anciens » : NTM, Sniper, Rim’K. « Il est devenu vieux maintenant », rigole-t-il.

« Chang »

« Dans l’escalier j’laisse des galettes. Quelques cachettes, quelques barrettes ». Ça part sur la chanson Chang, on passe au-dessus de la Seine. Le titre n’est pas le plus excitant de l’album mais il a le mérite de lancer Saad sur la question de la sécurité. « Moi j’ai jamais eu de galère, j’ai un pote chauffeur de taxi, il s’est fait braquer une fois. Ici au pire ils prennent mon téléphone », détaille-t-il. « Sinon juste une fois, un type allait vomir, j’ai dû m’arrêter. Sinon les gens oublient beaucoup leur téléphone », raconte Saad.

« A l’Amoniaque »

Ce titre était déjà sorti avec un clip une fois de plus bien léché. Cette ballade balance comme ça : « Ouais, ouais, ouais, ouais, ouais ! Je t’aime (ouais !) ». Saad s’emporte. « Il y a des travaux partout à Paris. Mais vraiment partout. Nation, Bastille, avenue de Flandres… partout, partout, partout. En heure de pointe, c’est la galère. Et les samedis j’évite la journée, il y a trop de monde et maintenant avec les "gilets jaunes"… La nuit heureusement ça va. Ça roule ». On redémarre.

« Deux frères »

Saad a deux sœurs. « Elles sont mariées, elles ont des gosses. Moi non, on a le temps », lâche-t-il. Dans le titre Deux frères, PNL rend un bel hommage à la fraternité. Leur histoire est contée sur un flow nerveux. « On a grandi comme les princes de la ville/Fous comme Prince de Bel-Air/Flow Corvette, Ford Mustang, dans la légende/La police tue à six étoiles, à toujours se dire belek ». « Tout c’que je prends, j’te le donne, un peu comme ma vie/Y’a que toi qui sait c’que je vis, que moi qui sais c’que tu vis », claque de son côté N.O.S.

« Hasta la Vista »

Hasta la Vista sent bon le tube. On s’y voit direct : la plage, la fête, la fête sur la plage. Saad augmente le volume. On est début avril, il fait beau mais il fait frais. Cet été on va écouter Hasta la Vista. On enquille sur les soirées. « En dehors de la voiture, je sors avec des potes, on fait la fête, dans les boîtes, les bars, les pubs. Ça dépend de l’ambiance. A une époque j’allais beaucoup au Duplex et une boîte à Montparnasse. J’aime bien aussi les sons latinos et le reggaeton ». « Je regarde le ciel, le soleil caresse mon âme/Grandi dans le bend’s la hess embrasse ton crâne/Enivré, envie d’être, en vie même, j’me libère ».

« Coeurs »

Au milieu de l’album se trouve Coeurs. « Au final qu’est-ce qu’on devient ?/Quand on voit tout on revient », chante Ademo. En sortant d’un tunnel, Saad parle de ses vacances cet été. En Tunisie. « Depuis la révolution, c’est beaucoup plus libre. Il y a une vraie liberté. On peut parler de tout, comme ici. J’ai vu la différence… C’est plus compliqué économiquement mais au moins c’est libre. Il y a bientôt des élections et il est vieux le président. On verra ».